DE BRIENNE
jusqu'à présent concentrés dans ce qui compose la finance, le corps des marchands et un certain nombre de rentiers; mais le peuple, proprement
dit, paraît tranquille Le déchaînement sans
bornes et presque général porte sur Mr. l'évêque
de Sens, sur M. le garde des sceaux Le nom
delà reine n'a presque pas été prononcé Cet
état de choses, sans présenter un danger momentané, n'en est pas moins tellement critique qu'il convient d'y remédier promptement. »
De Mercy désirait le maintien de Brienne ; « car le contraire deviendrait, selon lui, un scandale pour l'Europe et une victoire des conjurés contre l'autorité. •
Cependant Necker, qui voulait remplacer de Brienne, y parvint bientôt. Il envoie, le 21 août 1788, au comte de Mercy (1) les onze premières feuilles de sa réponse à M. de Calonne : (2) il lui fait en outre observer à quel point les objections de cet ancien ministre sont injustes et erronées, et, après avoir donné de grands éloges à M. de Mercy, il continue ainsi :
« L'animadversion est au comble , et je vous
demanderois, comme mon ami, de me retenir si le désir de me rapprocher de leurs Majestés et de tra-
(1) Feuillet de Couches, t. I, p. 203, cxxvh.
(2) Calonne était sorti du ministère depuis le moisd'avriH787, et s'était retiré en Angleterre.
vailler au bien public me rendoit foible un moment : car je serois sans force et sans moyens, si j'étois associé avec une personne, malheureusement perdue dans l'opinion (de Brienne) »
La reine écrit au comte de Mercy, (1) le dimanche matin, 24 août 1788 : « Le moment presse. Jl est bien essentiel qu'il (Necker) accepte. Le roi est bien franchement de mon avis, et vient de m'apporter un papier de sa main avec ses idées, dont je vous envoie copie. » Elle adresse à l'ambassadeur celte note, puis elle l'autorise à parler au nom du Roi. Dès le lendemain, la reine lui expédie une nouvelle lettre : (2) « L'archevêque est parti. Je ne saurois vous dire, Monsieur, combien la la journée d'aujourd'hui m'affecte. Je crois que ce parti était nécessaire ; mais je crains en même temps qu'il ri entraîne dans bien des malheurs vis-à-vis des Parlements. Je viens d'écrire trois lignes à Mr. N. , (3) pour le faire venir demain à dix heures, chez moi, ici. Il n'y a plus à hésiter ; si demain il peut se mettre à la besogne, c'est le mieux. Elle est bien urgente. Je tremble, passezmoi cette faiblesse, de ce que c'est moi qui le fais revenir. Mon sort est de porter malheur, et si des machinations infernales le font encore manquer,
(1) Feuillet, t. I, p. 21 *, cxxmv.
(2) T. !, cxxxv. (5) Necker.
ou qu'il fasse reculer l'autorité du Roi, on m'en détestera davantage. Je crains qu'on (ne) soit obligé à nommer un principal ministre. Il est bien essentiel que Mr. Necker y compte et ne croie pas devoir le donner. Adieu, si vous ne voyez pas d'inconvénient, je serais bien aise de vous voir mercredi matin. Sinon, mandez-moi seulement demain au soir l'effet qu'aura produit la journée. J'ai bien besoin, qu'un aussi bon et fidèle ami que vous, me soutienne en ce moment. »
Louis XVI accepta Necker avec résignation. Il rappela purement et simplement les Parlements (1), qui avaient été exilés deux mois auparavant, à cause de leur refus d'enregister les ordonnances de mai sur les impôts et l'organisation nouvelle de la magistrature.
Il y eut alors des réjouissances à Paris ; mais on vit en même temps des émeutes, qui durèrent plusieurs jours , sur le Pont-neuf et au Palais royal ; c'étaient les préludes de la Révolution : les gardes françaises parvinrent cependant à rétablir l'ordre.
Le Parlement, voyant dans ces essais d'insurrection la preuve de sa popularité, ne condamna pas sévèrement les séditieux ; il se contenta de
il) Nous allons voir (p. 327) ((ne le clergé avait demandé au mois de juin le rétablissement du Parlement.
presse. — 1788. 345
prendre tardivement, un arrêté contre les attroupements. Il se permit même d'appeler devant ses chambres assemblées le vieux Biron, dont le régiment avait maintenu l'ordre. Biron se montra fidèle à son devoir, resta à son poste, et ne se rendit pas au palais.
Le Parlement montrait ainsi devant les séditieux une grande faiblesse; quelques auteurs du temps ont été jusqu'à dire qu'il avait rendu hommage à la populace; c'est de l'exagération.
Necker était donc redevenu ministre. Autrefois, il avait désiré une Assemblée générale, formée sur le modèle des Assemblées provinciales. Mais, en 4788, il changea d'avis; il n'osa pas résister à l'opinion publique, qui réclamait les Etats généraux. Le gouvernement avait demandé à tous les corps leur opinion sur l'élection des députés à cette Assemblée. Le Parlement ne fut pas d'avis des règles adoptées par le Roi pour les Assemblées provincisles et exécutées dans toute la France, pendant plusieurs années ; il proposa de reprendre celles de 4614. Il finit toutefois par accepter le doublement du Tiers -État, mais il demanda que l'on votât toujours par ordre, non par tète.
Nous terminons ce travail par quelques détails sur la presse et le clergé.
La Presse en 1788. — On n'a peut-être pas suffisamment rema'rqué la grande différence qui
SI 6 presse. — 1788.
existait entre la seconde moitié du xvme siècle et les temps qui l'ont précédée. La puissance de la presse était devenue immense, répandant de toute part les idées de Voltaire, de Rousseau et des encyclopédistes, et attaquant sans cesse l'autorité et la religion.
Il est curieux de savoir qu'au moment où les jansénistes, les magistrats, la marquise de Pompadour et Choiseul , voulaient chasser les Jésuites, Voltaire écrivait à d'Alembert (le 19 mars 1761), quel était le plan de l'association philosophique et maçonnique : « Cette académie secrète, dit-il , vaudrait mieux que celle d'Athènes et que toutes celles de Paris. »
Tout le monde sait que l'on changea alors les excellentes méthodes d'éducation du xvn* siècle.
Bien d'autres changements eurent encore lieu ; on les a peu remarqués. Sommes-nous dans l'exagération en disant qu'on eut tort d'ôter la croix de nos monnaies et de l'étendard de notre armée? Dès nos premières origines, on voyait le signe du Rédempteur sur tous nos drapeaux de couleurs différentes , puis sur le drapeau blanc, jusqu'au milieu du xvm' siècle. C'est ainsi que l'on marchait devant l'ennemi.
L'archevêque de Beaumont voulut savoir quelle était déjà, à la fin du règne de Louis XV, la décadence de la religion, à Paris ; il avait fait dresser,
presse. — 1788. 317
sur deux colonnes, le relevé des communions pascales, en 1760 et 1778, il trouva plus de la moitié de moins dans cette dernière année (1).
Nous avons déjà vu dans ce travail que la presse dominait l'opinion des classes supérieures et de la bourgeoisie des villes.
Dans les ouvrages , même des parlementaires qui ont depuis combattu la Révolution, on reconnaît que, sous Louis XVI, la licence de l'imprimerie n'avait pas de bornes, que le scandale était presque toujours toléré, que tout était livré à la controverse, à la dérision, dans les théâtres comme dans les pamphlets. Un seul homme, Beaumarchais, était, on le sait, une puissance. Le Parlement exécutait bien peu les ordonnances anciennes.
Nous trouvons à cette époque 108 censeurs, parmi lesquels nous pouvons rencontrer les auteurs de brochures qui auraient dû être interdites. Les ministres, les parlementaires en étaient souvent complices.
On écrivait alors beaucoup et on lisait bien plus qu'on ne le croit (2). Il parut, depuis le 5 juillet 1788,
(t) Si l'on comparait 1850 ou 1854 arec nos dernières années, on verrait le contraire.
(2) Nous comptons, en 1788 et au commencement de 1789, quarante-cinq journaux, presque tous publiés à Paris. Voir dans les bibliographies.
318 presse. - 1788.
plus de 3,000 brochures sur les Etats-Généraux; à la fin de l'année, on vendit en trois semaines 30,000 exemplaires de la brochure de Sieyès sur le Tiers-Etat.
Le directeur de la librairie écrivait à Louis XVI cet avis qu'on ne doit pas oublier : « Sire, V. M. n'ignore pas qu'il y a dans Paris une imprimerie, qui n'est pas entièrement soumise à mon inspection. Celle de Simon est en quelque sorte dépendante du Parlement. Elle ne devrait être employée qu'à imprimer des arrêts. C'est par cette voie que les ouvrages de partis seront répandus dans le public » (1).
Bien d'autres preuves existent. On obtenait des permissions tacites d'imprimer clandestinement et même publiquement. La chambre de Lyon recevait des ordres, signés Malesherbes, de fermer les yeux sur les envois que Voltaire faisait expédier par Genève aux philosophes de Paris. Malesherbes, Miromesnil et d'autres, légers d'esprit, connivaient donc aux abus.
Les cafés étaient déjà, en 1788, des foyers de fermentation. Les clubs existaient à Paris, avant 1789.
Nous avons dit dans les chapitres précédents
(1) Aussi et encore plus par les presses clandestines de Le Maistre. (Extrait du registre de la police.)
presse. — 1788. 319
que les ministres employaient la presse pour se défendre et attaquer leurs adversaires. Nous nous souvenons que Neeker publia ses ouvrages sur les finances, dont l'un fut tiré à plus de 80,000 exemplaires; de Calonne, un mémoire que l'on distribuait à tout le monde, en province comme à Paris.
Après la deuxième réunion des Notables en 1788, le Parlement dit que le Roi devait déclarer préalablement la liberté de la presse ; un arrêt du conseil l'avait décidée.
Il suffira de citer, en terminant sur ce sujet, l'ouvrage d'un homme très-distingué d'une famille importante de la magistrature. Voici ce qui s'était passé lors de la suppression du Parlement en 1771(1); déjà l'opinion publique gouvernait: « Jamais la presse ne s'éleva à une violence pareille à celle des écrits publiés lors de la révolution à laquelle le chancelier Maupeou a attaché son nom; jamais l'opinion publique ne reçut un tel ébranlement. Les Mazarinades elles- mêmes et tous les écrits de la Fronde pâlissent auprès des pamphlets publiés en 1771 et dans les années qui suivirent (2).
« Rien ne fut épargné dans cette guerre déses-
(1) Les Parlements de France^ par le vicomte Je Baslard d'Etang, £« vol., 496.
(2) Voir aussi notre ch. m.
320 presse. — 1788.
pérée que les magistrats détrônés soutinrent contre le pouvoir royal, guerre qui jeta tant de déconsidération et de honte sur tout ce que le peuple était accoutumé à craindre et à vénérer. Nul ne fut assez grand, nul ne fut assez petit pour éviter le fouet de ces magistrats déchus de leur grandeur, et qui avaient oublié toutes les lois de la société, du moment qu'ils n'en étaient plus les gardiens privilégiés.
« La religion et la royauté, jusque-là si respectées de nos pères, la justice, la famille, le caractère épiscopal, les mœurs publiques, tout fut livré au ridicule et à l'infamie. Les injures les plus grossières furent prodiguées dans des écrits répandus avec profusion contre tous'ceux qui avaient aidé la royauté et contribué à la destruction des parlements, ou qui, seulement, avaient osé y applaudir.
< Les magistrats, jusque-là les plus dignes, par leur rang, leur nom et leurs services, du respect de leurs concitoyens, s'abaissèrent au rôle de pamphlétaires anonymes, honteux sans doute des calomnies et des injures qu'ils laissaient échapper de leur plume, et craignant que la souillure n'en rejaillit sur eux-mêmes, s'ils osaient s'en avouer les auteurs.»
M. de Bastard dit ensuite ce qu'était la presse en 4788 : « La presse, accoutumée depuis la révolution de 1 771 à vivre de publicité et de chroniques, ne permettait plus à la justice de se tenir renfermée
dans l'enceinte de son palais, et durant toute la période qui nous reste à parcourir, il fallut, dans chacun des procès qui s'agitaient devant la grande chambre, des mémoires, des consultations, des lettres et des réponses, qui vinssent satisfaire la curiosité et entretenir cette agitation fiévreuse qui dévorait alors la société.
« Les plaideurs, comprenant cette pression de l'opinion sur la justice, tenaient à exposer leurs causes au dehors avant de les plaider devant les magistrats, et le barreau, qui trouvait, dans ce système, honneur et grands profits, les y encourageait.
« Le public , avide de scandale , eut de quoi se satisfaire, car aucune époque, peut-être, ne fut plus riche en procès civils et criminels, faits pour éveiller les passions et répondre à cet attrait de médisances, et à ce besoin de calomnies que surexcitent les temps d'agitation politique. (M. de Bastard,t. II, p. 611.).»
Peut-on maintenant s'étonner des conséquences? En présence de la presse et du Parlement, qu'était devenue l'autorité royale? L'orage révolutionnaire pouvait-il être conjuré ?
Le Clergé. — Jusque-là nous avons omis de parler du clergé d'une manière spéciale. Ce corps si imposant et toujours si distingué par ses lumières, son amour pour la patrie et pour le Roi, n'avait point fait d'opposition h] l'autorité royale. Il s'était
toujours associé aux œuvres libérales et bienfaisantes des assemblées provinciales.
En dehors des parlements, la noblesse et le Tiers-Etat n'avaient point d'organes distincts; le Clergé pouvait seul parler au nom de la France. Il se réunit plusieurs fois sous Louis XVI, et il n'est pas sans intérêt de rappeler ses observations et ses remontrances.
L'Assemblée du clergé signalait au roi, en 1775 (lj la dépravation des mœurs et les progrès de l'incrédulité ; elle demandait avec raison « une vigilance active, une censure exacte, une police éclairée pour arrêter l'impression et le débit des écrits dangereux, et mettre un frein à la licence, sans donner d'entraves au génie .... L'incrédulité s'étend avec une grande rapidité : . . « elle envahit les villes et les campagnes .... Dans la carrière des lettres, elle séduit les jeunes auteurs par l'éclat d'une célébrité précoce .... Il n'en est pas moins vrai que les sources des connaissances sont corrompues, et que la jeunesse .... qui,
(1) Procès-verbal du 5 juillet 1773 au 15 décembre 1773, imprimé in-folio, 1787.
« Les livres irréligieux et impies sont annoncés dans des catalogues, exposés dans des ventes publiques, distribués dans les maisons, étalés dans les vestibules des maisons des grands, même, dans l'enceinte du palais du roi », etc., p. 260, 261, 262, 263 passim
dans quelques années, donnera des maîtres, des instituteurs, des pères, des magistrats, contracte par la lecture, le goût, l'habitude et le langage de l'irréligion. Et qui oserait vous répondre, Sire, qu'elle a laissé intacte cette première éducation dont dépendra le sort de la génération future, et, un jour, celui de votre royaume'! Les projets de l'impiété sont sans bornes .... Vous pouvez juger de ses progrès.
Le clergé a renouvelé, pendant l'année 1780, ses plaintes de 4775 sur la distribution des mauvais livres contre la religion, les mœurs et la société. Il rappelle les œuvres proscrites, condamnées, qui, cependant, se répandent encore tous les jours. Il reconnaît que pendant les cinq années, qui se sont écoulées depuis la précédente réunion, de bons ouvrages ont paru pour la défense de l'Eglise. Cependant, il insiste sur la nécessité d'une nouvelle loi sur la presse, ou au moins d'une meilleure inspection que devraient exercer les censeurs.
Nous ne devons pas omettre, ici, un l'ait qui nous intéresse encore aujourd'hui, et qui avaitalors préoccupé le clergé.
Un éditde janvier 1780 avait vivement engagé les administrations des hôpitaux de France à vendre tous leurs immeubles et à en verser le produit dans la caisse des domaines du roi. Le revenu des deniers devait, selon l'édit, rester toujours « le
bien des pauvres et la dette la plus sacrée de l'Etat »
L'Assemblée du clergé a adressé à Louis XVI de justes observations sur l'exécution de cette ordonnance. Elle a fait remarquer que la fortune des œuvres de charité est assise « sur la base solide et durable d'une propriété foncière que rien ne peut égaler, * et il serait regrettable qu'elle fût, au contraire, remplacée par une constitution de rentes sur l'Etat, rentes « qui ont déjà éprouvé tant de secousses, de vicissitudes et de réductions. * (1)
La réclamation a été accueillie par le Roi, et a retardé l'accomplissement de cette mesure. Mais on sait que des prévisions beaucoup plus graves se sont réalisées Quatorze ans après, la Convention, en messidor de l'an II de la République, s'empara de tous les biens meubles et immeubles appartenant aux hospices, et ordonna leur aliénation, comme pour ceux des émigrés et du clergé. Cependant, la Convention sursit, en 1795, à ces ventes; en octobre 1796, elle révoqua ces lois et rendit les biens aux hospices. Par le court résumé de cette question, on voit que si les immeubles n'avaient pas été conservés jusqu'à la révolution, la fortune des œuvres de charité aurait à peu près
£1} Sous Napoléon III, de pareils essais de ventes des biens des hospices ont élé tentés, mais, trés-heureusement, sans succès.
disparu, car, convertie en rentes sur l'État, elle aurait subi , sous le Directoire, la réduction des deux tiers; il faut y ajouter encore la diminution constante de la valeur de l'argent comparée aux immeubles.
En 1782, les dépenses croissantes de la guerre et l'état des finances inquiétaient le public et le gouvernement. La défaite de la Dominique fournit l'occasion de demander au Clergé une subvention. L'Assemblée se réunit le 44 octobre 1782, et, après avoir tenu quarante séances, elle se sépara le 7 décembre : elle avait offert au Roi 15 millions, plus un million pour les matelots blessés et les enfants de matelots morts dans les combats.
Elle éleva de nouveau la voix pour signaler le péril que faisait courir à la société la propagation des livres impies : « Il n'est aucun de vous, dit-elle dans son rapport, qui ne prévoie, en gémissant, les suites effrayantes de la licence presque universelle des presses modernes. »
On se crut obligé de combattre les mauvaises doctrines par les mêmes armes, par les publications. L'Assemblée accorda des subsides importants pour cet objet : 1,000 livres (2,400 francs d'aujourd'hui) à chacun des auteurs qui avait publié des ouvrages pour réfuter les erreurs et défendre la religion (1). Malheureusement, sauf Le comte de
il) Savoir: au P. Houbiganl, qui avait donné h Bible hébraïque, dire prolégomènes sur l'Ecriture Sainte et des conférence?'; au
Valmont, tous ces ouvrages étaient très-savants et s'élevaient à des prix trop élevés pour que le peuple et la petite bourgeoisie pussent y atteindre.
En 1788, de Brienne espérait trouver dans le Clergé le secours financier que la situation du Trésor rendait urgent; il convoqua une Assemblée extraordinaire, mais il n'exerça plus la même influence que sur les précédentes réunions de 1775, 1780 et 1782. Il échoua complètement.
« L'Assemblée du Clergé, tout en protestant de son attachement au gouvernement établi et de son éloignement pour l'esprit de trouble et pour les innovations, sacrifia aussi (1), pendant quelques instants, à l'illusion des opinions dominantes. Elle
P. Berthier, ancien jésuite, continuateur de YHistoire gallicane ; à l'abbé Auger, membre de l'Académie des Inscriptions, qui avait traduit les Pères Grecs ; à l'abbé Pey, qui avait publié des ouvrages de Controverse et d'Apologétique; à l'abbé Clémence, chanoine de Rouen, auteur d'ouvrages nombreux et considérables sur la défense des livres de l'Ancien Testament, les Caractères de la Messe, Y Authenticité des livres de l'Ancien et du Nouveau Testament; et à l'abbé Gérard, chanoine de Saint-Louis du Louvre, dont l'ouvrage est encore connu de tout le monde : le comte de Valmont ou les Egarements de la raison.
Elle décida, en outre, d'avancer une somme de 40 mille livres à l'abbé Galard pour éditer les Œuvres complètes de Fénelon. Enfin, elle affecta une somme de 30 mille livres pour servir de pensions aux savants et gens de lettres tombés dans le besoin.
(i) Dit M. Picot, t. V, p. 312. Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique, Adrien Leclère.
demanda le retour du Parlement et la convocation des États-Généraux; » au reste, voici quelle est sa pensée hardie, et qu'on trouvera peut-être dangereuse.
Dans son Assemblée (t) du 45 juin 1788, le clergé tint ce langage : « Notre silence serait un crime dont la nation et la postérité ne voudraient jamais nous absoudre. »
Il protesta contre redit de mai sur l'administration de lajustice, et déclara qu'une nouvelle organisation ne pouvait être faite que par les États-Généraux.
Par conséquent, le Clergé ne reconnaissait plus à laroyautéles droits absolus qu'exerçait Louis XIV, et même des droits bien moindres , celui de modifier les ordonnances, par lesquelles, à des époques très-éloignées, elle avait créé les parlements.
Il alla bien plus loin : « Le peuple français, dit-il, n'est pas imposable à volonté. Les Francs
sont un peuple libre Si l'uniformité est
une chose bonne, le respect des lois existantes et
(1) Nous croyons que le procès-verbal de l'assemblée de 1788 n'a pas été publiée. Nous en trouvons un extrait dans RI. Darestc, t. 7, p. 126. RI. Dareste ajoute lui-môme (p. 127) que la noblesse soutint les Parlements et fil partout des plaintes. Nous croyons que c'est une erreur, caria noblesse n'était représentée que par les Assemblées provinciales dans presque toute la France et par les Eials particuliers dans quelques provinces. V. p. 159-160.
celui des contrats anciennement faits est chose meilleure encore. »
Puis nous voyons de l'opposition aux Assemblées provinciales :
« L'ancien droit du royaume s'est conservé tout entier dans les pays d'Etat. Le Clergé, dans ses Assemblées, en offre aujourd'hui les principes et les formes ; il les a toujours conservés et réclamés, non plus comme des privilèges, mais des restes des anciennes franchises de la nation. Si les franchises sont suspendues, elles ne sont pas détruites »
La conclusion, ce sont les États-Généraux.
Louis XVI pouvait-il résister à de pareilles instances ?