‹ Les réformes sous Louis XVIChapitre 2 sur 39 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Louis XVI n'avait pas vingt ans, quand il eut le malheur de succéder à Louis XV.

Il songea d'abord à choisir les ministres dans lesquels il devait placer sa confiance.

Examinons l'organisation des ministères. Nous voyons le ministre de la maison du roi (intérieur, agriculture, affaires du clergé, etc.); puis le ministre ou contrôleur des finances; les ministres de la justice, des affaires étrangères, de la marine et de la guerre ; six ministres.

Voici quelles étaient les fonctions et les attributions que nous allons répartir entre les départements ministériels (1):

(1; Il est assez difficile d'indiquer d'une manière certaine toutes les attributions spéciales. Nous les signalons telles qu'elles ont existé le plus longtemps, mais il y eut beaucoup de modifications. Voir à l'appendice auch. II A, la liste des ministres sous Louis XVI, 1774-1789.

MINISTRES SOUS LOUIS XVI. lu

Au premier ministère, de la maison du roi (intérieur) : conseil des dépêches , secrétaire d'Etat (provinces, personnel), travaux de charité, affaires du clergé, agriculture, etc.

Au deuxième ministère des finances : conseil royal des finances et du commerce, etc.

Au troisième ministère de la justice: secrétaire d'Etat, grand chancelier, inspection générale, conseil d'État ( cassation ) , Parlement ( police, librairie, presse).

Au quatrième ministère des affaires étrangères : conseil d'en haut, secrétaire d'État des affaires étrangères.

Au cinquième ministère de la marine et des colonies : secrétaire d'État de la marine, conseil de la marine.

Au sixième ministère de la guerre : conseil de la guerre, secrétaire d'État de la guerre.

Le conseil des dépêches était très-important, nous venons de voir qu'il appartenait à la maison du roi : on y lisait la correspondance des intendants ; on délibérait sur les réponses à faire à toutes les questions d'administration provinciale : c'était exclusivement le conseil des affaires de l'intérieur.

Le conseil d'Etat (4) était présidé par le chancelier, ou à son défaut, par le garde des sceaux; il

(1" Un grand conseil avait été établi en novembre 1774.

se composait de quarante-deux conseillers d'Etat. Quatre-vingts maîtres des requêtes étaient chargés de l'examen et du rapport des affaires.

Les conseillers d'Etat n'achetaient pas de charges, ils étaient nommés directement par le Roi. Au contraire, les maîtres des requêtes avaient des charges. En général ils étaient jeunes, les intendants et d'autres fonctionnaires importants étaient choisis parmi eux.

Le bureau général de la librairie, confié à un directeur général, dépendait du chancelier, qui nommait les censeurs des manuscrits.

Aucune levée d'impôt ne pouvait avoir lieu, qu'après décision délibérée en conseil de finances.

Un bureau spécial préparait, pour le conseil, les travaux sur les questions concernant les postes, les messageries, les communautés des métiers, etc.

Nous ne connaissons pas le détail des bureaux des ministères des affaires étrangères et de la guerre.

Nous avons vu que le ministre de la marine était assisté d'un conseil de marine, analogue à notre conseil d'amirauté.

Pendant le règne de Louis XVI, il y eut d'assez fréquents changements d'attributions dans chaque ministère. Les ministres, eux-mêmes, furent aussi souvent remplacés, surtout ceux des finances et de la guerre. Nous en donnerons plus loin les causes principales. On trouve six ministres de la maison

du roi (intérieur), seize ministres des finances, cinq ministres de la justice, six des affaires étrangères, six de la marine, treize de la guerre.

Louis XVI choisit d'abord lui-môme les meilleurs ministres : Turgot, de Muy, de Yergennes, Sarlines, de Saint- Germain j Malesherbes, puis Necker; quelques-uns auraient pu être nommés grands à une autre époque : Turgot et Necker.

Malheureusement, Maurepas fut nommé principal ministre. Il était plus éclairé qu'on ne le croit, mais il ne voulait pas songer à l'avenir. Cherchant à plaire à tout le monde, il resta complètement étranger aux réformes.

Il est certain que Louis XVI ne s'en rapportait pas toujours à Maurepas; il travaillait lui-même avec chacun de ses ministres, surtout avec ceux qu'il aimait, et qu'il avait choisis dans la première année : Turgot, Sartines, de Vergennes, puis Malesherbes et Saint-Germain en 1775.

Nous venons de nommer Malesherbes , l'un des ministres en qui Louis XVI avait le plus de confiance. Il termina admirablement sa vie par la défense du roi, mais on ne peut oublier que son caractère le fit souvent tomber dans des contradictions; ministre, directeur de la librairie, chargé d'exécuter les lois, il usa de faiblesse envers la presse et les auteurs. Nous le citerons comme un exemple de l'époque (Ch. 24 et 25.) Mnlheureu-

sèment, Malesherbes appartenait aux deux partis, quelquefois à l'administration, plus souvent aux parlements, surtout après la mort de Turgot(1781).

Quoiqu'il fût sincèrement ami du Roi et de Turgot, il ne soutint pas, dans le conseil du ministère, les mesures importantes, avec la fermeté et la vigueur qui eussent été nécessaires. Administrateur et parlementaire , alors plutôt philosophe que chrétien , il avait quelquefois plus de doute et d'hésitation que Louis XVI. Les malheurs l'ont éclairé comme tant d'autres.

Avec lui, ou plutôt au-dessus de lui, nous devons nommer de Vergennes. Nous parlerons beaucoup d'un autre ministre, apprécié de manières bien diverses, de Calonne, qui voulut créer, dans toute la France, les assemblées provinciales, en suivant les plans de Turgot. En 1787, les Notables n'adoptèrent ce plan que d'une manière incomplète, et ce fut, non le projet de Turgot, mais bien celui de Necker, que l'on a exécuté sous le ministère de Brienne.

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