CHAPITRE rr
épurés ou contenus par les rudes épreuves que ne lui épargna point la fortune; cependant il conserva sur le trône des mœurs peu sévères, et son humeur fougueusel'emporta plus d'une fois sur saprudence. Libéral jusqu'à la prodigalité, il lui arriva souvent, lorsqu'il voulait s'assujettir les autres par des dons, de se mettrelui-même dans une dépendance fâcheuse par ses emprunts. Généreux avec ses ennemis : Un prince j disait-il , avait un double intérêt à pardonner : il perdait un ennemi et gagnait un ami. Son âme était naturellement grande et chevaleresque; il avait pourtant adopté , comme beaucoup de princes, la dissimulation pour une des règles de sa conduite- La France surtout eut dans la suite à se plaindre de sa duplicité , et, au concile de Constance, un éclatant manque de foi à l'égard de Jean Hus imprima une tâche ineffaçable à son nom. Quoiqu'il subît en cette circonstance le joug du clergé, il exerça néanmoins sur cette assemblée une grande influence, et sa volonté fut la force de cohésion qui, pendant plusieurs années, maintint unis en un seul corps tant d'éléments d'une nature diverse et si opposée.
Les lettres et les sciences eurent aussi leurs représentants au concile, et plusieurs de ceux qui étaient les lumières vivantes de leur siècle s'y
montrèrent avec honneur à côté des dignitaires de l'Église et de l'empire. Là parut l'illustre érudit Pogge de Florence, qui rendit au monde Quintilien et Lucrèce; Thierry de Niera, secrétaire de plusieurs papes, et que la Providence semble avoir placé près de la source de beaucoup d'iniquités pour les dévoiler et les flétrir. Avec eux il faut citer JEneas Sylvius Piccolomini, pape depuis sous le nom de Pie II, moins célèbre aux yeux de la postérité par sa triple couronne que par sa plume d'historien; et Manuel Chrysolore, savant ambassadeur grec, d'une illustre origine, d'une vie irréprochable, et dont les travaux remirent en lumière quelques écrits de Démosthènes et de Cicéron. Il avait suivi le cardinal Zabarelle à Constance, où ils moururent l'un et l'autre (t). Mais, parmi les plus savants et les plus dignes, nul n'exerça autant d'influence au concile, par le mérite personnel, que Jean-Charlier Gerson et Pierre d'Ailly, cardinal de Cambrai, surnommé VJigle de France. Le premier, ambassadeur du roi Charles VI , chancelier de l'Église et de l'Université de Paris, fut l'âme du concile par son génie, par son grand caractère, par son zèle infatigable; et l'on a vu qu'il fut l'honneur de l'Université de Paris, dans un temps où ce corps célèbre (1) Voyez la note F, à la Un du volume.