‹ Les réformateurs avant la Réforme. XVe siècle. Jean Hus et le Concile de ConstanceChapitre 98 sur 274 · QUEL EST LE VERITABLE TEXTE DES DECRETS DE CONSTANCE · texte numérisé non relu

QUEL EST LE VERITABLE TEXTE DES DECRETS DE CONSTANCE

tt Le sieur Schelstrate prétend, dans l'histoire qui est a toute de son invention, que le décret de la quatrième sesa sion, rapporté plus haut, fut altéré et corrompu, en 1432,

0 par l'ordre des Pètes de Hâle, cjui à ce décret, portant a que le pape est soumis au concile dans les choses qui « concernent la fui et l'extirpation du schisme^ firent ajouter « ces autres paroles : et la réformation générale de l'Eglise « de Dieu dans son chef et dans ses membres. En vérité, « M. Scholstratc s'expose à la raillerie du public, quand il « nous dit gravement que le concile de Bâle, qu'on sait « avoir été composé d'un très-grand nombre de prélats il- « lustres, a commis, et gratuitement commis, un crime «aussi énorme^ car si d'ailleurs il avait été coupable « d'une pareille fourberie, comment aurait-elle échappé « aux yeux critiques d'Eugène IV et du cardinal de la « Tour-Brûlée (Toire-Cremata), qui dans leurs fréquentes « invectives contre les Pères de Bâle, ne leur reprochent « jamais rien de semblable? Comment /Eneas Sylvius, « témoin oculaire et historien célèbre de tout ce qui se fit 0 à Bâle, ensuite devenu pape sous le nom de Pie II, au- « rail'il ignoré cette falsification, et n'en aurait-il pas « laissé le moindre soupçon? Rien n'égale donc l'étrange « témérité avec laquelle, au bout de plus de deux siècles, le « sieur Schelstrate ose taxer de mauvaise foi les Pères de « Bâle, qui même pendant la chaleur des contestations « n'en ont point été accusés par leurs ennemis.

a INous devons dire encore qu'on a, dans la bibliothè- « que du roi, dans celle de M. Colbert, dans celles de « l'abbaye de Saint-Victor et du collège de Navarre, des « copies très-anciennes du concile de Constance, dont « quelques-unes furent envoyées de Constance môme, peu- « dant la tenue du concile, comme on peut s'en assurer « par les lettres qui furent écrites en les envoyant. Or, « dans ces manuscrits, le décret de la quatrième session

«r est lel qu'on le lit dans les inipriiiK-s, et que l'éditeur « du Vatican a cru devoir le suivre.

« Si le sieur Schelstrale a eu la témérilé d'accuser les « Pères de Bâle d'avoir falsifié le décret de la quatrième « session de Constance, il convient de l'cxactifude et de « raulhcnlicité de ceux de la cinquième. Or, c'est sur les « décrets de la cinquième, encore plus que sur ceux de la c quatrième, que nous établissons notre sentiment. Cette « session fut tenue le 6 avril 4415, et, le 21 juillet de la « même année, après la célébration des saints mystères 0 el diverses prières, Gerson^ cbancclier de l'université de « Paris et ambassadeur du roi très-chrétien, Charles VI, a au concile de Constance, fil un sermon, en présence de a celte illustre el nombreuse assemblée, dans lequel il ropa perle mot pour mot les décrets de la cinquième session; « puis il ajoute : Cette salutaire décision^ cette loi pleine a d'équité^ me parait mériter d'être écrite, dans les lieux les a plus élevés, et gravée dans toutes les églises, afin qu'on s'en « serve, comme d'une règle de conduite fondamentale et inajaillible, contre l'horiible et malheureuse doctrine que plua sieurs avaient enseignée jusqu'alors, et qui tendait à mettre « l'Eglise dansl'impossibUité d'établir des lois. Cette doctrine, «i fondée sur des textes de la glose, qu'on n'avait pas lieu « d'intei-préter conformément à l'Evangile et à la loi éternelle, c consistait à dire que le pape n'est pas soumis au concile et a que le concile ne peut le juger. Ainsi parlait en plein con- « cile l'ambassadeur du roi de France, le célèbre Geison, « quatre mois après la tenue de la cinquième session, a sans que personne y trouvât rien de répréhensible.

« Le 17 janvier 1417, le même ambassadeur fit un au- « tre sermon en présence du saint concile, dans lequel il

a s'exprime ainsi, en parlant encore des décrets de la « même session : // paraît superflu de midtipliei' les discours « pour cette vérité; elle a été trop clairement décidée par ce « saint concile pour qu'il soit permis ou de la contester, ou « même de la traiter comme une question problématique. Le « sieur Schelstrate voudrait cependant nous faire accroire « que les ambassadeurs du roi de France s'opposèrent « aux décrets de celte session. Bossuet ajoute qu'il pour- « rait faire une longue liste des auteurs du temps qui rap- « portent les décrets de la cinquième session, tels qu'on « le^ a aujourd'hui 5 puis il établit l'état véritable de la « question, en exposant la déplorable situation où se trouce vait l'Eglise durant le schisme. Il montre qu'après l'évac sion du pape, Jean XXIII, et par suite de l'injonction faite « par lui à tous ses officiers de venir le trouver à Schaf- « fouse, sous peine d'excommunication, le concile, qui « seul pouvait rétablir la paix et l'unité dans l'Eglise, se « vit dans l'obligation absolue de renouveler dans la cin- « quième session le décret de la quatrième, et d'y ajouter « deux clauses importantes. Par la première il déclare plus « neltement que le pape est soumis aux décrets de tout « autre concile général, et par la seconde que, s'il refuse a opiniâtrement d'obéir, il doit être puni comme sa faute « le mérite.

« Ces décrets ayant été lus, le concile les approuva et 0 les ratifia unanimement, »

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