CHAPITRE IV
per aux nouvelles entraves qu'il venait de se forger à lui-même. Ce fut dès lors entre lui et l'empereur une lutte sourde et continue dans laquelle l'un mit en œuvre la corruption contre la force dont l'autre disposait, et oîi tous deux eurent également recours à l'adresse et à la ruse. Sommé de nommer des procureurs pour procéder à l'exécution de la cession promise, Jean XXIII refusa, et, essayant de gagner Sigismond, il déguisa sa haine profonde sous des témoignages d'honneur : il re nouvela pour lui une ancienne coutume des papes, en consacrant la Rose d'or (1), qu'il offrit à Sigismond, et qui fut reçue avec des marques de respect et de reconnaissance. Il y eut à cette occasion des réjouissances et des festins; et, au milieu des fêtes, les deux grands acteurs, arrêtant les yeux l'un sur l'autre, ne songeaient déjà plus qu'à s'abuser.
Tandis que le pape cherchait de nouveaux subterfuges, les terribles accusations, tenues cachées d'abord, furent reproduites, et Jean XXIII trembla de nouveau ; il pensa non à vaincre, mais à fuir. Sigismond l'avait pénétré : il déclara que nul ne quitterait le concile sans son congé. Des gardes, répandus dans la campagne, surveillaient au dehors
(1) Voyez lu note G à la fin du volume.
tous les pas du pontife, et des espions rendaient compte de ses mouvements les plus secrets.
Jean XXIII essaya de semer la jalousie et la désunion entre les nations, et il tenta enfin de séduire l'empereur lui-même et d'acheter sa liberté au poids de l'or ; mais les nations, un moment divisées, se rapprochèrent de nouveau ; elles marchèrent d'accord au même but, et Sigismond demeura inébranlable.
Ainsi pressé de toutes parts, le pontife s'appuyait encore sur deux hommes puissants : sur l'archevêque de Mayence et sur Frédéric, duc d'Autriche. Ce dernier était arrivé depuis peu de jours seulement au concile; le bruit se répandit qu'il s'était vendu au pape, et qu'il n'était venu que pour le délivrer et protéger sa fuite. Il s'en défendit avec force, mais il ne fit point taire les soupçons , et ceux-ci se fortifièrent lorsque le pape, dans l'espoir de les affaiblir, se fut dit malade. L'empereur redoubla de surveillance, et, ne se fiant qu'à ses yeux, il le visita lui-même, prétextant un intérêt sérieux pour sa santé ; il le trouva qui reposait sur son lit. c( Saint Père, lui dit-il, comment vous trouvez- « vous? — Je me sens tout agité, répondit le pape; « l'air de Constance ne m'est pas bon, je ne puis w vivre ici. — Cependant, reprit l'empereur, l'air « de Constance est agréable et pur. » Il lui re-