CHAPITRE I
et Jean de Chlum. La vie de ce dernier offre un pur modèle de l'amitié la plus touchante et la plus dévouée, et son nom est, aux yeux de la postérité, inséparable de celui de Jean Hus.
La haine cependant ne s'endormait pas, et son explosion , pour être différée , n'était que plus à craindre. Les ardents ennemis de Hus, Etienne Paletz et Michel Causis, ancien curé d'une église de la vieille Prague, l'avaient précédé à Constance, et, avant qu'il eût comparu devant ses juges, sa perte était déjà conjurée.
Il ne se fit point illusion sur sa situation périlleuse,et les précautions mêmes qu'il prit avant son départ prouvent qu'il avait mesuré toute l'étendue du danger. Plusieurs lettres d'adieu qu'il écrivit à ses amis de Prague confirment ce fait.
a Mes frères, leur dit-il, ne pensez pas que j'af-
« fronte d'indignes traitements pour aucune fausse
« doctrine... Je pars, je vais avec un sauf-conduit
« du roi (1) au-devant de mes nombreux et mor-
« tels ennemis.... Je me confie tout entier dans
« le Dieu tout-puissant, dans mon Sauveur; j'es-
« père donc qu'il exaucera vos ardentes prières ,
0 qu'il mettra sa prudence et sa sagesse en ma
(1) L'empereur Sigismond, n'étant point encore couronné, était appt-lo, selon l'usage, roi dos Romains.
0 bouche, afin que je leur résiste, et qu'il m'ac- « cordera son Saint-Esprit pour me fortifier dans « sa vérité, de telle sorte que j'affronte avec cou- « rage les tentations, la prison, et, s'il le faut, une « mort cruelle. Jésus-Christ a souffert pour ses « bien-aimés ; faut-il donc nous étonner qu'il nous 0 ait laissé son exemple afin que nous souffrions « patiemment nous-mêmes toutes choses pour no- « tre propre salut? Il est Dieu, et nous sommes ses « créatures ; il est le Seigneur, et nous sommes ses «serviteurs; il est le maître du monde, et nous « sommes de chétifs mortels ; il a souffert : pour- « quoi ne souffririons-nous pas, surtout lorsque la « souffrance est pour nous une purification ? Ainsi « donc, mes bien-aimés, si ma mort doit contri- « buer à sa gloire, priez pour qu'elle vienne promp- « tementet pour qu'il m'accorde de supporter tous « mes maux avec constance ; mais s'il vaut mieux « que je retourne parmi vous , prions Dieu pour «que je revienne sans tache, c'est-à-dire pour « que je ne retranche rien de la vérité de l'Évan- « gile, afin de laisser à mes frères un bel exemple « à suivre. Peut-être donc ne reverrez-vous plus « mon visage à Prague j mais si la volonté de « Dieu tout-puissant daigne me rendre à vous , « avançons alors d'un cœur plus ferme dans la