CHAPITRE V
perdre, et reconnurent qu'ils seraient plus forts en résistant dans le sein du concile qu'en intriguant au loin ; ils se voyaient vaincus et ne songeaient plus qu'à rendre leur défaite moins désastreuse.
On vit alors tout ce que peut ladresse contre la force, l'inertie persévérante contre la persévérance active. Si , d'une part, il importait au parti romain que les cardinaux fussent présents dans le concile pour le défendre, d'autre part il n'importait pas moins à l'empereur et au parti qui voulait des réformes d'associer les cardinaux à leurs entreprises, de les lier à leurs actes : sollicitations, caresses, menaces, tout fut mis en œuvre dans ce but par Sigismond, et sa fermeté triompha.
D'orageux débats eurent lieu dans les réunions préparatoires qui se tinrent entre l'empereur, les cardinaux et les députés des nations, et qui précédèrent la quatrième session générale. Dans ces réunions, où l'on discutait les articles qui devaient ensuite être soumis au concile, les cardinaux obtinrent que le pape ne serait point encore accusé de schisme et d'hérésie pour le fait de sa fuite; ils demandèrent beaucoup plus sans succès, et la plupart prirent envers l'empereur l'engagement de se trouver à la session prochaine.
Les esprits étaient dans l'attente d'un de ces I. 15
événements qui ont du retenlissement dans la suite des âges. D'un côté l'empereur et l'immense majorité des prélats de trois nations persuadés qu'il fallait que le pape fût abattu pour que l'Église fût sauvée, se disposaient à porter à la papauté un de ces coups terribles dont on relève, mais dont on ne guérit pas; d'autre part, les Italiens sans chef paraissaient partagés ; ils n'osaient se rallier ouvertement à celui qui s'abandonnait lui-même; et pourtant , il leur répugnait de délaisser une cause qu'ils avaient si longtemps regardée comme la leur : la plupart inclinaient vers les cardinaux. Ceux-ci, à l'exception des membres français de leur collège, d'Ailly et Pilastre (1), ne faisaient qu'un seul corps et n'avaient qu'une volonté. Leurs intérêts étaient étroitement unis à la grandeur de ce siège papal qu'on allait rabaisser; là se rattachait aussi une grande question religieuse , et plusieurs sans doute se préoccupaient de hautes pensées dans leur résistance à Tempereur et aux trois nations ; ils frémissaient des dangers dont leur Église était menacée, si ce trône de saint Pierre, qui, à leurs yeux, en était le plus ferme appui, venait à être ébranlé. Un petit nombre, et parmi eux le cardinal de Viviers, Jean de
(1) Le premier, cardinal de Cambrai, le second de Saint-Marc.
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Brogni, président habituel du concile (1), se dirent malades et se tinrent à l'écart, évitant de donner par leur présence une plus grande autorité à des mesures qu'ils condamnaient et qu'ils croyaient ne pouvoir conjurer. Les autres espérèrent davantage ; ils assistèrent à la séance dans l'intention de protester contre des actes trop violents, de les affaiblir ou de les faire ajourner. Leur calcul n'était pas dénué de]^fondement.
La quatrième session générale s'ouvrit enfin le 30 mars i^ilÔ.Lc cardinal Jordan des Ursins présidait ; l'empereur était présent, et avec lui tous les princes et les ambassadeurs des rois. La messe fut dite par le patriarche d'Antioche; et, aussitôt après les cérémonies religieuses. Zabarelle, cardinal de Florence, se leva et donna lecture des articles que les nations, dans leur assemblée préparatoire, avaient résolu d'adopter.
Ils commençaient ainsi : Le sacré Sjnode de Constance^ légalement assemblé au nom du Sainl- Espiit^Jaisant un concile général qui représente V Eglise catholique militante, a reçu immédiatement de Jésus-Christ une puissance à laquelle toute personne^ de quelque état ou dignité quelle soit, même PAPALE, est obligée d'obéir dans ce qui appartient
(1) Voyez la noto I.
a la foi ^ à V extirpation du schisme et a la rkfor- MATioN DE l'Église dans son chef et dans ses