LES FOUS RÉGICIDES
Nous voilà maintenant eu face des vrais régicides. Toutefois, ici encore, une distinction importante est nécessaire au préalable.
Parmi les individus qui assassinent un grand personnage, il en est en effet qui sont absolument fous et qui agissent en fous.
Telle, par exemple, Margaret Nicholson, atteinte de mégalomanie et frappant le roi George 111, en 1786, parce que la couronne était sienne et que, si son droit ne lui était pas rendu, l’Angleterre devait être noyée dans le sang pendant cent générations. Telle encore Charlotte Carlcmigellix ou Aspasie Migelli traitée comme folle à la Salpétrière et sortie non guérie, qui, le 1er prairial an III, poussée uniquement par son délire, blesse le député Féraud d’un coup de sabre, l’achève avec le talon de sa galoche et tente de faire subir le même sort aux députés Camboulas et Boissy d’Anglas.
Telle aussi Anne Neil qui, devenue folle par la perte d’une propriété, qu’elle attribuait au président Johnson, avait voulu le tuer pour se venger. Tel enfin Roderick Maclean tirant (le 2 mars 1882) un coup de pistolet sur la reine Victoria, parce que le peuple anglais était son ennemi, qu’il ne cessait de porter du bleu pour l’ennuyer et qu’on lui refusait une lettre d’admission pour la maison de santé.
Voilà bien il est vrai, des régicides, mais de simples régicides d'occasion, plus fous au fond que régicides. C’est pourquoi on peut trouver parmi eux tous les types d’aliénés, depuis le pur vésanique jusqu’à des épileptiques agissant sous l’influence de leurs hallucinations ou de leurs impulsions inconscientes.
Quelle que soit d’ailleurs la forme de leur folie, elle ne s’écarte pas de l’aspect ordinaire, et n’a rien qui puisse la distinguer. Ce sont des délirants quelconques, chez lesquels l’acte morbide s’est accidentellement dirigé contre un monarque ou un puissant du jour, mais qui ont obéi aux mêmes mobiles d’action que leurs congénères. A part le fait de leur attentat, qui les rend subitement célèbres, ils n’ofïrent pas, en tant que malades, d’intérêt spécial.
Tout autre est la dernière catégorie de régicides, qui constitue une classe vraiment à part et mérite une étude particulière. Les individus dont elle se compose sont les purs régicides, les règicides-nès ou de tempérament, pour continuer à me servir des expressions de l’anthropologie criminelle, et les analogies qui les rapprochent sont telles qu’il n’existe aucune différence marquée, dans la façon d’être et d’agir, entre ceux d’aujourd’hui et ceux d’autrefois. En les analysant de près, on s'aperçoit qu’ils appartiennent pour ainsi dire à la même famille, et, suivant le mot si juste de Morel, que ce sont réellement des frères pathologiques.
C’est leur étude que je voudrais présenter ici, dans une esquisse rapide, en m’attachant surtout au côté clinique et médico-légal.