CHAPITRE IV
Piogvès des hussites. — Controverses. — Seconde relraitc de Hu». — Convocation d'un concile général à Constance.
Quoique le roi Wenceslas eût retiré pour uo temps sa protection aux hussite.s , il ne paraît pas qu'il les ait vivement persécutés. Ce prince cupide et ravisseur trouvait son avanta^^e à favoriser secrètement leurs doctrines, et lorsque, dès l'origine des troubles de Bohème, on l'excitait à perdre Jean Hus ; « Laissez-le faire, répondit-il, c'est ma « poule aux œufs d'or. » Quelques-unes des opinions de Jean Hus, surtout celle qu'il emprunta de Wycliffe, touchant les dîmes et les biens d'Église, étaient fort goûtées de Wenceslas. « Les sei- « gneurs séculiers, disait-il, ont le pouvoir d'ôter, I. 9
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« quand il leur plait, les biens temporels aux ev- * clésiastiques qui vivent dans l'habitude du pé- « ohé. » Hus appuie cette maxime de l'autorité des Écritures et des Pères, sans oublier ces paroles prononcées en présence de saint Bernard par la célèbre sainte Hildegarde, prophétesse d'Allemagne : a Le Père tout-puissant a fort bien partagé a toutes choses : il a donné le ciel aux hommes cée lestes et la terreaux hommes terrestres ; en sorte « que , selon ce partage , les hommes spirituels et « les séculiers, possédant chacun ce qui leur con- « vient, n'usurpent point les uns sur les autres; « car Dieu n'a pas voulu que l'un de ses fils eût tout « ensemble la robe et le manteau. 11 a donné le man- « teau aux séculiers, la robe au peuple spirituel; « et lorsque la robe et le manteau se trouvent réu- « nis , il faut ôter le manteau et le donner aux pau- « vres(1). »
Quant aux dîmes , Hus soutenait avec Wycliffe que ce sont de pures aumônes ; il en concluait que les gens d'Eglise ne sont ni les maîtres, ni les propriétaires de ces biens, mais seulement les gardiens et les dispensateurs ; qu'ils n'en peuvent garder pour eux que ce qui est nécessaire à leurs besoins, et que, s'ils n'en donnent le surplus aux (l) Hus. Hitt. elMomim., l. I, p. 155.
r.HAlMTRE ir. (SI
pauvres, ils seront jug^és au dernier jour eonime des larrons et des sacrilèges.
Wenceslas adopta ces doctrines , qui furent celles de la plupart des réformateurs, et qui leur rendirent beaucoup de princes favorables. Il s'établissait donc arbitre de l'emploi des biens d'Église; mais n'ayant lui-même aucun souci des pauvres , c'était dans son épargne que passaient les richesses mal employées de son clergé, et lorsqu'il parut soutenir ouvertement les nouvelles opinions, ses rigueurs et ses exactions grossirent le parti de Jean Hus. Plusieurs riches ecclésiastiques se déclarèrent hussites : dans l'espoir de sauver leurs richesses, ils adoptaient les doctrines qui leur en l)rescrivaient le bon emploi (1).
Les progrès des hussites eurent encore pour cause le profond mépris où les dignitaires de l'Église étaient tombés en Bohème , par suite de l'avarice du roi , qui vendait les charges au plus offrant. On a vu la honteuse élévation d'Albicus sur le siège épiscopal de Prague : cet indigne archevêque, craignant que le roi ne confisquât tous les revenus de sa charge , se hâta de la revendre à (ionrad, évêque d'Olmiitz; et, au dire des auteurs
(1) Cochiaens, Hht. Hus., \\h. I, p. fi'i.
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catholiques eux-mêmes, l'acheteur n'en était guère plus digne que le vendeur (1).
Conrad montra, dans les premiers temps, beaucoup d'ardeur pour combattre les nouvelles doctrines , qu'il embrassa cependant plus tard , après avoir achevé d'aliéner les revenus de son Église. Il défendit la prédication à Hus ; mais celui-ci sentait sa force , et d'ailleurs il ne croyait pas qu'il fallût obéir à une puissance terrestre qui défendait de prêcher l'Évangile.
Cité à Rome une seconde fois, il ne justifia pas même son refus d'y comparaître.
Un grand nombre de volumes de Wycliffe avaient échappé , dans la ville de Prague , aux flammes allumées par l'archevêque Sbinko. Hus invita le peuple à les lire; il attaqua vivement la condamnation des quarante-cinq articles extraits des œuvres du célèbre docteur anglais, et fit paraître , au nom de la faculté de théologie de Prague , un traité vigoureux où il défend l'opinion de Wycliffe sur les dîmes et les biens d'Église et sur quelques autres points capitaux. « Ceux qui cessent de t prêcher, dit-il, ou d'entendre la parole de Dieu, « seront réputés pour traîtres au jour du juge- « ment. Il est permis à tout diacre, à tout prêtre
(1) Dubrav., HUt. Boh..hh. XXM!. p. 053,