Aussitôt que les troupes auront été formées en
divisions, elles seront sous les ordres immédiaU des of&ciers généraux que sa majesté nommera pour les commander. Tous les ordres relatUis au aerviee, à la discipline, à Tadministration, leur panriendront par eux. Chaque régiment rendra compte êxi maréchal de camp présent à la division, et le maréchal de camp au lieutenant général qui, ayant Tautorité supérieure, sera responsable envers sa majesté de tout ce qui concernera les troupes de sa division.
S. Chaque maréchal de camp, employé à une division, fera deux revues des régiments de sa division. Tune en commençant, et l'autre en finissant le tttups de son service.
8. Les maréchaux de camp , lors de leurs revues , examineront :
1« Si les officiers sont armés, équipés, habillés et coiffés uniformément.
3* Si Tespèce d'homme dont le régiment est composé est telle qu'elle doit être, et propre à la guerre.
8* Us réformeront les hommes qu'ils trouveront défectueux.
4* Us formeront l'état de ceux qui seront dans le cas d'obtenir les invalides, ou le traitement ré|^ au tiire ies réeùmpemet milUaires.
S* Us sépareront les recrues, qu'ils examineront homme par homme, et les interrogeront pour savoir si aucuns desdits hommes n'auroient pas été engagés par supercherie ou par force. Ds se feront r^idre compte en leur présence des conditions de leur engagement.
6* Us examineront aussi l'un après l'autre les che* vaux 4e reBKmte.
Af>P£iMÛlC£. i91
!• Us Térifleront si les soldats, cavaliers, hussards ou dragons sont bien habillés, bien armés, bien équipés et militairement tenus.
8^ Enfin, Ils écouteront les plaintes, demandes ou réclamations des officiers et soldats, en feront Texa* men en présence des parties intéressées, et rendront Justice à qui elle appartiendra.
4. Le lieutenant général fera la revue des régiments de la division à ses ordres, dans le courant du mois de septembre.
6. Les officiers généraux employés aux divisions s'attacheront à connoitre la division du corps des officiers dans chaque régiment, et ne négligeront rien de tout ce qui pourra les conduire à fixer l'opinion qui sera due aux talents, aux mœurs, au caractère et à la conduite de chacun d'eux. Ds vérifieront leur aptitude et leurs connoissances dans les exercices et les manœuvres. Us s'informeront et s'assureront par eux-mêmes du degré de zèle qu'ils auront pour le service, de leurs soins, de leur attention pour la discipline, et de leur dévouement à la subordination.
6. Les officiers généraux . après leurs revues, pro« céderont à l'examen de l'administration économique de chaque régiment. Ils feront assembler le conseil, prendront communication des registres , et connoissance des délibérations enregistrées; ils Térifleront la situation de la masse générale , et si le décompte de la retenue pour linge et chaussure a été fait exac« tement. Ds manderont les officiers que le conseil aura chargés de quelques détails particuliers, pour qu'il leur soit par eux rendu compte desdits détails ; ils se feront représenter les marchés et quittances des
fournisseurs, se feront ouvrir la caisse pour reconnoitre si les sommes qu'elle doit contenir sont effectivement dans ladite caisse, soit en espèce, soit en effets actifs ; ils donneront sur tous les objets de Fadministi*ation les ordres qu'ils jugeront nécessaires, et après avoir mis leur visa sur les registres, ils rédigeront un extrait sommaire de toutes les vérifications et reconnoissances par eux faites, et adresseront cet extrait au secrétaire d'état ayant le département de la guerre.
8. L'intention de sa majesté est que les officiers généraux , après avoir pris connoissance de tous les détails relatifs à Tadministration, s'occupent de l'instruction, et fassent prendre les armes aux compagnies. Tune après l'autre aune ou deux heures de distance. Ils feront commander l'exercice t)t la manœuvre à chaque compagnie , par le capitaine , le capitaine en second, les lieutenants et les of&ciers subalternes, qui feront exécuter tout ce qui est prescrit pour l'exercice d'une compagnie.
9. Après avoir vu les régiments en détail, les offi* eiers généraux les verront manœuvrer par bataillon dans rinfanterie, et par deux escadrons dans les troupes à cheval. Us feront commander les manœuvres successivement par le colonel, le colonel en second» le lieutenant-colonel et le major.
10. Us feront aussi quelquefois rassembler 1$ régi* ment pour le faire manœuvrer ensemble, et le feront commander à différents jours, par le colonel, le colonel en second, ]e lieutenant-colonel et le major; enfin ils le commanderont eux-mêmes, pour prouver aux troupes leur propre instruction-
11. Lorsque plusieurs régiments de la division se, trouveront ensemble dans la môme garnison, ou très à portée les uns des autres, les officiers généraux les rassembleront pour les faire manœuvrer en grand, et pour donner aux officiers supérieurs de corps une idée des grandes évolutions des armées.
12. Les maréchaux de camp rendront compte au lieutenant général de tout ce qui concernera Tadministration, la discipline , la tenue , l'exercice et Tinstruction dans chaque régiment ; et le lieutenant gé* néral , en adressant au secrétaire d*état de la guerre le livret de la revue qu'il aura faite à chaque régiment dans le mois de septembre , joindra à ce livret un résumé clair et précis de tous les détails de sa revue, en y ajoutent les observations qu'il croira du bien du service de mettre sous les yeux de sa majesté.
18. Dernier article de cette ordonnance : il ne concerne que le régiment d'infanterie du roi.
CHAP. VILH. P.83.
Archifct du dépôt de la Guerre. — Administration mlUtaire.
Vol. 3696, pièce 51.
Instruction aux Conseils d'Administration des régiments.
Par les dispositions de l'article 8 de Tordonnance concernant l'administration, du 25 mars 1776, il a été prescrit au Conseil des Régiments de se fournir de draps de Lodève pour l'habillement, et de les tirer de la première main des fabricants et des ouvriers. Le
4ÛÙ APPENDICE.
but àê eette disposition a été d'épargner la commission de 10 pour cent et plus qne prenoient précédemment les fournisseurs intermédiaires, ou de 6 pour cent au moins à laquelle ils pourroient aujourd'hui se réduire, en sus du prix d'achat de chaque espèce de marchandise dans la fabrique.
Pour l'exécution de cette disposition, il est expressément recommandé au conseil de chaque régiment de s'adresser aux fabricants de chacune des espèces de fournitures qui doivent entrer dans la confection et l'habillement et d'éviter, pour tout ce qui sera possible, toute espèce d'intermédisiire ....
Fait à Versailles, le 18 août 1777.
Signé : Saint-Gericain.
CHAP. VU. I. p. 84.
Àrdi. du minittère de U guerre. AdminUtratton millulre.
Vol. 3096, pièce 25.
M. le comte de Stint-Gemitln à M. le comte de BrogUe.
Versuillct, le 19 Juillet 1776.
On demanda encore si les gentilshommes qui
servent en qualité de soldats, cavaliers et dragons, seront sigets à la peine portée par l'article 20 du titre VI de Tordonnance de l'administration. L'intention du Roi est qu'ils soient assujettis à la même tenue, à la même police, à la même discipline et aux mêmes peines qui sont réglées pour l'état qu'ils ont embrassé, sans quoi les autres soldats envisageraient cette punition comme flétrissante quoiqu'il n'en soit
rien, ces soldats gentilshommes méritent des égards et de l'avancement lorsqu'ils se conduisent bien, mais il tirerait à conséquence de leur accorder une distinction à ce sujet quand ils seront dans le cas d'être punis.
U ne reste à vous observer que l'intention du Roi est que MM. les chefs de division prennent connaissance de la situation, non-seulement où se trouvent les corps, mais même de celle où ils se sont trouvés lors de la nouvelle composition, afin que s'ils reconnaissent qu'on ne se soit pas conformé aux ordonnances et au règlement sur l'administration, ils y remédient sur-le-champ.
J'ai l'honneur d'être, avec un très sincère attachement , Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
Signé : Saint- Germain.
CHAP. VU. K. p. 84.
Ribl. Nation. - Extrait d'une lettre de M"* de *'• à M. de *'*.
On a lu hier. Monsieur, dans notre société, l'article de l'ordonnance concernant les coups de plat de sabre : je ne saurais vous exprimer la sensation qu'il a fait.
La petite marquise s'est trouvée mal; elle a été longtemps évanouie ; quand elle a repris ses sens , elle a déclamé, avec les yeux hagards et à demi échevelée :
— Ne les voyez- vous pas ces soldats tailhidés?
40i APPENDICE .
— De grâce, lîe l'eau vulnéraire I
— Hélas I b'V.sl. écrié la comtesse ; voilA rhonueur français perdu.
— Vous avez raison, a répliqué le commandeur; il n'y en aura bientôt plus dans nos troupes ; on pensait bien différemment sous Charles IX; on punissait les soldats en leur donnant de la hallebarde sur les fesses i
Le marquis, pour appuyer ce raisonnement, a prouvé, avec beaucoup d'érudition, que les bras étant les instruments de la gloire, on devait surtout ménager les épaules.
— Oh î rassurez-vous , a dit la bourgeoise , bel esprit ; cette ordonnance sera mise à l'index, les donneurs de coups de plat de sabre seront exconununiés ipse facto; n'y a-t-il pas dans TEvangile :
De son coutelas Homicide point ne seras?
Enfin, d'une voix unanime, il a été prononcé que l'article des coups de plat de sabre devait être biffé comme attentatoire au caractère français.
Vous pensez bien que je n*ai eu garde de parler du mécontentement que vous m'avez témoigné quelquefois sur ce qu'à propos de bottes, et quand les soldats n'avaient pas la moustache cirée, les officiers leur coupaient le visage avec leurs épées.
Je vous conseille même, pour ne pas vous compromettre avec M. le comte de Saint-Germain, qui, à ce qu'on dit, ne badine pas là-dessus, d'empêcher vos officiers majors d'assommer vos soldats à coups de canne.
Rappelez-vous que lorsque vous tintes pendant trois heures les soldats de votre régiment sous les armes , pour me faire admirer Télégance de leurs coëflfures , les couleurs dont vous les avez bigarrés, Temboitement de leurs habits, et tant d'autres objets intéressants que vous avez étudiés dans les Commentaires de César, la bastonnade me mit de mauvaise humeur? Avouez de bonne foi, mais, soit dit entre nous, qu'il vaut encore mieux donner des coups de plat de sabre.
Savez-vous qu'il y a des gens assez caustiques pour préférer cette dernière punition à celle de mettre un soldat au cachot, où il est confondu avec des scélérats destinés pour la plupart à mourir sur Téchaftiud et où il contracte des maladies mortelles?
On prétend aussi que la prison ne corrige pas les mauvais sujets, qu'ils y trouvent au contraire un moyen de fainéantise et que cette punition tombe sur leurs camarades, par l'obligation où ils sont de faire leur service.
CHAP. Vn. L. p 87.
Mémoires de M. le comte de Saint-Germain (I).
t L'éditeur dit que les lettres sont de Saint- Germain (2). Parmi toutes les pièces qu'on lui a confiées, il a trouvé un grand nombre de lettres d'un
(1) RenseigliflmenU doimés par l'abbé de ATontaiga, et par Pidaaeart de Mairobert ; oa par Moufle d'Angerville, toivant M. Barbier; on par le baren de Wimpren tden Grimv.
officier général, qui était toujours en correspondance particulière avec M. de Saint-Germain, elles roulaient en grande partie sur radniinistra,tion i Nous
croyons que cet officier est M. de Broglie : il nous semble intéressant de les citer un peu longuement.
Dans ses mémoires, M. de Saint-Germain â eu la franchise de reconnaître qu'il n'avait pas rendu à M. de Broglie la justice qu'il lui devait quand il était ministre (1).
« Un secrétaire d'Etat, rapporteur de la guerre (2), peut être homme de robe ou militaire , mais il vaut mieux, pour ce genre de détail, qu'il soit homme de
robe plutôt que militaire Ds sont plus habitués
au travail, savent y mettre plus de méthode et plus d'ordre, s'astreignent davantage aux formes, et, n'ayant aucun préjugé, ils ne peuvent être entraînés par leurs propres idées ; ils sont, au contraire, obligés de recourir aux lumières des autres. Vous avez la démonstration sous vos yeux dans le département de la Marine. »
Lettre de Saint-Germain, ministre, à M. de Broglie,
officier-général.
« Tout ce que j *apprens (3), Monsieur le Comte, des différentes divisions, me peine et m'afflige d'autant plus que je vois que, dans la plupart, les lois et les ordonnances ne sont en aucune manière respectées. Sans accuser personne, j'ai rassemblé dans le cahier ci-joint toutes les contraventions dont j'ai eu con* naissance. Vous jugerez vous-même des dangereux
effets qui doivent en résulter. Il faudra donc désormais, avant de promulguer des lois, que le Roi consulte son armée pour savoir s'il lui plaira de les agréer. Ce serait faire de nos troupes des gardes prétoriennes ou des janissaires, n est impossible, si Sa Majesté ne se détermine pas à des exemples d'une grande sévérité, que jamais la discipline puisse se rétablir. Ceux qui réclament le plus contre, seraient bien embarrassés, si Ton autorisait, dans les subordonnés, la même indépendance dont ils prétendent jouir ; cependant cela seroit juste, car la loi doit être égale. Au reste, Monsieur le Comte, tout est d'autant plus facile, que le soldat françois est de la meilleure espèce possible ; il est plein de courage, de volonté, d'intelligence, naturellement porté à la soumission et à l'obéissance ; et, quand le contraire existe, c'est toujours la faute des officiers qui, par leurs discours et leurs exemples, les y provoquent. Tout en administre la preuve
Si toutes les divinités avoient des chefs
comme MM. de Beauveau, de Vogué et de Wurmfer, tout irait bien. Je vous conjure donc de nouveau, à genoux, n'écrivez point de lettres interprétatives, attendez le retour des chefs de division^ rassemblezles ensuite ; écoutez leurs observations ; pressez-les, discutez-les avec eux, rectifiez les lois, si vous jugez qu'elles peuvent en avoir besoin : mais ne les dégradez pas, et n'avilissez pas votre autorité par cette foule d'interprétations et de contradictions. »
M. de St-Germaln (1) dit quelque part, dans une
de ses lettres à M. de Broglie, ce qu'il pensait des Bureaux.
c L'état de la finance est actuellement bien. Mes Bureaux avaient secrètement travaillé à m'embar* rasser par cet endroit ; mais ils en sont la dupe. Je les ai enfin purgés et ils sont très bien composés actuellementf c'est-à-dire aussi bien que cela se peut dans ce pays-ci ; continuez à me faire part de vos observationsi et soyez assuré qu'il ne tiendra pas ainsi que les choses n'aillent mieux. Il ne faut pas cependant, se flatter de les conduire à la perfection : elle ne sera jamais sur la terre. »
Uttre du 19 août 1776 (1) de H. de BrogUe à M. de St-Gcrmala.
c J'ai VU, Monsieur le Comte, la lettre-circulaire que vous avez écrite par ordre du Roi. Elle ne produira aucun effet, et vous me permettrez de vous observer que ce n'est pas par des lettres qu'on rétablit Tordre, mais bien par des exemples. D'ailleurs vous confondez par là l'innocent avec le coupable. Je ne vois donc pas quel intérêt on peut avoir de bien faire. D y a bientôt quarante ans que je sers; j'ai fait deux guerres ; j'ai passé par tous les grades ; j'ai été à portée de tout voir, de tout examiner; j'ai lu et étudié des volumes d'ordonnances, toutes excellentes et sages : mais je n'en ai jamais vu aucune littéralement suivie, ni un prévaricateur puissant puni. D'après cela, il ne faut pas s'étonner si des 22 divisions il n'y en a pas la moitié où les loix soient dans
toute leur vigueur
c Vous vous laissez trop intimider par la protec* tion de la Reine ; mais songez donc que c'est une Princesse douée de toutes les vertus, pleine d'ama« bilité, de grâces, de simplicité et de bonté ; qu'il n'est pas étonnant si son caractère de bienfaisance Tentraine à protéger, et quelquefois sans examen. Soyez certain que quand vous voudrez mettre vis-àvis de cette Princesse les formes d'attention et de respect qui lui sont dus ; quand d'un côté vous lui montrerez le bien et de l'autre le mal, jamais elle ne vous fera aucune violence. Il y a donc à cet égard infiniment plus de ressources avec la ReinOt qu'avec une autre personne puissante qui n'a pas un intérêt aussi direct pour faire le bien, parce qu'elle ne peut pas se dissimuler que sa gloire et celle du Roi sont inséparables. §
Lettre de M. de Broglie à M. de St-Germain, du 25 teptea*
bre 177Ô (1).
« Je suis venu ici. Monsieur le Comte, avec M. le prince de Beauveau, qui y a reçu sa lettre de rappel, ainsi que M. le duc d'Âyen. J'ignore encore quel sera mon sort, je le saurai vraisemblablement à mon retour à Schestadt ; mais, quel qu'il puisse être, il m'est impossible de vous cacher que les ennemis du bien vous ont porté à admettre une méthode absurde et destructive de toute émulation. Je n'y reconnais ni votre sagacité ni vos lumières. Quelle
confiance voulez^vous que les troupes prennent dans les Officiers généraux qui ne font que des. aparitions, et qu'on remplace l'instant d'après par d'autres qui souvent n'ont ni les mômes connais* sauces, ni le même zèle ? C'est les exposer à un ballottage désolant pour elles • .
« Je vois avec une extrême douleuri Monsieur le comte, que l'intrigue et la faveur prévalent plus que jamais sur les droits que peuvent donner les services ; que ces monstres que le maréchal Dumuy avoit enchaînés avec tant de courage, sont de nouveau en liberté ; qu'ils envahissent les récompenses et les grâces, et que nous sommes ramenés aux temps malheureux où il y avait plus à gagner à valeter dans les antichambres de Versailles, à ramper aux pieds des Grands, qu'à essuyer des coups de fusils et à servir utilement. Vous venez de montrer à tous les militaires que les décorations sont le prix de l'ineptie. Ah i Monsieur le comte, ce n'est pas sous votre ministère qu'on devait craindre un si dangereux exemple et une complaisance si destructive de toute émulation. »
6* Lettre de M. le Comte de SC-Gemain 29acptente« I77e(l).
« Je vois , Monsieur, par vos différentes lettres et surtout par celle du 25, que vous ne doutez pas que Dieu ne vous ait fait seul et unique dépositaire de
toate la prudence et de toute l'habileté humaine. Malgré cette haute prétention, permettez-moi de vous donner un conseil ; le voici : La sagesse modeste, véritable apanage de l^homme supérieur, et qui sera toujours la marque du vrai mérite , veut que Ton remplisse avec distinction les devoirs dont on est chargé, permet même des avis quand on les demande ; mais défend la démangeaison de se mêler de tout sans vocation et surtout celle de s'ériger de sa propre autorité en aristarque amer de ses supérieurs et de tout le genre humain. »
La correspondance (1) s'est ralentie depuis le 6 octobre jusqu'au 20 novembre.
La colère de M. de Saint-Germain s'est enfin apaisée, n n'est pas inutile que nous citions quelques passages d'une nouvelle lettre intéressante de M. de Broglie à M. de Saint-Germain, du 12 avril 1777 (2).
«L'intérêt que je prends encore, Monsieur le comte, non à votre existence dans la place pénible que vous occupez, mais à votre réputation, m'enhardit de nouveau, sans m'effrayer du danger même de vous déplaire, à mettre sous vos yeux des vérités que peut-être tout le monde vous cache , et qu'il n'appartient qu'à un attachement courageux de vous révéler. . . .
« Vous êtes arrivé. Monsieur le comte, avec une réputation que cinquante années de vertus et de talents constatés vous avaient méritée. La France vous regardait comme son ange tutélaire, et le mili-
tl) p. 277.
taire espérait de vous tout ce que devaient naturellement lui promettre vos serviees distingués, vos lu* mières et votre longue expérience. Les opinions vous étoient si favorables qu'il n'y avoit pas un seul individu qui osât seulement penser à opposer la moindre résistance à vos volontés, tellement on étoit persuadé de l'excellence et de l'utilité de vos principes, de votre caractère ferme et invariable. Ces principes, qui ont fait le sujet de mon admiration, étoient consignés dans votre mémoire, d'après la lecture duquel le Roi vous avoit appelle près de lui; les imaginations firançoises» toujours vives et ardentes, alloient audevant de la grande révolution qu'elles attendoient; chacun avoit formé son plan, sans que cependant le vôtre pût être deviné, et jamais rien n'auroit été connu, si vous n'aviez pas commencé votre réformamation en détail. G'étoit sonner le tocsin et avertir tous les mal-intentionnés de se liguer pour la contrarier. Vous n'avez pas voulu sentir, monsieur le comte , que cette grande opération demandoit à être conduite avec le même secret et la même habileté que la proscription des Jésuites en Espagne. •
Le respect, le silence et la soumission en auroient été les effets. Cependant cette erreur et ce défaut de méthode dans votre marche, vous préparoient de grands embarras et de terribles obstacles à vaincre, dont, à la vérité, votre courage n'auroit pas dû être effrayé, si ce noble désintéressement qu'on croyoit dans votre âme , avoit pu vous porter au sacrifice d'une existence, qui ne pouvoit avoir plus rien de satisfaisant à vos yeux, dès qu'il vous étoit impos-
sible d'arriver à votre objet. Quoi qu'il en soit, le premier mal s'est manifesté par votre opération sur la maison du Roi. Mais ce mal est devenu bien plus grand par l'effet qu'il a produit sur la gendarmerie , les carabiniers et les autres corps privilégiés. Les sensations de cette inconséquence dans votre conduite sur les opinions , alloient toutes à la destruction de votre réputation. Quelle qu'afOigeante que fût dès lors votre position , il étoit possible d'y remédier encore , si, ce même jour, vous n'aviez eu la foiblesse de vous associer un homme élevé dans des préjugés contraires à vos vues, et dont le principal objet devoit être de se former un parti assez puissant pour l'élever un jour à votre place. Mais le plus grand mal que ce choix a produit, c'est d*avoir porté un obstable invincible à la création du Conseil de guerre, dans le temps que vousmême, dans le premier principe de votre grand mémoire, vous en établissez la nécessité indispensable en France , et qu'en effet il n'y avoit que ce moyen d'imprimer de la stabilité à tout ce que vous proposiez de faire, et de rassurer tous les militaires fatigués et rebutés des perpétuels changemens dont ils n'ont cessé d'être tourmentés depuis plus de trente ans. Cette certitude seule suffisoit pour consoler ceux qui y auroient perdu leur existence et leur état. Cette contradiction avec vous-même, monsieur le comte, a dû nécessairement jetter dans le cœur du Roi une défiance très-dangereuse et très-nuisible ; et je me rappelle parfaitement que, dès cette époque. Sa Majesté s'est mise en garde contre toutes vos propositions : et moi, j'ai dès lors désespéré de vos succès. L'irrégularité de votre marche nous a donc plongés dans le
oahos où nous sommes, et notre situation est d'autant plus effrayante <iue Tindiscipline et l'insubordination sont parvenues à leur comble
• • .Les frères de SaMigesté, qui vont voyager, verront par eux-mêmes ce tableau effrayant, et les courtisans qui les suivent , ne seront que trop empressés à le leur faire remarquer et à en grossir les objets, n est aisé de voir, monsieur le comte, queUes serontles conséquences dangereuses qui en résulteront pour votre gloire, votre réputation et votre existence. Je sais que ce dernier point vous intéresse peu ; mais il n'est pas possible que vous soyez aussi indifférent sur le premier.
c Après vous avoir peint tous les maux qui accablent dans ce moment-ci le militaire françois, en adoucissant ce récit fâcheux autant que j'ai pu faire, sans affaiblir la vérité, permettez-moi de vous proposer les moyens de faire disparoitre tous ces maux
«Chargez trois personnes bien instruites, monsieur le comte, bien fidèles, dévouées à votre gloire et au bien, de s'occuper dès cet instant dans le plus profond silence , à rassembler dans un code toutes les ordonnances, règlemens, édits, déclarations et lettres interprétatives, concernant les gens de guerre, d'après le plan qu'ils vous proposeront, ou que vous aurez dressé vous-même. Dans cette nouvelle rédaction des ordonnances, on élaguera tous les articles prouvés vicieux ou impraticables; on y ajoutera ce qui peut avoir été oublié , et on modifiera les loix qu'on jugera en avoir besoin. »