CHAPITRE V
session précédente. FI y était dit qu'on aurait recours à toutes les voies permises par le droit canon pour contraindre et punir ceux qui refuseraient opiniâtrement d'obéir aux décrets du concile ou de tout autre concile général légitimement assemblé. Il y était dit encore que le pape et tous les membres du concile avaient joui d'une entière liberlé. Gerson fit joindre à ces articles une énergique déclaration présentée par l'évèque de Tolentino, qui déclarait que la fuite du pape était violemment suspecte de schisme et d'hérésie, et qu'il ne pouvait alléguer aucune crainte pour son excuse, étant tenu de donner sa vie pour son troupeau.
La quatrième session générale fut annoncée pour le 30 mars, et ses redoutables préliminaires remplirent Jean XXIII d'épouvante; il ne voyait pas avec moins de terreur s'ébranler les troupes impériales, et il ne se sentait plus en sûreté à Schaffouse, à si peu de distance du concile et de l'empereur; il quitta donc cette résidence lorsque déjà beaucoup de princes et de villes, effrayés de l'orage qui menaçait l'archiduc, son protecteur, avaient rompu le lien féodal qui les attachait à lui. De toutes parts arrivaient des messagers porteurs de bruits fâcheux, et les rapports de toutes ces défections, dit un auteur contemporain, furent à
22 i LIVRE II.
Jean XXIII dans sa fuile autant de coups d'aile ou d'éperon (l). H se dirigea vers le château de Lauffenbourg, situé sur les bords du Rhin, qu'il atteignit dans la soirée. Mais à peine fut-il hors des murs de Schaffouse que, faisant appeler un notaire et des témoins, il leur dicta une rétractation de tout ce qu'il avait fait à Constance, protestant n'avoir rien promis ou juré dans le concile qu'en cédant à la violence et à la crainte, et déclarant en conséquence qu'il n'était point tenu à l'accomplissement de semblables promesses (2). Il répéta, dit son secrétaire, cette protestation en divers lieux, et cependant, réglant ses paroles non sur la vérité, mais sur les dispositions de ceux auxquels il adressait ses lettres, il en écrivit plusieurs d'un style tout différent , se donnant ainsi à lui-même de perpétuels et honteux démentis.
Cette seconde fuite du pape donna une nouvelle force au concile et à l'empereur. Les cardinaux (3), ne trouvant plus aucun appui dans un chef sans courage, et incapable de toute résistance, comprirent qu'en s'isolant ils achèveraient de se
(1) Dacherius, ap. Von der Hardt,t.lV, p. 84.
(2) Th. Niem, ap. Von der Hardt, p. 84.
(3) 11 faut toujours excepter les cardinaux de Cambrai et de Saint-Marc de ceux qui étaient exclusivement dévoués aux intérêts de l'Église romaine.