CHAPITRE VI
le concile justifie la condamnation par d'étranges raisons; il déclare que les biens de l'Eglise sont les biens de Dieu même, qui, ayant voulu ériger sur la terre un royaume dont il est le monarque souverain, a consacré certains biens temporels, afin de les pouvoir administrer.
Un des articles inculpés attaquait les prétentions du clergé romain relatives à l'indépendance absolue de sa juridiction spirituelle. « Celui, disait Wycliffe, « qui excommunie un ecclésiastique parce qu'il en a « appelé au roi ou à son conseil se rend coupable de «trahison envers le roi. » Cette proposition fut trouvée fausse, perverse et scandaleuse.
Tous ces articles étaient dirigés contre les doctrines trop favorables à la puissance du clergé, qu'ils soulevaient tout entier contre leur auteur; mais il importait d'intéresser à la condamnation de Wycliffe les seigneurs temporels, dont plusieurs avaient voix au concile : Wycliffe y fut présenté comme l'adversaire de l'autorité du prince et des magistrats , et l'on produisit comme extraites de ses œuvres deux propositions ainsi conçues :
10 Pendant tout le temps qu'un seigneur séculier, un prélat ou un évêque, est en péché mortel, il n'est ni seigneur, ni évêque, ni prélat.
2i0 LIVRE II.
2" Le peuple peut à son gré corriger ses maîtres lorsqu'ils tombent en quelque faute.
Ces deux articles avaient été imputés de son vivant à Wycliffe par le clergé; il protesta fortement contre le sens qu'on leur attribuait; ils ne complétaient pas sa pensée; ses paroles avaient été tronquées, disait-il, et leur interprétation manquait d'exactitude et de fidélité. Comment admettre, en effet, que celui qui avait, toute sa vie, défendu les privilèges de l'autorité temporelle contre les usurpations du clergé, eût en môme temps soutenu des doctrines subversives de tous ses droits (1) ?
Le concile de Constancepersisla néanmoins à les lui attribuer, comme avait fait auparavant celui de Rome, et il les déclara hérétiques et téméraires.
On voulut aussi montrer Dieu lui-même intéressé à la condamnation de Wycliffe, et deux articles furent produits comme contrairesà la majesté divine. Dans l'un se trouve en germe le dogme fameux de la prédestination, adopté plus tard par une partie considérable de l'Eglise protestante: il est ainsi formulé : Toutes choses arrivent par une nécessité absolue.
Wycliffe se fondait, pour émettre ce principe, sur l'infinie sagesse de Dieu, par laquelle il ne peut ne
(1) Vauglian, Vie de WycblJe.