‹ Les réformateurs avant la Réforme. XVe siècle. Jean Hus et le Concile de ConstanceChapitre 32 sur 274 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

requête de TUniversité de Prague, il vint retrouver Jean Hus dans cette ville, et ne garda bientôt plus de mesure à l'égard du pape et des cardinaux. Entre autres problèmes il proposait hautement celui-ci, savoir : si le pape avait plus de pouvoir qu'un autre prêtre, si le pain de l'Eucharistie ou le corps du Christ avait plus de vertu dans la messe du pontife romain que dans celle de tout autre officiant. Un jour, Jérôme et quelques amis représentèrent sur une muraille, d'un côté, les disciples du Christ suivant, pieds nus, leur maître monté sur une ânesse, et de l'autre ils peignirent le pape et les cardinaux en grand appareil sur des chevaux superbes, et précédés, suivant l'usage, de tambours et de trompettes. Ces peintures furent exposées en public, et l'on conçoit l'effet qu'elles durent produire sur une multitude ardente et exaltée. On assure qu'un autre jour ce même Jérôme , discutant avec un moine et irrité d'une opposition trop vive, poussa la violence jusqu'à jeter son interlocuteur dans la Moldau. Le moine gagna la rive. « Mais, « dit le naïf chroniqueur, il se trouva qu'il avait « perdu le fil de ses arguments, et il fut hors d'é- • « tat de poursuivre la discussion. » Tel était Jérôme de Prague, en qui ses contemporains ont reconnu une puissance intellectuelle supérieure à

celle de Jean Hus; mais celui-ci, par ses mœurs, par son caractère, par sa piété, avait une autorité si grande, que Jérôme en subit toujours l'ascendant ; Jean Hus était le maître , Jérôme le disciple, et rien n'honore plus ces deux hommes que cette déférence, cette humilité volontaire du génie devant la vertu.

Jérôme, d'ailleurs, si supérieur par ses qualités èminentes à la plupart de ses contemporains, appartenait par ses défauts à son siècle, époque malheureuse où un esprit d'audace et de violence agitait toutes les classes de la société et provoquait de toutes parts de sanglants désordres. Les différents Etats du continent étaient autant de théâtres de guerre et de brigandage, et le clergé , au lieu d'employer tous ses efforts à mettre un terme au mal, l'excitait souvent par son exemple : le schisme offrait aux ecclésiastiques une occasion perpétuelle de révolte: les évêques étaient plus hommes de guerre qu'hommes d'Eglise, et l'un d'eux, nouvellement élu à Hildesheim, ayant demandé qu'on lui fit voir la bibliothèque de ses prédécesseurs , se laissa conduire dans un arsenal où on lui montra des armes de toute espèce. « Ce sont là, lui dit- « on, les livres dont ils se sont servis pour défen- « dre leur Eglise; imitez-les. » Et comment n'en

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