‹ Les régicides dans l’histoire et dans le présentChapitre 2 sur 14 · DIVISION DES RÉGICIDES · texte numérisé non relu

DIVISION DES RÉGICIDES

Et d’abord, il convient de séparer nettement les vrais des faux régicides.

Les vrais régicides sont ceux chez lesquels l'attentat contre une personnalité marquante a été la conséquence directe et forcée d’un état d'esprit particulier. Les faux régicides sont ceux au contraire chez lesquels l’attentat, plus apparent d’ailleurs que réel, a été purement et simplement le fait du hasard, sans connexion immédiate avec le fond des idées, délirantes ou non délirantes.

Dans la première catégorie nous trouvons : Poltrot, blessant à mort le duc de Guise, pour ôter de ce monde un ennemi juré du Saint-Evangile et gagner ainsi le paradis; Balthazarcl Gérard, tuant Guillaume de Nassau pour être un athlète généreux de l'église romaine et devenir bienheureux et martyr ; Ravaillac, assassinant Henri IV pour l’empêcher de faire la guerre au pape et de transporter le Saint-Siège à Paris; Damiens, égratignant Louis XV do son canif pour l’avertir de remettre toutes choses en place et de rétablir la tranquillité dans ses Etats; Henri V Admirai zi Charlotte Cordai/, frappant Collot d’Iierbois et Marat pour sauver la République; Aimée Cécile Renault, essayant d’atteindre

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Robespierre pour provoquer le retour du roi par le sacrifice de sa vie; de Paris VAinè, poignardant Lepelletier Saint- Fargeau pour venger la mort de Louis XVI; Fred. Staaps, projetant de tuer Napoléon Ier pour obéir à une inspiration

Fig. 1

Ankarstrom ou Anckarstroem ( Jean - Jacques ) Gentilhomme Suédois, né en 1760, exécuté en 1792 Régicide conjuré

Assassinat de Gustave III de Suède, le 16 mars 1792 (coup de pistolet) D’aprcs le portrait original enrojc de Suède au Cercle Social (Bibliot, Nation, Collect. des Estampes)

divine et rendre la paix au monde; Karl Sand, donnant la mortàKotzebue par dévouement politique et religieux; Louvel, assassinant le duc de Berry avec l’idée de délivrer successivement la France de tous les Bourbons, ses pires ennemis;

Alibaud, tirant sur Louis-Philippe pour faire cesser un règne de sang; Y Abbé Verger, immolant l’archevêque de Paris pour protester contre le dogme de l’immaculée Conception ; Orsini tentant de faire disparaître Napoléon III, l’ami du pape et l’adversaire de l’Italie; Hœdel et JSiobiling, déchargeant leur arme sur l’empereur Guillaume, dans l’intérêt de l’Allemagne et du socialisme; Guiteau , tuant le président Garfield, «par suite d’une nécessité politique et par pression divine » ; Passanante, se précipitant, une bannière socialiste à la main, sur le roi Humbert, qu’il veut mettre à mort pour fonder la République universelle; IHUairaud, attentant à la vie de Bazaine pour accomplir un serment solennel et venger, par ordre de Dieu, sa patrie; Aubertin, tirant sur J. Ferry pour supprimer le mauvais génie de la France; Gasnier, voulant tuer une personne attachée à l’ambassade d’Allemagne pour faire éclater une guerre qui doit aboutir, grâce à lui, à la reprise du commerce, etc., etc.

Dans la seconde catégorie, je puis citer Mariotti et Perrin, tirant l’un et l’autre un coup de pistolet sur la voiture des chefs du gouvernement, non pour les tuer puisque l’un visait à terre et que l’autre n’avait chargé son arme qu’à poudre, mais pour attirer l’attention sur eux et arriver ainsi à se faire rendre justice de griefs plus ou moins imaginaires.

Les premiers voulaient détruire un personnage important et tout chez eux convergeait vers cette idée; les autres, en se dressant en face d’hommes en vue à qui ils ne voulaient en réalité aucun mal, poursuivaient uniquement des revendications personnelles. Chez les premiers le régicide était le but, il était le moyen chez les seconds.

On le voit, les individus de la première catégorie méritent seuls le nom de régicides, et seuls, par conséquent, ils doivent

nous occuper ici. Quant aux autres, ce sont en général des aliénés ordinaires, des persécutés raisonnants pour la plupart, appartenant à la catégorie de ces insensés qui tuent le premier venu dans la rue ou font un esclandre dans les Chambres parlementaires pour passer au grand jour des Assises et y plaider un procès que personne jusque là n'a voulu entendre.

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