‹ Les réfractairesChapitre 17 sur 45 · LE CORSAIRE · texte numérisé non relu

LE CORSAIRE

Après la bibliothèque de collège, celle du cabinet de lecture, après le naufragé connu, Thomme sans nom ; après Jean Bart, Jean Fatal....

Le Pirate, Arthur y la Gorgone.,.. Eugène Sue, La Landelle, etc., etc....

Le fameux corsaire au nez d* aigle, à la lèvre pâle, à l'œil bleu d'enfer, qui ne parle pas, qu'on n'entend que dans le danger, l'orage ou la bataille.... D'où il vient?... nul ne le sait I II n'a pas de pays, pas de patrie. Ubimare^ tbipatria. — Qui l'a fait si sombre?... Est-ce un amour, un crime ? Le mousse dit qu'une fois il Ta vu pleurer.

Toujours est-il qu'il ne rit jamais. Ses hommes lui obéissent comme à Dieu et le craignent comme le diable ; et il va, entre le ciel et l'eau, faisant sauter les têtes et les navires....

Tempêtes, massacres, incendies, un peu de viol au besoin ; l'orgie sur le pont où le tafia ruisselle ou dans la taverne où les couteaux marchent !

Yoilà pourtant les rêves que caressent, dans leurs fauteuils en cuir vert, de braves gens qui ne feraient pas tort d'un sou à personne, et qui ont peur des revenants! Vous entendez des hommes qui ont un ventre à ne pas pouvoir lacer leurs souliers, ou des pituites à faire rendre la Garde, vous dire qu'ils étaient nés pour être corsaires^ qu'il leur fallait cette

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vie d'émotions ardentes, coupables.... comme dans Coupure^ d^autres prononcent Cauau père.

Cela ne les empêche pas d'être bons garçons, de jouer au bésigue dans les cafés, et de dire la leur quand chacun dit la sienne — mais tous ne se résignent pas ainsi !

J'en sais qui poussent la farce jusqu'au bout, et se condamnent au corsaire forcé pour la vie : gens qui se font une figure en coin de rue qu'on dépave, qui posent pour le front pâle, le regard dur, qui donneraient cent sous d'une ride, et feraient des billets pour une cicatrice.

Ils portent chez eux leur bonnet de coton à la Masaniello, dans la rue leur panama en sombrero, leur pet-en-l'air en veste de combat, muets ou bruyants, tout glace ou tout feu, tombe ou trombe, comme dirait Hugo ; — cela dépend de la coupe de la barbe et de la couleur des cheveux. Les nuances du reste ont traité à l'amiable : — le blond a pris Y énergie froide, le brun V énergie sauvage..,. L'un raille et l'autre blasphème, l'un ricane et l'autre hurle.

Ces gaillards-là sont comiques au café, dehors, au soleil ; mais chez eux, dedans, ce sont des monstres. — Ces énergiques de carton^ qui veulent se donner des airs de commandeurs du sud, cassant le fouet sur le dos des esclaves, de négriers jetant, quand le croiseur les chasse, leur lest de chair humaine dans l'océan, et qu'on s'obstine à ne pas craindre, ils se vengent de la bienveillance blés-

santé des étrangers sur le dos des leurs ; ils s'arrangent de façon à ce qu'il n'en soit pas ainsi à la maison.

Ils sont là sur leur bord 1 — ils commandent comme à des nègres; ils demandent une fourchette comme ils crieraient : « Coupez le grand mât 1 »

Ils rendent la vie insupportable aux domestiques, à l'inférieur, à leurs enfants et à leur femme. Ces comédies finissent quelquefois par des drames, souvent par des adultères. C'est pain bénit.

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