CHAPITRE IV
présenta qu'il y avait dans les environs beaucoup de lieux de plaisance entre lesquels il pourrait choisir après la clôture du concile ; mais s'il avait l'intention de se retirer plus tôt, Sigisraond l'invitait à ne point le faire en secret, et à l'informer de son dessein. « D'ailleurs, dit-il, « je dois veiller à la sûreté de votre personne, et « j'irai moi-même avec vous. » Un si puissant gardien parut au pape plus redoutable que le plus grand péril ; il rendit grâce à l'empereur et promit de ne se point retirer que le concile ne fût dissous. Mais il opposait lui-même la ruse à la dissimulation, et cette promesse cachait une équivoque : aux yeux du pape, en effet, le concile était dissous par le fait même de sa retraite.
L'empereur fut à peine sorti que Jean XXIII, poussé à bout et comme exaspéré par la contrainte qu'il s'était faite, lâcha bride à sa colère. « C'est un « fou, dit-il, c'est un ivrogne, un misérable qui se « serait vendu si je l'eusse acheté (l). » Ces paroles furent rapportées à Sigismond, et il feignit de les ignorer, dit un ancien auteur, par une magnanimité digne de César (2).
(1) Theod. Niem, de VilaJoh. XXIII, tip. VonderHartlt, t.ll, p. 395.
(2) Msc. Vindob. ap. Von der Hardt, t. IV. p. 58.
Cette fermeté que Sigismond déployait contre un grand coupable que couvrait la majesté du rang suprême, il était loin de la montrer à l'égard d'un homme qui n'avait à opposer que ses vertus à la fureur de ses ennemis.
Lorsqu'on apprit à Prague l'emprisonnement de Jean Hus, la ville entière s'émut ; des protestations nombreuses furent signées; plusieurs barons et puissants seigneurs écrivirent des lettres pressantes à l'empereur, en lui rappelant, d'une part les attestations d'orthodoxie données à Jean Hus par les prélats de Prague, et d'autre part le sauf-conduit qu'il tenait de Sigismond lui-même. « Jean « Hus, dirent-ils, est parti plein de confiance dans « les lettres do Votre Majesté impériale; nous « avons appris néanmoins qu'il a été saisi avec « elles, et non-seulement saisi, mais jeté en prison « sans être entendu, sans être convaincu ; et voilà « ce dont ici chacun s'étonne, les princes, les bâte rons, les pauvres et les riches... On se demande c( comment le Saint Père a pu violer si honteusement « la sainteté des lois, la vérité, le sauf-conduit de « Votre Majesté, comment enfin il a pu jeter en c< prison, sans cause, un homme innocent et juste. « Que Votre Majesté daigne faire que la liberté soit « rendue à Jean Hus; nous la conjurons, au nom