CHAPITRE III
le mît pas en liberté. Ils allaient et venaient , insultant à Jean Hus et disant : « Voici , nous te te- (( nons , et tu n'échapperas point que tu n'aies « acquitté jusqu'à la dernière obole. »
Aux approches de la nuit, le prévôt de la cour pontificale annonce à Jean de Chlum qu'il est libre, mais que Hus demeure prisonnier. Outré d'indignation et de colère, Chlum se plaint amèrement que, par des paroles mensongères, on ait précipité un juste , un saint dans d'infâmes embûches ; il court informer le pape ; il l'exhorte à se souvenir de la promesse qu'il lui a faite, ainsi qu'à Henri de Latzemboch, et à ne point manquer ainsi à la foi jurée. Le pape se défend d'avoir rien fait contre Jean Hus, et, désignant à Jean de Chlum les cardinaux et les évoques : 0 Que m'imputez-vous, lui dit-il, lorsque « vous savez que je suis ici moi-même en leur pou- « voir ? »
Jean XXHI révélait ainsi le véritable et honteux motif de sa conduite; il redoutait la déchéance, et il se flattait de bien mériter d'un grand nombre de cardinaux et d'évêques en leur sacrifiant le juste que dans leur cœur ils avaient déjà condamné.
Chlum se retira la douleur dans l'âme , et durant plusieurs jours il ne cessa de se plaindre du
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pape en particulier et en public, l'accusant d'avoir pris Jean Hus dans un indigne piège, au mépris de sa parole et de celle de l'empereur.
Hus demeura huit jours enfermé sous bonne garde dans la maison du chantre de la cathédrale de Constance. Il fut conduit de là dans la prison du monastère des Dominicains, sur les bords du Rhin ; cette prison touchait à un réceptacle d'immondices. 11 tomba malade dans ce lieu infect; une fièvre ardente mit sa vie en danger. Le pape , dans une intention plus cruelle peut-être que charitable, lui envoya son propre médecin ; car il craignait, dit un ancien historien, que Jean Hus ne mourût de sa mort naturelle (l).
Jean de Chlum, après en avoir inutilement appelé au pape , en appela à l'empereur encore absent. Sigismond frémit de colère en apprenant que le pontife et les cardinaux avaient violé son saufconduit. Il écrivit aussitôt à son ambassadeur dans la ville de Constance. Ses ordres écrits et formels portaient : « Elargissez Jean Hus sur-le-champ, et « si l'on résiste , brisez les portes. » Cet ordre ne reçut point d'exécution, et Jean Hus resta prisonnier. L'intrépide et infatigable Jean de Chlum fit alors un appel à la conscience publique; il afficha
(1) Hisl. et Monum. J. Hm., t. II, p. 6.