‹ Les réfractairesChapitre 24 sur 45 · MURGER · texte numérisé non relu

MURGER

Je passe vite.

Tous ceux qui ont eu trente ans hier, ou les au. ront demain, ont chanté dans des chambres du quartier Latin le fameux refrain :

180 LES yiOTncES du livbe.

La jeunesse {ter) n'a qu'un temps I

Vous souvient-il de ce temps-là et de cette jeunesse — qu'on dépensait, faute de mieux, en compagnie de quelques pauvres filles qui en vivaient aussi de la bohème, en attendant qu'elles en mourussent : la pauvre Maria, Andrée la folle, etFleurinette, si heureuse quand elle crachait le sang, comme Mimi?

Tristes, faut-il le dire maintenant, ces amours qui avaient faim ! — Triste toute cette vie de misère fié- :vreuse et d*insouciance fanfaronne : vie d'été, qu'il faut peut-être mener avant l'autre, la vie d'hiver ; mais qui ne doit avoir qu'une saison.

La jeunesse ! la jeunesse I

{Musique de M, Artus,)

On scandait encore le refrain qu'on n'en avait déjà plus ni l'air ni la chanson.

Que de temps perdu ! — Quoi de fait? — Un dîner sur l'herbe dans un coin de toile, un bout d'idylle ou de sonnet, quelques iambes rougis au feu des émeutes, tout commencé, rien de fini... que la jeunesse ?

Le voici venir maintenant, derrière ces gens de printemps et de vers, cet homme en prose :

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