CHAPITRE IV
sieurs faits, il en nie d'autres, et propose d'échapper, devant le concile, par une confession sincère, à l'ignonomie d'une enquête publique. Les cardinaux l'invitent à ne rien précipiter. Cependant les membres du concile délibèrent sur la communication qui leur est faite; plusieurs pensent que l'honneur du pontificat exige qu'elle demeure secrète; ils craignent même, en la dévoilant, de donner gain de cause à ceux qui défendent les opinions de Wycliffe et de Jean Hus, et que la révélation des crimes de Jean XXIII n'invalide aux yeux d'un grand nombre les actes de son pouvoir spirituel (1).
Cet avis prévalut, mais on convint d'obtenir par toutes sortes de voies la cession désirée.
Les nations tombèrent toutes d'accord sur ce point; leurs députés se rendirent auprès du pape, et lui transmirent le vœu du concile. Le pontife, encore saisi de crainte, promit tout ce qu'on voulut. Deux formules de cession rédigéespar lui en termes ambigus furent rejetées par le concile ; et enfin, après de longues hésitations, il accepta une troisième formule ainsi conçue :
Moi, Jean XXI II, pape, pour le repos de tout le peuple chrétien, Je déclare, m* engage et promets, (1) Theod.Niem, idem.
je jure et voue à Dieu^ à l'Eglise et à ce sacré concile de donner librement et de bon gré la paix à l'Eglise par une cession pure et simple du pontificat^ et de V exécuter effectivement, selon la délibération du concile, lorsque Pierre de Lune et Ange Corario, appelés Vun Benoit XIII ^ et Vautre Grégoire XII ^ dans leurs obédiences^ renonceront pareillement à leur prétendu pontifical^ ou autrement^ lorsqu'une cession pourra donner la paix a V Eglise et extirper le schisme.
Peu de jours après, dans la seconde session générale du concile, le pape officia lui-même; il lut à haute voix l'engagement solennel qu'il venait de prendre et jura d'y être fidèle. L'empereur, dominé par l'émotion du moment, et cédant imprudemment à une joie prématurée, se leva de son trône, quitta sa couronne, et, se jetant aux genoux du pontife, il lui baisa les pieds et lui rendit de très-humbles actions de grâces ; le patriarche de Constantinople se leva ensuite au nom de tout le concile et imita l'empereur.
Par cet acte d'adoration, par cette humilité imprudente et déplacée, Sigismond faillit perdre le fruit de sa fermeté, et, en s'abaissant ainsi devant Jean XXllI, il rendit courage à cet homme qui déjà se voyait perdu, et qui ne chercha plus qu'à échap-