XIV PRÉFACE
ne verra qu*un obstacle ou un instrument dans le pouvoir temporel, qui sera toujours ou son ennemi ou son complice (1).
Si tels sont, dans l'ordre des faits, les résultats de l'infaillibililé sacerdotale, que sont-ils dans la science? La science développera dans l'esprit humain, à des degrés très-divers, des facultés qui auparavant s'ignoraient elles-mêmes ; elle mettra ainsi en péril l'uniformité des croyances, peut-être même éclairera-t-elle les erreurs du corps infaillible: ce pouvoir, dès lors, traitera
i^ntre les effets de l'infaillibilité sacerdotale dans tous les cultes : partout où elle a été admise, les maximes suivantes ont été adoptées : « L'espèce humaine n'est sur la terre que pour accomplir la « volonté des dieux ; toutes les actions des individus ont un rap- « port plus ou moins direct avec cette volonté. Les prêtres la con-
• naissent et la font connaître. Il leur appartient donc déjuger et
• de punir la désobéissance... • Voyez aussi les suites terribles et semblables de l'excommunication prononcée par les druides , par les mages, par les brahmes et par les prôtres de l'Egypte.
De la Religion, liv. 111. chap. 10.
(1) Le règne qui a le mieux établi cette vérité est peut-être celui de Louis XIV. Aucun prince n'a acheté plus cher la paix avec l'autorité sacerdotale ; il l'a payée du sacrifice d'un million de sujets protestants , de la destruction de Port-Royal et du retrait de la célèbre déclaration de 1682, qui consacrait les libertés de l'Eglise gallicane et qui avait toujours été considérée comme un de ses titres de gloire. Il fit trembler l'Europe et il ne fut pas libre de se choisir un confesseur !
PRÉPACB. XV
la science en ennemie ou il s'en fera une à son usage : il répandait la lumière lorsqu'il en disposait à son gré; il l'altérera ou la proscrira s'il voit qu'elle lui échappe; l'ignorance aura ses sympathies, car elle est compatible avec l'uniformité des croyances, qui se confondent, comme les couleurs, dans les ténèbres, et pour régner il évoquera la nuit (1).
Si une foi vivante, si des mœurs fortes et sévères ne pouvaient être conservées qu'au prix des maux inséparables de l'infaillibilité sacerdotale, peut-être faudrait-il payer ce prix, car
(1) La possession exclusive des sciences était surtout la base du pouvoir du sacerdoce... Les prêtres étaient en Egypte les seuls historiens; la poésie, chez les Gaulois, n'était permise qu'aux bardes, classe inférieure de l'ordre druidique ; les druides étaient les précepteurs uniques de la jeunesse ; les mages s'étaient chargés de même de l'éducation dans le vaste empire des Perses, et nulle instruction ne pouvait émaner d'une autre source... Il est impossible de parcourir deux pages de V Histoire des Egyptiens, par l'évoque de Meaux, sans être frappé des erreurs et des contradictions qui s'y rencontrent à chaque ligne... Bossuet loue l'habileté des Égyptiens dans la médecine, et nous savons par les témoignages de tous les anciens qu'il leur était défendu d'employer les remèdes que n'indiquaient pas les livres de Mercurc-Trismégislc. Les médecins n'osaient s'occuper que d'un seul organe (Hérodot. I, 84j ; toute découverte était interdite comme un sacrilège (Diod. I, 82).
Benj. Constant. De la Religion, liv. III et V.