CHAPITRE V
Actes de l'empereur et du concile contre le pape. — Discours de Gerson et conclusions de l'Université de Paris. — Décrets de la cinquième session. — Nouvelle fuite de Jean XXIIL
Dans la pensée de Jean XXIII , le concile était dissous par sa retraite, et s'il ne le fut pas en principe, il faillit l'être en réalité. Déjà plusieurs cardinaux avaient suivi le pape à SchafFouse ; la nation italienne, qui lui était presque toute dévouée, et qui comptait trois cents voix, se disposait à quitter Constance, et, dans les trois autres nations, ceux qui craignaient que Jean XXIII, après avoir recouvré la liberté, ne reprît sa puissance, et ceux qui, en plus grand nombre, cédaient soit au découragement.
soit à l'ennui , songeaient également à se retirer.
Sigismond détourna le péril. Animé par son zèle ardent pour la paix de l'Église et l'union de la chrétienté, il se montra, aussitôt après l'évasion du pape, digne du titre de protecteur du concile, et fut véritablement empereur.
Il monte à cheval dès le jour suivant, accompagné de l'électeur palatin et de tous les seigneurs de sa cour; il parcourt la ville à son de trompe, promet à chacun même sûreté qu'auparavant, déclare que le concile n'est point interrompu par la fuite du pape, et qu'il versera pour le défendre la dernière goutte de son sang. Partout en même temps et par son ordre secret on affiche un écrit qui rappelle en termes énergiques la conduite du pape et de ses cardinaux, leur mauvaise foi, leurs efforts pour dissoudre le concile ou pour l'entraver ; on y accuse Jean XXIII de tyrannie, de simonie et d'autres crimes , et l'on exhorte enfin les membres du concile à le juger selon ses mérites et selon ce qui a été pratiqué , avec le concours des empereurs , dans la déposition de plusieurs papes.
Sigismond rassemble ensuite les nations dans la cathédrale; là, en présence de tous, il déclare de nouveau qu'il maintiendra le concile au péril de sa vie. On délibère sur le moyen de ra-