CHAPITRE IV
« du ciel, qu'il obtienne par Votre Majesté de sortir (( de prison, de paraître dans une audience publi- « que du concile, de parler librement et de défendre « la vérité comme il l'a reçue de Dieu... Ce ne se- « rait pas seulement un grand malheur pour (( Votre Majesté , c'en serait un pour toute la « Bohême, s'il arrivait quelque mal à celui que vos « lettres vous obligent à défendre. Le Dieu tout- « puissant qui connaît nos cœurs sait quelle serait « notre douleur si jamais, ce qu'à Dieu ne plaise, a nous apprenions quelque chose qui pût porter « atteinte à votre autorité ou à votre dignité (1).» Les ennemis de Hus n'étaient pas moins actifs pour le perdre que ses défenseurs pour le sauver. Sigismond fut circonvenu par eux, et ils surent habilement profiter de ses préjugés, de sa dévotion aveugle, de son zèle plus ardent que réfléchi pour l'extinction du schisme; ils lui dirent et lui prouvèrent par de longs discours qu'il était dispensé d'accorder sa foi à un homme accusé d'hérésie ; ils lui persuadèrent qu'il n'avait point eu le droit d'accorder un sauf-conduit à Jean Hus sans l'aveu du concile, et que le concile,
(l) J. Hus. Hisl.yt Monum., t. I, p. 90. Cette lettre porte les signatures de neuf barons, et il est dit qu'elle fut signée de beaucoup d'autres.
étant au-dessus de Tempereur, pouvait le dégager de sa parole (1). Cependant, malgré les obsessions de tant d'hommes revêtus aux yeux de Sigismond d'un caractère sacré, il ne leur abandonna point Jean Hus sans une vive résistance, et, deux ans plus tard, il écrivit aux barons : « Que « n'est-il entré avec moi dans Constance ! Dieu « sait, et je ne puis l'exprimer, combien j'ai été « affligé de son malheur. On a vu quels mouve- « raents je me suis donnés pour lui, jusqu'à sortir « plusieurs fois de l'assemblée en fureur; j'avais « même quitté la ville lorsque les Pères du con- « cile me firent dire que, si j'arrêtais le cours de « leur justice, ils n'avaient que faire à Constance; « je pris donc la résolution de m' abstenir; car si je (( me fusse intéressé davantage à Jean Hus, le con- « cile eût été dissous (2). »
Deux décrets de cette assemblée eurent pour but de présenter comme juste et légitime la conduite de Sigismond ; mais il n'y a point de droit contre la conscience, et Sigismond, au fond de son cœur, sentit plus d'une fois faillir cette voix du concile qui le justifiait et qu'il disait infaillible.
Du moment où l'empereur eut abandonné Jean
(l)VonderHardt, t.IV,p. 397.
(2) Cochlaeus, lib. iv.