CHAPITRE HI
« voir de pardonner les péchés d'une manière ab- « solue, car il n'y a que lui qui connaisse le cœur « et qui sache si le pécheur est réellement con- « verti ; on ne peut donc accorder le pardon que « pour autant de temps que durera la repentance, « et ce temps, Dieu seul peut le connaître.
«Vous me demandez une chose bien difficile, « inutile même à savoir, disait saint Grégoire à une « dame qui le conjurait instamment de l'assurer « que ses péchés étaient remis : difficile, car je ne « suis pas digne de recevoir une semblable révéla- « tion ; inutile, car vous ne pouvez être rassurée « touchant vos péchés qu'au dernier jour de votre 0 vie, lorsque vous ne serez plus en état d'en com- « mettre (1). »
« Saint Augustin dit au livre de la Pénitence : « Si un homme attend le dernier terme d'une ma- « ladie mortelle pour désirer et pour recevoir le « sacrement de pénitence, j'avoue que, sans oser lui « refuser ce qu'il désire, je n'ai aucune certitude de «son salut. Faites donc pénitence dans le temps « où il vous est possible de pécher, car autrement « c'est le péché qui vous quittera, mais vous ne l'au- «rez point quitté (2). »
(1) Beat. Grcfj. in regisl. lib. IV.
(2) Augusl. in lib. Pœnit.
ftS LIVRE I.
«Lors donc que ces deux grands saints n'ont «point osé promettre la rémission des péchés, « même à ceux qui ont fait pénitence, de quel front « le pape Jean, dans sa bulle, promet-il la rémisa sion des péchés la plus entière et la récompense « du salut éternel à ses complices !
« Si, malgré l'exemple du Christ, le pape lutte a pour sa domination temporelle, il est évident « qu'il pèche en cela, ainsi que ceux qui l'assis- « tent dans ce but. Comment donc serait valable «l'indulgence accordée pour un acte criminel?»
En ce qui touche le pouvoir de lier et de délier, Hus ne nie pas qu'il n'appartienne aux vrais successeurs des apôtres, c'est-à-dire à ceux qui, dépouillant toute affection humaine, ne lient et ne délient que conformément à la loi divine.
« L'absolution de Jésus-Christ, dit-il, doit pré- « céder celle du prêtre, c'est-à-dire que, dans l'u- « sage des clefs , il faut que le prêtre qui absout ou * qui condamne puisse s'assurer qu'il s'agit d'un « cas où Jésus-Christ a déjà lui-même absous ou «condamné. «Un prêtre, dit saint Augustin, ne « doit pas s'imaginer que tous ceux qu'il a liés ou a déliés le soient en effet , mais seulement ceux «qu'il a condamnés ou absous selon l'ordre de «Jésus-Christ. » Le pouvoir des clefs est donc li-