I.VIII
» de Senecey, que des fils de cordonniers et de » savetiers nous appellent frères; il y a de nous » à eux autant de différence qu'entre le maître » et le valet. »
Dès lors que les mêmes hommes ne pouvaient se trouver en présence les uns des autres, dès qu'ils ne pouvaient délibérer ensemble, tout droit de gouvernement était impraticable.
Exploitée avec une infatigable persévérance par la Royauté, celte intolérance s'aggrava pendant le dix-septième et le dix-huitième siècles, à ce point qu'en 1789, quand les diverses classes étaient animées des mêmes idées et voulaient arriver à un but commun, elles abandonnèrent ce but pour s'entre-détruire.
La seconde cause a peut-être eu une action plus décisive que la première, c'est une cause économique.
On peut affirmer que, jusqu'en 1789, la société française formait deux nations distinctes : celle qui travaillait et honorait le travail, — celle qui oe travaillait pas et méprisait le travail.
De là des conséquences extrêmement importantes :
1° Les classes qui ne travaillaient pas auraient marché trop rapidement à leur ruine, si elles
n'avaient pas eu des privilèges de toute nature pour les sustenter; le privilège, c'était ou des droits qui se convertissaient en espèces et fournitures, — ou l'exemption des charges; c'est pourquoi les classes nobles ont toujours pins tenu aux privilèges qui les faisaient vivre qu'aux libertés politiques qui les auraient laissé mourir de faim ;
2° Ces privilèges retombaient, par suite, sur ceux qui travaillaient et qui avaient à subvenir aux besoins des uns et des autres ;
3° Non-seulement les classes nobles ne travaillaient pas, mais elles méprisaient ceux qui travaillaient et ne comprenaient pas que les produits du travail avaient besoin de garanties;
4-° Elles entendaient le droit de gouvernement comme le moyen de conserver des privilèges qui grevaient le travail, tandis que les classes qui travaillaient le considéraient comme un moyen d'abolir ces mêmes privilèges.
Combien mieux inspirée et plus intelligente a été l'aristocratie anglaise! L'une a ouvert ses rangs au travail et, partant, a pu renouveler ses forces, a obéi à la grande loi des sociétés modernes; l'autre les a fermés, s'est appauvrie, diminuée, ruinée; elle a marché en arrière au lieu d'aller en avant.
Et tout cela est tellement le vrai fond de la société française que c'est surtout une protection, une sécurité pour le travail que les classes les plus nombreuses ont cherchée dans la Royauté; qu'elles y ont tout sacrifié, parce que le travail est tout pour elle et qu'elles n'ont abandonné la Royauté que quand elles n'y ont plus trouvé, à la suite des excès des gouvernements de Louis X1Y, les conditions qu'elles exigeaient.
A partir de 1789, la seconde cause a, peu à peu, cessé de faire sentir son action dans la société française. Les lois de l'économie sociale ont été enseignées, propagées, acceptées. On a compris et la puissance et le vrai caractère du travail.
La première a prolongé ses effets plus longtemps; elle a trouvé un nouvel aliment dans les luttes de la Révolution. Cependant son efficacité a sensiblement diminué. Les malheurs des temps, les événements de 1814 et de 1815, les mécomptes, les progrès de l'instruction, tout a contribu é à faciliter un rapprochement que cimentera l'exercice du suffrage universel.
Les relations des éléments de la société ont rendu nécessaire un pouvoir assez fort pour les contenir et les dominer. Telle est la base de la monarchie de Louis XIV. Sans doute, le souvenir