‹ Les réformateurs avant la Réforme. XVe siècle. Jean Hus et le Concile de ConstanceChapitre 85 sur 274 · CHAPITRE vr · texte numérisé non relu

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pour rappeler leur condamnation; il fut ordonné de jeter ces livres dans les flammes, et en particulier les ouvrage intitulés le Dialogue et le Dialogue.

On lut ensuite deux cent soixante autres articles qu'on donna comme également extraits de ces ouvrages ; ils reproduisent pour la plupart et développent les articles précédents, surtout ceux relatifs au pape , aux moines et au sacrement de l'autel. Quelques-uns sont aujourd'hui généralement reconnus pour vrais parmi les chrétiens, entre autres celui qui n'exclut pas de la promesse de salut les enfants morts sans baptême. D'autres articles sont entachés d'une exagération violente et condamnable ; plusieurs présentent un sens dangereux; ceux-ci, par exemple : Dieu ne peut rien anéantir; il ne peut ni agrandir ni diminuer le monde ; il peut créer des âmes jusqu'à un certain nombre et point au delà ; Dieu est chaque créature.

Wycliffe, il faut l'avouer, ne s'est pas assez défendu de la déplorable manie, qu'ont eue tant d hommes supérieurs et révérés dans l'Église, d'assigner des limites et des modes à l'action de la sagesse incompréhensible et infinie , témérité qui faisait dire avec raison à saint Bernard : « On « fouille jusqu'aux entrailles les secrets de Dieu. »

Cependant, hâtons- nous de le dire, les propositions extraites des écrits de Wycliffe étaient loin d'avoir dans sa pensée le sens que ses détracteurs supposent.

En soutenant que Dieu ne pouvait rendre le monde plus grand ou plus petit, ou créer plus d'armes qu'il ne l'a fait, l'opinion de Wycliffe était que Dieu a fait toutes choses aussi bien qu'il était possible de les faire, et, lorsqu'il dit que chaque créature est Dieu ou divine^ il entendait seulement que toute créature participe en quelque chose, et pour une part, quelque faible qu'elle soit, aux attributs éternels de la Divinité.

Il est à regretter que ces propositions aient pu être attribuées à Wycliffe ; toutefois on sait combien il est facile d'extraire des meilleurs livres certains passages qui, à la place où l'auteur les a mis, n'offrent rien de repréhensible, et qui , présentés isolément, ont un sens coupable. Wycliffe, d'ailleurs, était homme, et, comme tel, sujet à l'erreur; pour lui en faire un crime, il aurait fallu qu'il se fût rendu coupable du tort beaucoup plus grave de ceux qui l'ont condamné, il aurait fallu qu'il se

fût dit INFAILLIBLE.

C est sur l'ensemble de sa vie et de ses doctrines qu'un chrétien, qu'un réformateur doit être jugé;

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c'est à la pensée générale de ses ouvrages à corriger, à modifier, dans l'esprit du lecteur ou de l'auditeur, la pensée isolée, l'expression particulière ; il n'y a pas une vie d'homme , il n'existe pas un seul livre à qui cette règle ne soit applicable. Cette vérité ne saurait être trop répétée , car elle est constamment méconnue , et il est à craindre qu'elle le soit toujours. Le principe est avoué de tous dans le silence des passions, et, le moment venu, personne ne le met en pratique. S'agit-il d'une doctrine ? Porte- t-elle, dans son ensemble, les âmes au repentir, à la régénération, à la foi, à l'amour de Dieu ? Qu'importe, pour ceux qui croient y voir leur condamnation? S'agit-il de la vie d'un homme? Estelle pure et sainte? Qu'importe à ceux qui ont soif de son sang?

Wycliife, jugéde haut, adroit, malgré ses écarts, par son génie, par son courage, par sa vie entière, à la reconnaissance et à l'admiration de quiconque proteste contre l'asservissement de la conscience humaine, contre le joug théocratique et sacerdotal; de quiconque reconnaît dans Jésus -Christ le seul médiateur entre Dieu et l'homme, de quiconque enfin voit dans la diffusion de la parole de vie le plus grand des biens, et dans la sanctification intérieure de l'homme le but du christianisme.

Le concile a eu le tort immense de condamner en masse toutes ses œuvres, de confondre le mal et le bien, l'erreur avec la vérité dans sa sentence, de fouiller un tombeau et de s'acharner sur un cadavre. Toutefois, en blâmant l'arrêt barbare, il faut songer à la barbarie de l'époque , et, en s'indignant de la vengeance des prêtres, il ne faut pas oublier à quel point WyclifTe l'avait provoquée. On peut dire de lui avec justice ce qu'Erasme dit plus tard de Luther : Il frappa le pape sur la couronne et les prêtres sur le ventre. L'immense révolution du XVr siècle était en germe dans ses écrits, et la violence de l'attaque , la profondeur de la blessure expliquent l'atrocité de la sentence.

Elle fut exécutée en Angleterre plus de trente ans après la mort du réformateur. La tradition rapporte que ses os, exhumés et réduits en cendres, furent jetés dans la rivière de Lulterworth. De là, selon la belle expression de FuUer, ses restes furent successivement portés dans la Saverne, dans la mer d'Irlande et dans l'Océan , véritable emblème de sa doctrine, qui se répandit de sa province dans toute sa nation , et de sa nation dans tous les royaumes de la terre (1).

(1) Vaughan's, Li/c o\ WycU/fe, t. II, p. 347.

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