CHAPITRE V
mener Jean XXIII à Constance et de le contraindre à abdiquer ; enfin quatre députés, dont trois cardinaux, et Regnaud de Chartres, archevêque de Reims , sont députés à Schaffouse pour lui transmettre les résolutions du concile. Mais afin de rendre efficaces les mesures prises pour soumettre le pape, il fallait en adopter d'autres pour réduire Frédéric d'Autriche, complice de sa fuite et son protecteur. L'empereur réunit dans ce but tous les princes, et, en leur présence, il dénonce l'archiduc comme traître envers l'empire et envers le concile , et leur demande de s'unir pour le soumettre. La fermeté de sa parole impose à tous; aucune voix ne s'élève pour défendre Frédéric; il est cité devant le concile et l'empereur pour rendre compte de sa conduite, et Sigismond se dispose à le réduire par les armes.
Cependant le pape , épouvanté de l'orage qui éclate sur sa tête, écrit à l'empereur en termes soumis qu'il est venu à Schaffouse à l'insu de larchiduc d'Autriche, non pour se dispenser d accomplir la parole qu'il a donnée d'abdiquer, mais pour exécuter librement sa promesse et sans péril pour sa santé.
Mais il était évident que Jean XXIII ne céderait qu'à la force, et, apr^sque l'empereur eut employé
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avec succès contre lui son autorité temporelle, le èoncile eut recours à d'autres armes non moins redoutables.
La fuite du pape soulevait de nouveau la question capitale déjà agitée et une fois résolue au concile de Pise, touchant les droits réciproques des papes et des conciles généraux, et la supériorité de ceux ci sur ceux-là. 11 s'agissait de décider encore si Popposition obstinée d'un pontife pouvait annuler les actes d'un concile universel, et si celui-ci, dans l'intérêt de l'Église, ne pouvait contraindre un pape rebelle et schismatique. Du moment oîi le concile, en l'absence du pape, persistait à se dire légalement réuni, la solution du problème n'était plus douteuse. Ceux en effet qui, par crainte, avaient d'abord hésité à se déclarer contre le pape, allaient prudemment lui enlever des armes qu'il aurait plus tard tournées contre eux-mêmes, et ils s'empressèrent de se joindre aux hommes qui , en luttant contre l'omnipotence papale, n'écoutaient que leur conscience. Entre ces derniers se distinguèrent les représentants de l'Université de Paris, et, au premier rang, son illustre chancelier.
Gerson prononça, le 23 mars 1415, en présence des quatre nations, un sermon célèbre sur ce texte :
CHAPITRB V. 217
« Marchez pendant que vous ai^ez la lumière^ de « peur que les ténèbres ne vous surprennent (1). » Son discours fut le flambeau dont s'éclaira le concile.
Gerson s'écrie avec l'apôtre : « Conservez l'u- « nité de l'esprit par le lien de la paix (2). N'ayez « tous, dit-il, qu'un même corps et qu'une âme, un « seul Dieu, une seule foi, un seul baptême. Soyons « unis en Christ, notre tête, de qui tous les mem- « bres dépendent, à qui tous sont liés et soumis. »
Gerson déduit de celte vérité première douze propositions dont les principales sont que l'union ecclésiastique se rapporte à un seul chef, qui est Jésus-Christ, et qu'elle se fait par un chef secondaire, qu'on appelle le souverain pontife, et qui est le vicaire de Jésus-Christ; que l'Église a en Jésus-Christ un époux tellement inséparable que jamais il ne peut lui donner des lettres de divorce, mais qu'au contraire l'Église n'est pas tellement liée avec le vicaire de son époux qu'ils ne puissent se séparer.
« L'Église, ou le concile général qui la repré- « sente, dit Gerson, est une règle dirigée par le « Saint-Esprit et donnée par Jésus-Christ, afin que
(1) Jean, XII, 35.
(2) Ei.h.,IV,3.
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« tout homme, fût-il pape, l'écoute et lui obéisse, « sous peine d'être regardé comme un païen et « comme un publicain, L'Église ou le concile a pu « et peut, en plusieurs cas, s'assembler sans un « exprès consentement ou commandement du pape, « lors même qu'il serait canoniquement élu et vi- « vrait régulièrement. Ces cas sont les suivants, « savoir : si le pape, étant accusé et mis en cause, « refuse opiniâtrement d'assembler l'Église; si, un « concile général ayant décidé qu'un autre concile « serait tenu à une époque déterminée, le pape re- « fuse de le convoquer ; enfin s'il y a schisme ou « concurrence entre plusieurs papes. »
Gerson termine par ces paroles :
« L'Église ou le concile général doit poursuivre « l'extirpation de l'erreur et la correction de ceux « qui s'égarent, sans faire aucune acception de per- « sonnes; elle doit réformer l'ordre et la hiérar- « chie ecclésiastique sur le modèle de la hiérar- « chie céleste, en se conformant aux anciennes v< règles, et l'Église n'a aucun moyen plus efficace « pour atteindre ce but que de prescrire la conti- « nuation des conciles généraux, sans omettre les « provinciaux (I). »
(1) Gers. Oper. t. H, part, u, p, 201. Sermoinvigil Domin, Palmarum.