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VOITURE DE BISSONNIER, DIT BARBE-SALE

THÉÂTRE PATINIER

Six mètres de longueur, deux de largeur et deux de hauteur, divisé en deux chambres : la première a trois mètres SO centimètres de longueur; c'est la cuisine et la salle à manger, ameublement, une table, quatre caisses de forme longue et étroite, servant de sièges et propres à recevoir des effets et autres ustensiles et à cause de cela appelés banc-coffre, un fourneau dit cuisinière, deux gardes mengers ou buffets en placard, un règlement pour assurer le bon ordre dans l'administration, deuxième chambre, elle communique avec la première par une porte à deux bâtants, longueur deux mètres 50 centimètres, au fond un lit pour deux personnes; cette chambre comme la première est éclairée par six vassistas de 45 centimètres caré ; cette voiture est couvertte en bois, a platte forme et d'une manière toute particulière (soit par originalité soit en connaissance de ca ise de la part du constructeur, se sont six cents

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petites lattes de deux centimètres sus un d'épaisseur jointes ensembles par 40 pointtes chaqu*une, soit vingt quatre mil pointtes, une couche de peinture donne a ce plafond Taspect du plâtre, la voiture dont nous donnons la description est montée sur quatre roues et sur six ressorts.

Il y en a une autre en tout semblable avec cette diférance que la première chambre sert de magasin de décors, la seconde est la chambre à coucher des hommes employés dans rétablissement, au dessus de la porte on lit le règlement suivant.

Article premier. Tout employé devra balayer la voiture à tour de rôle avant 10 heures du matin sous peine de 15 centimes d'amende.

Art. 2. Chaque employé est tenu de faire son lit avant 10 heures sous peine de 10 centimes d'amende.

Article 3. Pour ne pas remetre les obgets nécessaires à la toilette, en place après s'en être servi 5 centimes d'amende.

Art. 4. Lors de leur coucher, les employés ne pourront laisser brûler la lumière plus de 15 minutes sous peine de 10 centimes d'amende.

Art. 5. Pour fumer dans la voiture 10 centimes d'amende.

Dans ce second compartiment de deux mètres 50 centimètres quatre lits à une personne sont établis.

— Voilà la cage et le programme : cette cage, on

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raime, ce programme il est respecté, et tout le monde vit en bonne intelligence dans la maison ; les ours se mêlent à vos jeux, le tigre s'étire entre vos jambes, et le nain en conte de bonnes ; on fait des nouvelles à la patte.

Le matériel, ditle satou, composé des décors, des planches, arrive parles chemins de fer.

C'est ainsi que voyagent les Laroche, les Cocherie, les Patinois, etc., etc.

Ils descendent à l'hôtel, ceux-là; les autres, plus pauvres, vont à lap^aw/e; la piaule, c'est l'auberge ' qui accepte les bohémiens. Ils arrêtent, dans la cour noire, la voiture éreintée, acculent contre un mur leur maison, le baquet du phoque ou le lit de l'hydrocéphale.

Quand ils peuvent, ils campent dans les terrains vagues ou s'installent tout de suite sur le champ de foire, descendent le poêle, étalent le linge, font sauter les enfants, griller les boudins ; on entend la toux du colosse, le chant du beurre, l'aboiement des chiens,...

II y a les Btas ensuite, ceux qui portent avec eux leur fortune, le saltimbanque qui va, la caisse au dos traînant derrière lui son ours, enfant ou singe, parent ou quadrupède : en bottines à peau de lapin, culottes bouffantes, maillot rose sous sa blouse bleue ; dévorant la route, le regard morne, le ventre creux, n'ayant encore de la journée avalé que des sabres.

C'est quelquefois toute une famille qui le suit :

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femme en haillons, moutards pieds nus! Il en jette un en croix sur son cou, et Tautre à califourchon sur la caisse.

Il hume Tair, il interroge l'horizon.

Le vent souffle, le ciel est rouge....

Âh ! s'il allait pleuvoir demain 1

La pluie, c'est l'ennemi, 1^ misère, la faiml Plus de paysans sur les places, de badauds dans les foires. Si vous saviez ce qu'on pense du ciel dans notre bohème, quand il lansquinel

Tel est le voyage.

Voilà la vie que j'ai menée pendant quatre ans; en amateur, les premiers temps, comme les princes russes suivent les écuyères ; plus tard, pour vivre, et rester près d'elle !

Je devais en arriver là, et la chute n'était pas difficile à prévoir.

J'étais parti avec un millier de francs; ils me durèrent quelques mois. Un beau jour, je me trouvai en face du dernier louis.

Que faire?

Je n'y avais pas encore songé.

Forcé d'y songer maintenant!

La quitter, rentrer au pays ?.... Il était temps encore.

J'essayai : je fis deux lieues en arrière, le soir, dans les champs, courant à perdre haleine....

Hais l'anneau était bien rivé, la chaîne clouée au cœur, et je m'arrêtai tout d'un coup.

Je regardai par là-bas, du côté de la plaine, la

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route blanche, les arbres verts : je n*avais qu*à marcher dix heures, un jour, et le lendemain soir j^étais au village, ma vieille mère m*embrassait.

Je revins 1

Je revins vers le champ de foire et me glissai dans la voiture, et le lendemain, pauvre lâche, je mentis pour rester ; je dis, je crois, que Thôtel était plein, ou peut-être trop cher. Rosita, d'ailleurs, n'insista point, et je m'installai dans la maison.

Le voyage avait été bon : la troupe Ferrani avait la vogue, et Ton avait pu joindre des phénomènes méritoires au personnel déjà connu. Mon amour fainéant s'autorisa de ces bonheurs, et je vécus, à la table commune, des miettes de la ménagerie : dans ma honte à manger de ce pain non gagné, m'ingéniant à payer ma dette, mettant la main à la besogne, aidant, le soir, à clouer les planches, à tendre les toiles, hissant les tableaux.

Pendant les représentations je m'enfonçais dans la voiture, comme pour lire, et tandis que Rosita suait à soulever Tessieu ou à faire valser des sapeurs, je restais là, anéanti, et, comme un fou, battant de mes doigts maigres, sur le ventre brun des tambours, des airs que je ne connaissais pas.

Mais le vent tourna ; la pluie, l'affreuse pluie, vint noyer au berceau la fortune de la troupe. Cette année-là mit sur la paille tous ceux qui, dans le monde des saltimbanques, n'avaient pas de l'argent et du temps devant eux. Sur le champ de foire où nous étions, la misère s'abattit plus terrible qu'ail-

leurs, et un matin, chez nous, on échangea le percheron qui conduisait la caravane contre un vieux cheval aveugle, qu'il fallait mener par la bride, et qui nous a traînés, la pauvre bétel par de bien pénibles chemins.

Rosi ta ne disait rien : se croyait-elle riche encore? avait-elle honte, pitié? Je n'osais me demander compte de son silence.

Un jour pourtant, dans la baraque voisine, un enfant colosse était mort de faiml depuis deux jours personne n'avait mangé dans la voiture, pour donner sa part à la béte humaine, leur pièce de résistance, leur dernier gagne-pain! Masse de chair vivante, il fallait, pour qu'elle vécût, lui jeter, comme au fond d'un four, des quartiers de chair fraîche, des tourtes de six livres : l'argent avait manqué pour acheter le pain, la viande, et, dans la nuit, le colosse avait rendu ce qu'il avait d'âme.

On reçut cette nouvelle avec terreur, chez Rosita, et le soir, quand je me mis à table, les monstres me regardèrent de travers.

Misérable je mangeais leur part; on rognait sur leur nourriture pour me donner la mienne^ j'achevais le vin du radeau !

11 fallait cette fois quitter la place I

Mais était-ce possible à présent?

Partir, comme le chien quand il n'y a plus d'os,

partir, quand venait la famine! partir, lui devant ma

soupe et ma viande d'un mois I comme un ingj^at, un

lâche !

Je ne partis point, et aujourd'hui même que j'ai tant souffert pour n*avoir pas fui, je ne regrette pas d'être resté. Il aurait fallu qu'il n'y eût pas sur elle le fardeau lourd de la misère, sur moi celui plus lourd de la reconnaissance.

Je fondis en larmes, désespéré, et le bruit de mes sanglots attira Rosita.

Je me jetai dans ses bras, comme un enfant, lui demandant pardon, avouant ma détresse.

« Je le savais, » dit-elle.

Et elle ajouta avec mélancolie :

« II faut partir chez ta mère.... »

Ce mot de départ tombant de ses lèvres me rattacha au lieu de m'éloigner. Je me cramponnai, comme * un noyé, à mon amour malade, et la suppliai de me garder.

Elle disait : Oui ; mais moi je demandais : Comment?

(( Il y a un moyen, fit-elle.

— Parle.... »

Elle hésita un instant, me fixa, puis dit :

Fais- toi géant I »

Géant? J'avais donc été au collège, j'avais traduit Virgile et lu Platon pour être géant, à 3 sous les bourgeois, 2 sous messieurs les militaires et les bonnes d'enfants/

Et pourtant, que faire de mieux? je restais près d'elle; au lieu d'être à sa charge, j'amenais l'argent dans la caravane, je payais ma dette : j'étais plus que l'amant, presque le mari.

Pour tout cela, que fallait-il? m'habiller en général, mettre un colback sur ma tête et un bésigue dans mes bottes.

Le dimanche suivant, à la foire de Thorigny, on m'annonçait à la foule comme Thomme leplus^^band

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