‹ Les réformes sous Louis XVIChapitre 30 sur 39 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Pendant les quinze années du règne de Louis XVI, presque toutes les questions politiques, sociales, religieuses, judiciaires, etc. , ont été examinées et souvent résolues.

Aucune nation n'a jamais obtenu de son gouvernement des réformes aussi nombreuses et aussi importantes pendant un si court délai.

Louis XVI n'avait pas désiré la royauté, il l'accepta comme un devoir.

Il trouva la France abaissée à l'extérieur, plus riche et plus heureuse qu'on ne le croit à l'intérieur; mais, malheureusement, l'anarchie divisait partout les esprits , à la Cour, dans le monde et dans les salons, chez les philosophes, les jansénistes, les

parlementaires, les économistes et les politiques : la licence des mœurs régnait à Paris, dans les villes un peu importantes et dans les châteaux.

Après le règne si long de Louis XV, rien ne semblait changé au régime absolu de son prédécesseur; mais, dès l'avènement de Louis XVI, en 1774, tout le monde voulait des innovations. Nous voyons ce jeune roi, âgé de dix-neuf ans, s'occuper lui-même de réformes. Il s'adressa, comme nous l'avons dit, aux hommes les plus importants de toute classe et de toute nuance : d'abord Turgot, Malesherbes, de Vergennes, puis de Sartines, de Saint-Germain, plus tard Necker, de Galonné, de Brienne, tous réformateurs ; Louis XVI les choisit, à des époques différentes, pour atteindre au même but, réformer le gouvernement, réduire ou supprimer les privilèges et régénérer notre France. Pendant les quatorze années de son. règne, de 1774 à 1788, il a toujours persisté dans ses réformes, par des ministres et des agents différents.

Louis XVI avait porté immédiatement ses vues sur l'état de la marine ; il voulut la rétablir comme elle était sous Louis XIV, et donner à la France la force et le prestige qui lui manquaient pendant le xvme siècle; il osa lutter contre l'Angleterre, la vainquit le plus souvent, et obtint l'indépendance des États-Unis.

Notre armée avait laissé, dans la dernière guerre

avec la Prusse, une réputation fâcheuse ; Louis XVI sut réorganiser nos troupes : la république de 1792 les trouva heureusement créées et en profita immédiatement.

Louis XVI, par ses alliances avec l'Europe et les États-Unis, de 1780 à 1787, a pu se placer à la tête des nations et devenir leur arbitre.

En même temps, sans chercher à se rendre populaire, il exécuta un si grand nombre de réformes, que nous ne pouvons les rappeler ici. En lisant les édits et les préambules, il est facile de se convaincre que le Roi ne songeait pas à lui-même, ni même à son autorité; il voulait des améliorations réelles , toutes dans l'intérêt du peuple.

Pendant presque tout son règne (neuf années 1778 à 1787), il fit l'essai (1) des Assemblées provinciales dansplusieurs provinces; puis, en 1787, pour compléter cette œuvre, il réunit ces Assemblées dans la France entière, et forma ainsi des états (républiques), sous la tutelle du Roi. La plupart des ministres s'étaient préoccupés de cette décentralisation, et l'avaient préparée ; deux l'ont exécutée, Necker d'abord, puis de Brienne.

Notre travail a montré ces institutions nouvelles; nous savons que pendant les années

fi; On dit à tort que cet essai dura seulement deu$ ans.

1787, 1788 et les premiers mois de 1789, les Assemblées provinciales ont joué un grand rôle; on les nommait alors les Administrations. Nonseulement ces Assemblées prenaient des délibérations sur toutes les questions importantes, mais elles étaient chargées, ainsi que les commissions intermédiaires, de l'application et de l'exécution de ces décisions. De plus, à côté des intendants, elles avaient aussi leurs bureaux administratifs, par conséquent, elles usaient d'une grande partie du pouvoir exécutif (1).

On avait, il est vrai , conservé les formes anciennes, mais déjà les principes sur l'égalité civile et administrative étaient acceptés de presque tout le monde, autant dans les rangs du Clergé et de la Noblesse que dans ceux du Tiers-État : les trois ordres avaient fait partie des Assemblées, travaillant ensemble à toutes les affaires du pays.

Cette constitution, émanée d'en haut, comme le voulait Turgot , et non d'en bas, exista pendant deux ans.

Il faut bien reconnaître que Louis XVI, tout en n'ayant pas l'idée de continuer la monarchie de Louis XIV, avait voulu user de son droit souverain, et créer ainsi de lui-même une constitution provin-

(1) Cette portion de l'autorité a été plus tard réservée, et est revenue au gouvernement et aux préfets.

ciale, décentralisatrice, libérale, et avant tout chrétienne. Dans cette pensée, il ne fut point indécis, irrésolu, comme on l'a répété tant de fois; il a toujours persisté à maintenir ces réformes fondamentales jusqu'en 1789.

En dehors de son autorité, qui pouvait lesoutenir et qui l'a soutenu? Personne. Le Clergé, la Noblesse, une partie :«.e la bourgeoisie lui étaient favorables; mais depuis Louis XIV, quel pouvoir leur restait-il? La centralisation avait tout détruit.

La seule puissance qui subsistait en dehors du Roi, c'était l'opposition : par le Parlement et par la presse.

Dès les premières années du règne de Louis XVI, les oppositions l'avaient centriste, et elles continuèrent de plus en plus. Déjà, en 4776, la démission de Malesherbes avait suivi la sortie de Turgot; le Roi insista auprès de lui, afin qu'il restât dans son conseil, mais le ministre fut inflexible : « Vous êtes plus heureux que moi, lui dit enfin Louis XVI, vous pouvez abdiquer. » Il dut faire la même réponse à la plupart de ses ministres.

Ces paroles qu'on lui attribue ont une grande importance; nous croyons qu'il avait entrevu l'avenir, mais chrétien et dévoué à la nation, il voulut rester Roi (1).

(I) Il savait que ses frères étaient dans l'opposition, et que, s'il avait abdiqué, ses réformes n'auraient pas été réalisées. (Voir le procès-verbal des Notables).

Faut-il croire que le malheur de Louis XVI est dû à sa faiblesse, à son irrésolution et à l'incapacité de ses ministres ? Il est certain, au contraire, qu'il a choisi les hommes les plus remarquables de son temps, qu'il n'a abandonné aucune de ses réformes, et que l'insuccès est résulté de la division constante et perpétuelle de tous les esprits (1) , même des personnages qui l'approchaient le plus, de ceux qui se disaient et qui étaient au fond les plus dévoués à l'autorité royale (2).

En résumé, Louis XVI voulut conserver son droit royal, et il a accompli les réformes désirables; mais ce qu'il avait toujours refusé, c'était les Etats-Généraux : à son avis, il se serait exposé au jeu le plus dangereux; avait-il tort? On peut en juger. En 4 788, le Clergé s'unit aux Parlements pour les réclamer.

La conscience de Louis XVI l'obligea donc de céder (3) : il réunit les États-Généraux, et, aban-

(1) Quand on Mlles ouvrages, les brochures du temps, on voit que chacun différait sur les points importants. On ne pouvait savoir quels étaient les principes constitutifs du gouvernement. Etait-ce la monarchie de Louis XIV, ou celle de Henri IV, de Charles V et de S1 Louis ?

(2) Cette division des royalistes ne s'est- elle pas continuée à toutes les époques ?

(5) Il dut se placer souvent au point de vue de sa conscience ; il chercha à distinguer les droits de chacun, voulut connaître où s'arrêtait son droit et celui de la nation.

donna, ainsi qu'il l'avait [prévu, son pouvoir à la nation.

Alors a lieu la seconde révolution, qui n'est plus royale, mais qui appartient tout entière k la bourgeoisie du Tiers-État.

Nous concluons: le reproche que peut mériter Louis XVI, c'est d'avoir rétabli les Parlements et de n'avoir pas réprimé la presse.

Notre travail est terminé.

Nous rappelons seulement que les événements se sont précipités : l'Assemblée nationale régna pendant deux ans, 1789 à 4791 ; l'Assemblée législative lui succéda; elle fut remplacée une année après (1792) par la Convention.

Depuis, six mois se sont écoulés, et nous avons assisté, le 21 janvier 1793, au martyre de Louis XVI, couronnement d'une vie toute de charité chrétienne et de dévouement.

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