XVI PRÉFACE
nn pfiiple qui ronierait Dien, l'ànio immortelle ol la sainte loi du devoir, qui rojelterait l'Rvangile après l'avoir reçu, tomberait au dernier rang des nations et ceSvSerait bientôt d'être un peuple.
Hâtons-nous de dire qu'il n'en est pas ainsi.
Dans l'enfance grossière des peuples, la foi peut leur être imposée avec succès : incapables de réfléchir, les hommes accepteront des croyances déjà formulées qui les dispenseront de toute réflexion; mais à une période plus intellectuelle, l'uniformité imposée au nom de l'infaillibilité ne donne pas la vie aux croyances, elle les glace ou les tue. S'il est des hommes qui, ^ cette époque, demandent encore une foi toute faite, pour beaucoup d'autres le maintien de la foi dépendra surtout de la force des convictions, et la conviction suppose toujours l'examen ; mais celui-ci est, avec raison, considéré comme interdit du moment où à quiconque examine il est défendu de s'écarter du but. Quelques-uns' s'en écarteront et afl'ronteront le péril ; mais pour un fort combien de faibles! Le grand nombre n'osera ni réfléchir, ni examiner; l'Eglise domi-
PREFACE. XVli
naDte,quel que soit son nom, grecque, latine ou anglicane, conservera sur la société un empire extérieur, mais elle sera en partie déchue de son autorité morale; elle prodiguera ses faveurs à ceux qu'elle aura retenus en apparence, et sera terrible au petit nombre qui, en se séparant d'elle, aura mis ses convictions au-dessus de ses intérêts. « Quel triomphe ! quelle conquête ! « s'écrie à ce sujet un éloquent écrivain : trier « l'espèce humaine pour s'en associer le rebut, « s'attacher des légions mercenaires et proscrire « le bataillon sacré qui défend la vérité comme « une autre patrie (1)! «Cette Église, qui, dans l'origine, comptait ses fidèles par les âmes, se glorifiera peut-être encore de son immense troupeau ; elle comptera ses enfants avec orgueil, en se réjouissant des millions qu'elle porte en son sein ; mais les âmes pour la plupart seront absentes, et ses fidèles seront des corps (2) !
(1) Vinet. — Mémoire en faveur de la liberté des cultes.
(2) L'irréligion faisait des progrès alarmants en Angleterre dans la première moitié du XVUl* siècle, époque où la domination de l'Église anglicane était encore exclusive : ce sont les dissidents qui ont réveillé les croyances dans ce pays. — L'état religieux de la France est aussi très-supérieur aujourd'hui à ce qu'il était à la
XVUI PRÉFACE.
Quelques hommes, et parmi eux des catholiques, des prêtres mêmes justement honorés, ont contesté la connexion étroite et nécessaire entre ce principe l' Église est infaillible, et cet autre principe : Hoj^s de l'Église point de salut (l)] mais leurs opinions particulières sur ce point ne se trouvent confirmées par aucune autorité générale qui fasse loi. Les doctrines d'une Église qui se déclare infaillible ne sont établies ou formulées que par ceux qui ont caractère pour la représenter, et le catholicisme est tout entier dans les décisions de ses papes et de^e^ conciles. Là nous voyons partout consacrés et comme enchaînés l'un à l'autre les deux principes dont nous signalons le danger, et nulle part peut-être leurs abus n'ont été mis davantage en lumière que dans le concile œcuménique de Constance.
fin du dernier siècle et sous la Restauration : ce progrès est dû surtout au triomphe des principes les plus opposes aux tendances sacerdotales.
(1) Voyez les Conférences de l'abbé Frayssinous. — Parmi les prêtres les plus dignes de respect avec lesquels j'ai le regret d'être en désaccord sur tant de points, qu'il me soit permis de citer un frère. Mon cœur souffre de cette dissidence, et le chagrin que j'en éprouve est la plus forte, garantie de ma sincérité.
PRÉFACE. XiX
Si aucune Église n'est infaillible, si la voix d'aucune asssemblée humaine n'est la voix de Dieu même, la vérité ne sera donc nulle part évidente, et le monde se partagera entre des sectes innombrables sans racines comme sans autorité? Voilà ce que répèlent à Tenvi ceux qui ne reconnaissent point de culte véritable sans l'uniformité des rites, point de loi religieuse sans une autorité visible seule Investie du droit de formuler des croyances et de les imposer.
Mais, de ce que personne n'aurait le privilège exclusif d'interpréter la parole éternelle, s'ensuil-il que cette parole ne se soit point manifestée ? De ce qu'aucune Eglise particulière n'aurait le monopole de l'Evangile, s'ensuit-il que l'Evangile n'ait pas été donné à toutes?
Avant de prétendre que la vérité ne saurait être où l'uniformité n'est pas, il faudrait s'assurer si cette uniformité est possible, si quelque part elle existe.
Dans toute Eglise réputée infaillible, une apparente uniformité de pratiques cache une variété infinie de sentiments et d'opinions, et