‹ Les réformateurs avant la Réforme. XVe siècle. Jean Hus et le Concile de ConstanceChapitre 71 sur 274 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Hus, rien n'arrêta plus ses ennemis. Michel Causis rédigea contre lui un mémoire accusateur en huit articles fondés sur autant de points de sa doctrine. Là ne s'arrêtèrent point ses attaques. « Jean»Hus, (( dit-il, a bouleversé l'Université de Prague, en (( s'appuyant sur l'autorité séculière pour opprimer {< les Allemands ; il a défendu les erreurs de Wy- « cliffe; il a commis entre eux les ecclésiastiques et « les séculiers en faisant espérer aux uns les dé- « pouilles des autres. Pour toutes ces causes, di- « sait-il, si Jean Hus échappe sain et sauf du con- « cile, il fera plus de mal à l'Eglise qu'aucun hé- M rétique depuis Constantin. » ^

Ce mémoire fut accueilli, et quelques jours s'étaient à peine écoulés depuis l'emprisonnement de Jean Hus lorsque le pape nomma parmi les prélats trois commissaires pour instruire sa cause et l'interroger ; des docteurs furent en outre désignés pour examiner ses livres et en rendre compte.

Les commissaires entendirent plusieurs ecclésiastiques de Prague porter témoignage contre Hus; puis ils se rendirent au monastère des Frères-Mineurs, où il était alors détenu. Ils le trouvèrent en proie à une fièvre ardente, et là, au milieu de ses souffrances aiguës, il entendit la lecture des témoignages produits contre lui par ses accu-

sateurs. Les commissaires lui présentèrent ensuite une série d'articles que Paletz prétendait avoir extraits de son Traité de l'Eglise, mais dont plusieurs avaient été, à dessein, falsifiés. Hus, dirent-ils, aurait bientôt à répondre sur tous ces chefs.

Privé de toute communication libre à l'extérieur, accablé à la fois par les maux du corps et par ceux de l'esprit, il demanda qu'un défenseur lui fût accordé; mais ce secours, que l'on accorde comme un droit aux plus vils criminels, et qu'il sollicitait comme une grâce, lui fut refusé, sous le prétexte que, d'après les canons, c'était un crime de défendre tout homme soupçonné d'hérésie. « Cependant, « dit l'ancien auteur de sa vie, les témoignages « qui l'accusaient étaient si faibles qu'une réfuta- « tion sérieuse n'eût point été nécessaire si les « mêmes hommes n'eussent été tout ensemble juges « et partie (1). »

« J'ai prié les commissaires, dit Jean Hus, de « m'accorder un avocat; ils me l'ont d'abord ac- « cordé, puis ils me l'ont refusé. Je me confie donc « en notre Seigneur Jésus-Christ : qu'il soit mon « avocat et mon juge (2)! »

(1) Hist. et Momm. J. Hus., t. I, p. 9.

(2) Episl. XLIX.

CUAPITRE IV. 209

Tandis que des prêtres se préparaient à venger dans son sang les blessures de leur orgueil, ses gardes eux-mêmes étaient touchés de sa piété fervente, de sa résignation chrétienne, et plusieurs se montraient avides de ses instructions. Il composa pour eux, à leur prière, quelques traités. « Tu me de- « mandes, dit-il à l'un d'eux, quelques mots sur « l'état de mariage où tu vas entrer; il m'est bien « difficile de te satisfaire comme je le voudrais, car « il y a fort à dire sur cette matière. Les bornes de t' mon esprit, les entraves de mon corps, le manque « absolu de livres sont pour moi autant d'obsta- M clés ; cependant je ne laisserai point ta demande « sans réponse. » Jean Hns écrivit après ces paroles quelques exhortations inspirées par une foi vive et par une morale sévère (1).

Les principaux traités qu'il écrivit de la sorte sont ceux des Dix Commandements^ de V Oraison dominicale^ du Mariage^ des Trois Ennemis de l'homme, et enfin celui du Corps el du sang de Jésus-C.hrisl^ où il montra que sa croyance sur le sacrement de l'Eucharistie était celle de l'Église romaine. C'est avec émotion qu'on lit, au-dessous de ces divers traités, les simples noms de Robert, de Grégoire, de Jacques, ses gardiens, pour lesquels

(1) J Hus.Uisl. etmonum. De Malrimovio, t. I, p. 41. I. 14

il les avait écrits. Plus d'une fois, sans doute, ses ennemis et ses juges, en pénétrantdans sa prison, trouvèrent ces hommes rudes et incultes attentifs à ses instructions, et le virent lui-même plus occupé des périls de leur âme que de ses propres dangers.

Jean Husnous apprend, par une lettre adressée à ses amis, tout ce qu'il eut à souffrir de la rage de ses adversaires. « Sachez, dit-il, mes bien-aimés, « qu'ils ont traduit mes lettres, qu'ils y ont ajouté i< beaucoup de mensonges ; ils écrivent contre moi « tant de faussetés que j'ai assez à faire de leur u répondre de ma prison. Leur malice est égale à leur fureur.... Dans cette même lettre il montre une résignation vraiment admirable et toute chrétienne. « Priez Dieu pour moi, dit-il, afin qu'il me « soit en aide. Toute mon espérance est en lui et « en vos prières. Suppliez-le donc pour qu'il m'ac- « corde l'assistance de son Esprit, afin que je puisse « confesser son nom jusqu'à la mort. Si en ce temps « il daigne me recevoir, que sa sainte volonté soit « faite ! mais s'il veut que je vive et que je vous «sois rendu, que sa volonté soit encore bénie! « J'aurais besoin de son divin secours quand même « je serais assuré de n'être point tenté au delà de « mes forces, et bien plus encore si je ne savais

Page 1