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ni la propriété, ni la religion ne sont à la merci des passions et des idées révolutionnaires ou des utopies socialistes. Elles ont dans l'humanité même leur principe, et il n'est pas plus facile à l'humanité de les détruire que de les inventer. Ce sont des lois qui s'exercent, plus ou moins complètement, dans des conditions plus ou moins heureuses, indépendantes des volontés particulières et des combinaisons politiques. Il est donc tout à fait absurde d'imaginer que la liberté de l'enseignement ou la liberté d'écrire aboutiraient à la ruine des principes sociaux, par l'enseignement d'utopies contraires aux choses elles-mêmes.
Quant aux gouvernements , ils ne changeront pas les voies dans lesquelles sont entrées les sociétés modernes, voies de critique, de contrôle, d'examen , de justice, de modération , de libre participation.
S'ils fonctionnent à la satisfaction de la majorité, si l'opinion publique est pour eux, la presse sera impuissante à leur égard, car la vérité et la justice, chaque jour mieux discernées, prendront , chaque jour, une plus grande place dans la direction des affaires de l'État.
S'ils fonctionnent mal, s'ils entendent s'imposer par la force ou la surprise, si l'opinion publique
les condamne, s'ils n'ont pour eux ni la vérité ni la justice, la presse aura rempli sa mission en aidant à la renverser. Au surplus, la force des choses les entraîne malgré eux à leur perte, quand ils sont hors d'état de supporter la libre discussion et, un jour ou l'autre, ils doivent succomber, quelque appui qu'ils rencontrent dans l'indifférence, l'égoïsme ou les terreurs des intérêts privés.
Le droit de gouvernement est le plus élevé , le plus important de tous les droits politiques. Toutes les races, toutes les sociétés humaines ne sont point parvenues à le constituer et ne paraissent point aptes à le comprendre ou à le pratiquer. Il semble qu'il recule devant certaines conditions géographiques ou climatériques. Ainsi les peuples de la race nègre et de la race jaune ne connaissent point le droit de gouvernement. Ils n'ont aucune idée de l'intérêt oénéral ou national du corps social dont iis font partie et du droit de chaque individu de veiller à cet intérêt général. D'autres, comme les Paisses, les Hindous, quoique appartenant à la race blanche, ne possèdent pas davantage la conception du droit de gouvernement. Cela tient-il, pour les premiers, au mélange du sang mongolique ; pour les seconds, au mélange
du sang nègre, ou, pour les uns comme les autres, aux conditions de territoire et de climat? Chaque cause probablement a sa part dans ce fait trèsimportant. Dans son ensemble, la race sémitique est aussi étrangère à la notion du droit de gouvernement. Il faut toutefois tenir compte de deux exceptions mémorables, Carthage et la Judée, qui ont possédé et pratiqué le droit de gouvernement.
L'Europe occidentale, au contraire, aussi loin que remontent les documents historiques, a toujours connu le droit du gouvernement. Chez tous les peuples et dans tous les États qu'on y rencontre une part plus ou moins importante est faite à l'individu dans le gouvernement. Cela est vrai pour l'Espagne, avant la conquête carthaginoise; pour la Gaule, avant la conquête romaine; pour tous les peuples de race germanique, et quant aux civilisations grecque et romaine , elles ont exercé ce droit dans toute son étendue , aussi complètement, pour tous ceux qui n'étaient pas esclaves, que l'Angleterre ou les États-Unis. Rien de supérieur, dans l'histoire de l'humanité, aux grands siècles de la Grèce ou de Rome. Périclès gouvernant Athènes, Timoléon gouvernant Syracuse, sont à la hauteur de Washington; le Sénat