CHAPITRE VII
lorsque le tumulte fut apaisé, Jérôme fut reconduit en prison, et l'assemblée se sépara (t).
Vers le soir, Pierre Maldoniewitz , plus connu sous le nom de Pierre le Notaire, ami fidèle de Hus et de Jérôme, alla rôder autour de la maison où ce dernier était détenu, et, s'approchant d'une fenêtre, il appela Jérôme qui l'entendit et lui dit : a Sois le bien-venu , mon frère. » Pierre reprit : a Affermis ton âme; souviens-toi de cette vérité « dont tu as si bien parlé lorsque tu étais libre et « que tes mains étaient dégagées d'entraves. Mon « ami, mon maître, ne crains pas d'affronter la « mort pour elle.
« — Oui,répondit Jérôme, j'ai dit beaucoup de « choses touchant la vérité , et je les confir- « merai. »
Des soldats rompirent le touchant entretien des deux amis; ils accoururent et repoussèrent Pierre avec violence et menaces. Il dit un triste adieu à Jérôme et s'éloigna, la douleur dajis l'âme. .
Après lui un autre s'approcha : c'était un serviteur de Jean de Chlum, nommé Vitus. Comme il adressait la parole à Jérôme, il fut saisi parles soldats et recouvra difficilement sa liberté (2).
(1) L'interrogatoire de Jérôme est extrait des anciens tnanuscrits en partie recueillis par Von der Hardt, t. IV, p. 218. {2yVheohM.,Pel.Hus., p. 28.
La garde du prisonnier avait été confiée à Jean de Wallendrod, archevêque de Riga. Ce prélat le fit conduire cette même nuit au fond d'une tour, dans le cimetière de Saint-Paul. Il ordonna qu'il y fût très-rigoureusement enchaîné. Ses fers furent rivés à un poteau fort élevé, de manière qu'il lui était impossible de s'asseoir, et ses deux mains, passées dans les chaînes, pesaient sur son cou et tiraient en bas sa tête. C'est ainsi que les anciens auteurs et ceux qui l'ont vu nous l'ont dépeint dans sa prison. Il demeura deux jours dans cette situation cruelle, vivant de pain et d'eau, et sans que ses amis de Bohême connussent où il était. Enfin Pierre le Notaire parvint à le savoir d'un de ses gardiens, et réussit à lui faire passer une meilleure nourriture (1)=
Cependant Jérôme tomba gravement malade, et, comme il était en danger de mort, il demanda un confesseur. Ses liens furent alors un peu moins étroitement serrés. Il échappa, comme Jean Hus, à la maladie pour le supplice, et demeura une année entière enfermé seul dans ce lieu de douleur.
(1) Von derHardt, t. IV, p. 218.— Cochlée, auteur catholique tièspassionné, ne nie point l'excessive rigueur de la captivité de Jérôme.— Cochiaeus, Hist. Huss., lib. 111, p. ir>i, 152.