CHAPITRE Il[. It
nés, ]1 promena par la ville ce burlesque cortég^e, provoquant ainsi les huées de la multitude ; puis il brûla les bulles, de sa propre main, sur la place des exécutions publiques (1).
Hus, plus calme et plus digne, publia sa réfutation des bulles et de la croisade (2). On y trouve à la fois une grande connaissance de l'Ecriture et des Pères, l'inspiration d'un cœur ferme et pur, et la logique d'une saine raison ; on n'y rencontre aucune de ces violentes invectives qui déparent plusieurs de ses compositions : Hus s'y montre, par la force et l'élévation de ses pensées, par la hardiesse de son langage, par son appel constant de la parole du pape à celle de Jésus-Christ et des apôtres, le véritable précurseur de Luther.
Nous développerons en détail cette composition célèbre oii se révèle cependant, au milieu de vives lumières, la lutte des deux principes contraires et irréconciliables, savoir : l'autorité des Ecritures comme règle absolue, et celle du pape comme vicaire de Jésus-Christ et successeur de saint Pierre.
(1) Jérôme, accusé pour ce fait devant le concile, nia qu'il en frtl l'auteur.
(2) La doctrine de Jean Hus sur ce point mérite d'autant plus d'attention qu'elle est également applicable à toutes les bulles de croisades publiées contre des peuples chrétiens. Voyez la bulle du pape Innocent VIII pour l'extermination des populations vaudoises, note C.
m LIVRE I.
« Je n'affirmerai rien, dit Jean Hus (1), qui ne « soit conforme à l'Ecriture sainte, et je ne prétends « aucunement m'opposer au pouvoir que Dieu a « donné au pontife romain ; je m'opposerai seule- « ment à l'abus de cette autorité. Or, la guerre « n'est permise ni au pape, ni aux évéques, ni aux « prêtres, surtout pour des intérêts temporels. Si, « en effet, il ne fut point permis aux disciples de < Jésus-Christde prendre l'épée pour défendre celui « qui était le chef de l'Eglise contre ceux qui vou- « laient se saisir de lui, et si saint Pierre lui-même « en fut sévèrement repris, à plus forte raison ne « sera-t-il point permis à un évêque de guerroyer « pour une domination temporelle et pour des ri- « chesses mondaines. »
Jean Hus cite le témoignage de plusieurs Pères à l'appui de ses paroles. Saint Grégoire refuse de se joindre à ceuxqui exterminaient les Lombards. « Je « crains Dieu, disait-ilj c'est pourquoi je redoute de «participer à lamort d'aucun \\omme{Greg. ep.).»
Saint Ambroise disait à l'appi;oche des Goths : « Mes larmes, voilà mes armes ; ce sont là les dé- « fenses d'un prêtre, et je ne puis résister par d'au- « très forces (2). »
(1) Hisl. elmonum. Hus., 1. 1, p. 215-234.
(2) Àmbros. ad Yaler. imper. epist.II.