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LOUIS XVI ET MARIE-ANTOINETTE

Louis-Auguste de France, duc de Berry, petitfils et successeur de Louis XV, naquit le 23 août 1 754. Son éducation fut confiée à la comtesse de Marsan et au duc de La Vauguyon.

Il ne tarda pas à se recommander par sa piété, sa droiture et sa charité. Ame droite et loyale, cœur honnête.

Son père lui manqua de bonne, heure.

Cette perte lui causa une vive ‘souffrance ; il sc jeta dans l’étude, et devint assurément l’homme le plus instruit de cette cour où régnait le scandale et la mollesse,

Plus tard, on se moqua de l’instruction de ce prince, qui savait l’allemand, l’italien, l’anglais, qui, dans les arts mécaniques, déployait une adresse extrême et un remarquable esprit d’in-, vention ; de plus, géographe distingué, qui rédigea de sa propre main les instructions données à La Pérouse.

Il avait 16 ans lorsqu’il fut marié (16 mai 1770) à Marie- Antoinette -Josèphe- Jeanne de Lorraine, archiduchesse d’Autriche, fille de François de Lorraine et de l’impératrice Marie- Thérèse.

Cette princesse, née le 2 novembre 1755, n’avait pas encore 15 ans.

Elle était belle, et douée de tous les dons de l’esprit et du cœur.

Mais, comme par un présage sinistre, la fête du 31 mai, donnée pour leur mariage, fut attristée par un événement douloureux. Plusieurs personnes y périrent écrasées par la foule.

Cependant le Dauphin et la Dauphine devinrent très-populaires ; leurs mœurs étaient toutes différentes de celles de cette cour dissolue.

Ils montèrent sur le trône à la mort de Louis XV, tombé dans la souillure de ses vices (1774).

Au pouvoir, Louis XVI se montra faible dans l’action, mais honnête homme dans ses résolutions.

Il signala le commencement de son règne par des réformes généreuses : abolition du droit de joyeux avènement, des corvées et de la question ; rétablissement des Parlements ; création du mont-de-piété, de la caisse d’escompte , etc.

Il appela dans ses conseils Maurcpas, Turgot, Malherbes, Nccker. Mais sa sollicitude fut rendue stérile par ceux-là mêmes qu’il avait choisis pour être ses collaborateurs. Son premier malheur fut de tomber sur des ministres imbus de chimères. La guerre d’Amérique, entreprise contre l’Angleterre (1778), n’éloigna pas les périls.

Il y avait dans les esprits une insatiable rc-

cherche de nouveautés. Chacun se posait en réformateur. La cour et la ville, les grands seigneurs et le peuple, étaient travaillés du besoin de donner des conseils et de censurer.

Necker donna le signal de l'incendie en publiant son fameux Compte-Rendu de l’état des finances.

C’était prêter le flanc à l’ennemi ; c’était donner un aliment aux passions.

Dès lors les idées républicaines commencèrent à se faire jour. Pour les faire triompher, on ne recula devant aucune manœuvre, aucune intrigue, aucun scandale.

La philosophie, les lettres, le théâtre vinrent en aide au mouvement antimonarehique et antireligieux.

L’intrigue mit aussi sa main perfide dans ce travail de destruction. La plus odieuse infamie dirigée contre la cour fut celle du collier, dans laquelle fut effrontément calomnié le nom de la reine par une aventurière du nom de Lamothe.

Personne ne crut à la culpabilité de Marie- Antoinette; mais les ennemis de la royauté feignirent d'y ajouter foi.

On n’aimait plus cette reine, à cause de ses vertus mêmes; son affection pour quelques amis

avait fait des jaloux et provoqué les calomnies les plus infâmes.

Cependant l’état des finances, dilapidées sous les règnes précédents, continuait à servir de prétexte aux révolutionnaires.

Le roi convoqua, pour chercher un remède à cette situation dont il était innocent, deux assemblées de notables (22 février 1787 et 6 novembre 1788).

Il voulait, dans sa droiture, que tous les ordres pussent concourir aux charges de l’État. Le déficit eût été ainsi couvert. Mais si l’esprit de Louis XVI était porté vers les choses justes, il manquait de cette volonté énergique qui impose. Et puis, il ne fut pas secondé par ceux-là même dont c’était l’intérêt et le devoir. Les ordres privilégiés résistèrent à l’équité du roi, et le peuple, chose digne de remarque, eut des applaudissements pour le Parlement qui refusait d’enregister son édit!,,.

Le nom des États-Généraux ayant été prononcé dans ce tumulte d’opinions, Louis XVI crut devoir y recourir.

Dès lors la vie de ce vertueux monarque se confond dans l’histoire de la Révolution française.

Il ouvre l’assemblée des États-Généraux à Versailles (5 mai 1789) par un discours affectueux et modéré qui trahit toute sa belle âme.

Mais le Serment du Jeu de Paume déchaîne les tempêtes.

La sédition ensanglante la capitale. La Bastille est prise (14 juillet). Les vainqueurs se portent sur Versailles et forcent le roi et sa famille à revenir s’établir à Paris (5 et 6 octobre).

Ce sont là les premiers pas des régicides.

Louis XVI n’est plus dès lors que le témoin enchaîné de la révolution, en attendant qu’il soit sa victime.

Il fut contraint de sanctionner une foule de décrets iniques de l’Assemblée nationale.

Il suivait le torrent dans la crainte de le grossir.

Mais comme tout semblait impuissant à contenir la révolution, — surtout les concessions et la douceur, — le roi, dont la situation n’était plus tenable, résolut de s’arracher par la fuite au spectacle de ees abominations. (20 juin 1791 .)

Il se dirigea vers Montmédy, où un serviteur dévoué, ■ — type rare à toutes les époques, — le marquis de Rouillé, avait réuni des troupes restées fidèles»

Mais l’infortuné monarque fut reconnu par le maître de poste Drouet. Ce misérable le fit arrêter à Yarennes.

Le roi fut ramené à Paris prisonnier, gardé à vue, et ne régna plus que de nom.

Le 1 4 septembre 1 791 , il accepte une constitution odieuse, qui ne lui laisse que le droit dérisoire d’apposer son veto aux décrets des corps législatifs.

Il avait été trahi par presque tout le monde. — « Le roi et la reine, avait dit Mirabeau, y périront, et, vous le verrez, la populace battra leurs cadavres! »

Un prince même de sa famille, le duc d’Orléans, dit Philippe-Égalité , avait juré sa mort, et s’était ligué avec les sicaires démagogues et la

plus vile multitude, race impure, avide de curées, cl que les révolutionnaires osent décorer du nom de peuple.

Le voyage de Varennes, coïncidant avec les déclarations de guerroies puissances étrangères sollicitées par les princes émigrés, servit de point de départ à l’accusation que les juges de Louis XVI dirigèrent plus tard contre lui, d’avoir excité l’étranger contre la patrie , et d’avoir voulu fuir pour revenir à la tète des troupes de la coalition européenne.

C’est là une calomnie de plus. Elle se trouve, du reste, démentie par la lettre suivante écrite par Louis XVI à scs deux frères, Monsieur, comte de Provence (depuis Louis XVIII), et le comte d’Artois (depuis Charles X).

A Monsieur et au comte d’Artois.

« Vous êtes instruits sans doute que j’ai accepté la Constitution, et vous connaissez les raisons que j’en ai données à l’Assemblée; mais elles ne doivent pas suffire pour vous, je veux vous faire connaître tous mes motifs.

v L’état de la France est tel qu’elle touche

peut-être à une dissolution totale, et qui ne sera qu'accélérée si l’on veut porter des remèdes violents à tous les maux qui l’accablent. L’esprit de parti qui la divise et l’anéantissement de toutes les autorités sont les causes de tous ses malheurs. 11 faut donc faire cesser les divisions et rétablir l’autorité du gouvernement. Mais pour cela il n’y a que deux moyens : la force ou la réunion.

» La force ne peut être employée que par des armées étrangères, et ce moyen n’est que la ressource de la guerre. Un roi peut-il se permettre de la porter dans ses États? et le remède n’est-il pas pire que le mal ? Je sais qu’on se flatte de réunir des forces immenses qui, en ne laissant pas la possibilité de la résistance, empêcheraient la guerre. Mais a-t-on bien réfléchi à l’état du royaume, et à l’intérêt de tous ceux qui ont aujourd'hui de l’autorité? Tous les chefs, c’est-àdire ceux qui sont en possession d’émouvoir le peuple, croiront avoir trop à craindre pour se rendre à discrétion ; jamais ils ne pourront se persuader qu’ils obtiendront l’oubli ou le pardon de leurs fautes... Qui peut dire combien de malheurs en seront la suite?

» Je sais que les rois se sont toujours fait honneur de regagner par la force ce qu’on voulait

leur arracher : que de craindre alors les malheurs delà guerre, s’appelle faiblesse. Mais j’avoue que ces reproches m’affectent moins que le malheur du peuple, et mon cœur se soulève en pensant aux horreurs dont je serais la cause. Je sais combien la noblesse et le clergé souffrent de la révolution; tous les sacrifices qu’ils avaient si généreusement proposés n’ont été payés que par la destruction de leur fortune et de leur existence. Sans doute on ne saurait être plus malheureux et l’avoir moins mérité; mais pour des crimes commis, faut-il en commettre d’autres? Moi aussi j’ai souffert ; mais je me. sens le courage de souffrir encore plutôt que de faire partager mes malheurs au peuple.

» Qui peut d’ailleurs se flatter de réparer tant d’injustices? On compte beaucoup sur les succès de la guerre. En effet, des gardes nationales et des régiments sans officiers ne doivent pas résister à des troupes bien disciplinées et à l’élite de la noblesse ; mais ces troupes étrangères ne pourront pas se fixer dans le royaume, et lorsqu’elles n’y seront plus, comment gouvernera-t-on si l’insubordination recommence? Et comment l’éviter si l’esprit de la nation n’est pas changé? Je sais qu’on se datte, parmi mes sujets émigrés, d’un

prend changement dans les esprits; j’ai cru longtemps qu’il se préparait, mais je suis détrompé aujourd’hui. La nation aime la Constitution, parce <pie ce mot ne rappelle à la classe inférieure du peuple que l’indépendance où il vit depuis deux ans, et à la classe au-dessus, l’égalité. Ils blâment volontiers tel ou tel décret en particulier, mais ce n’est pas là ce qu’ils appellent la Constitution. Le bas peuple voit que l’on compte avec lui; le bourgeois ne voit rien au-dessus. L’amourpropre est satisfait; cette nouvelle jouissance a fait oublier toutes les autres. Ils n’attendaient que la lin de la Constitution pour être parfaitement heureux; la retarder était à leurs yeux le plus grand crime, parce que tous les bonheurs devaient arriver avec elle. Le temps leur apprendre combien ils se sont trompés; mais leur erreur n’en est pas moins profonde. Si l’on entreprenait aujourd’hui de la renverser, ils n’en conserveraient l’idée que comme celle du plus grand moyen de bonheur, cl lorsque les troupes qui l’auraient renversée seraient hors du royaume, on pourrait avec celle chimère les remuer sans cesse, et le gouvernement se trouverait dans un système opposé à l’esprit public, et sans moyens pour le contenir. On ne gouverne jamais une na-

lion contre ses habitudes; celle maxime est aussi vraie à Constantinople que dans une république.

» D'ailleurs cette aristocratie qui serait l’appui et la ressource de la royauté, est-elle bien unie dans un meme esprit? n’a-t-elle pas ses partis et des opinions diverses?

» J’y ai bien pensé, et j’ai vu que la guerre ne présentait d’autres avantages que des horreurs et toujours de la discorde. J’ai donc cru qu’il fallait éloigner celte idée, et j’ai cru devoir essayer encore les seuls moyens qui me restaient : la réunion de ma volonté aux principes de la Constitution. Je sens toutes les difficultés de gouverner ainsi une grande nation, je dirai même que j’en sens l’impossibilité; mais l’obstacle que j’y aurais mis aurait porté la guerre que je voulais éviter, et aurait empêché le peuple de bien juger cette Constitution, parce qu’il n’aurait vu que mon opposition constante.

» J’ai donc préféré la paix à la guerre, parce quelle m’a paru à la fois plus vertueuse et plus utile. Je me suis réuni au peuple, parce que c’était le seul moyen de le ramener, et, entre deux systèmes, j’ai préféré celui qui ne m’accusait ni devant mon peuple, ni devant ma conscience.

En prenant ce parti, serais-je encore exposé aux

reproches d'une partie de mes sujets, dont les malheurs m’occupent plus que leurs injustices? Je plains la noblesse, le clergé, toutes les victimes de la révolution; mais lorsque mon devoir se combine avec leurs intérêts, ne dois-je en attendre que des sentiments indignes d’eux et de moi? Leur estime m’est chère, parce qu’elle est le droit le plus ancien et le plus beau de ma couronne, et je me voudrais du mal à moi-même, si jamais j’avais pu penser qu’étant auprès de mes frères, ils pussent oublier leurs devoirs et leur roi. Ils honorent trop la vertu pour ne pas estimer les sacrifices que je lui fais ?

» Votre attachement pour moi et votre sagesse doivent vous faire renoncer à des idées dangereuses que je n’adopte pas. Vous seriez bien injustes si vous ne pensiez pas combien je .suis occupé de votre position... Le courage de cette noblesse, qui mérite un grand intérêt, serait sans doute mieux entendu, si elle rentrait en France pour augmenter la force des gens de bien, au lieu de servir les factieux par sa réunion et par ses menaces.

» Je finissais cette lettre dans le moment où j’ai reçu celle que vous m’avez envoyée. Je l’avais vue imprimée avant de la recevoir, et elle s’est

répandue partout en meme temps. Vous ne sauriez croire combien celte marche m’a peiné; je l’étais déjà bien d’avoir vu le comte d’Artois aller à cette conférence de Pilnitz sans mon consentement. Je ne vous ferai aucun reproche, mon cœur ne peut pas se décider à vous en faire; je vous ferai seulement remarquer qu’en agissant sans moi, il contrariait mes démarches, comme je déconcerte les siennes. Vous me dites que l’esprit publie est revenu, et vous voulez en juger mieux que moi qui en éprouve tous les malheurs. Je vous ai déjà dit que le peuple supportait toutes ses privations, parce qu’on l'a toujours flatté qu’elles iiniraibnt avec la Constitution. Il n’y a que deux jours qu’elle est achevée, et vous voulez que son esprit soit changé! J’ai le courage de l’accepter pour donner à la nation le temps de connaître ce bonheur dont on l’a flattée, et vous voulez que je renonce à cette utile expérience! Les factieux l’ont empêché de bien juger leur ouvrage, en lui parlant sans cesse des obstacles que je mettais à son exécution. Au lieu de leur enlever cette dernière ressource, faut-il servir leur fureur, en me faisant accuser de porter la guerre dans mon royaume? Vous vous flattez de leur donner le change, en déclarant que vous marchez malgré

moi. Mais comment les persuader, lorsque cette déclaration de l’empereur et du roi de Prusse est motivée sur votre demande ? Pourra-t-on jamais croire que mes frères n’exécutent pas mes ordres? Ainsi, vous allez me montrer à la nation, acceptant d’une main, et sollicitant les puissances étrangères de l’autre? Quel homme vertueux peut estimer une pareille conduite? Et croyezvous me servir en m’ôtant l’estime des gens de bien? J’espère que vous reviendrez à des idées plus sages. Pensez que la victoire n’est rien, si l’on ne peut ensuite gouverner, et que cependant on ne gouverne pas un grand royaume contre son esprit dominant. Je ne vous parle pas de ma position personnelle; on peut en être peu occupé hors de France, mais moi je suis occupé de celle de mes frères ; et dans cette déclaration, ce qui me peine davantage, c’est le mal qu’on peut leur faire. Comment pourrais-je empêcher l’assemblée de rendre un décret pour faire rentrer Monsieur, comme le premier appelé à la régence ? Je conçois qu’on ne compte plus ni mes peines, ni mes embarras, ni mes chagrins ; mais vous devez m’éviter ceux qui vous touchent, parce qu’ils seront toujours les plus pénibles de tous. »

Celte constitution que Louis XVI avait loyalement acceptée, si mauvaise quelle fût, fut violée, non par lui, mais par ceux qui la lui avaient imposée. On brisa son droit de veto.

La plus crapuleuse populace, dirigée par Santerre, agent du duc d’Orléans, envahit le palais des Tuileries (20 juin 1792), et sous le prétexte de remettre au Roi une pétition, l’outrage, lui jette des cris de mort et cherche sa famille pour l’égorger.

11 domina ces bêles féroces par l’ascendant de sa vertu et la majesté de son maintien.

— » Ouvrez- les portes, dit-il ; le roi de France ne craint pas les Français! »

Mais ce n’étaient plus des Français, ces héros des clubs, ce n’étaient plus que des rognures de chrétiens.

— « Bois! lui' cria la révolte, en lui présentant un verre de vin ; trinque à la nation ! »

Et le pauvre homme accepta. Un des étonnements de l’histoire est qu’il ne contenait pas de poison.

— - « N’aie pas peur ! » cria un des envahisseurs.

Le roi, en lui prenant la main et la plaçant sur son cœur, dit : — • Voyez s'il bat plus vite! »

La reine et M“ e Elisabeth donnèrent également l’exemple d’un courage héroïque.

Ce jour-là le flot impur de l’émeute recula devant la grandeur de cette majesté chancelante.

Un nommé Cannelle, un parisien, avait empêché le roi d’être frappé par l’un des clubistes, qui avait levé son bâton sur lui.

La faction d’Orléans, les Girondins et les Jacobins ne se découragèrent pas.

Ils résolurent de lancer, au 1 0 août, une insur- % rection nouvelle contre les Tuileries.

Humilier la royauté ne leur suffisait pas ; ils voulaient l’anéantir.

Ils prirent pour prétexte la nécessité de sévir contre les ennemis intérieurs, complices de l’étranger.

Or, la France et la liberté n’avaient pour ennemis intérieurs que ces prétendus patriotes; quant à l’étranger , il n’eût point bougé si la Révolution eût été pacifique. Il est vrai que son essence est de ne point l'être.

Les défenseurs dévoues de Louis XVI sont mus-

sacrés.

Vaincu par l’émeute, le Roi va chercher un asile au sein de l’Assemblée. Il y est froidement accueilli. Les coups dirigés contre lui partent de là !

Le 10 août est demeuré une date mauvaise, car c’est celle de la première insurrection victorieuse.

C’est le 1 0 août 1 1 92 qu’une bande de brigands armés viola le palais des Tuileries, et insulta à la majesté d’un de nos plus vertueux souverains.

Cette vile multitude , conduite par les Girondins et les Montagnards, cette plcbc de l’échafaud, cette immonde foule, avide de sang et de pillage, a fait bien d’autres 1 0 août depuis. Quest-ec que le peuple y a gagné en grandeur, en gloire, en progrès, en bien-être?

Les 1 0 août ont renversé les trônes, ruiné les particuliers, égorgé les citoyens paisibles, ouvriers pour la plupart, et avec eux une foule de femmes

et d'enfants en bas âge ; les 1 0 août ont porté partout le déshonneur, la honte, le désordre, l'impiété, le pillage, la mort; ils ont couvert la patrie de sang, de boue, de ruines; — ils n’ont rien enfanté de fécond ; ils n’ont tari aucune larme, soulagé aucune souffrance , consolé aucun cœur affligé', réjoui aucune âme triste, — car c’est 'a Religion seule qui accomplit toutes ces grandes et saintes choses ! C’est à son souffle réparateur qu’a pu renaître tout ce que la Révolution avait renversé.

On parle de Progrès ; certes, il y a des progrès légitimes, et le Christianisme y pousse les cœurs généreux. Mais est-ce que ces progrès-là ne se seraient pas accomplis sans ces furieuses démonstrations armées, sans ces crimes épouvantables?...

L’esprit de progrès n’a pas de plus cruel ennemi que l’esprit révolutionnaire, qui n’en est que la hideuse et coupable exagération. C’est ainsi que la philosophie, cette révolte de l’esprit contre la vérité religieuse, a soufflé toutes ces colères, toutes ces insurrections qui aujourd’hui ont l’assassinat pour moyen et le communisme pour but.

Que cette date de 1 0 août soit un enseignement pour les gouvernements et pour les peuples!

Plus d’illusions! Les peuples qui laissent jeter

leurs gouvernements par terre, et les gouvernements qui ne savent pas se défendre avec acharnement contre l’insurrection , compromettent également l’avenir du pays, et manquent le plus fâcheusement à leurs devoirs.

Louis XVI, Charles X et Louis Philippe sont tombés parce qu’ils n’ont pas su se défendre, parce qu’ils ne l’ont pas voulu, dominés qu’ils étaient par de puérils scrupules d’humanité ou de légalité.

L’expérience a démontré que ces scrupules ne vont pas au tempérament de la France, et que tout Gouvernement qui ne se défend pas, au nom du peuple, avec l’armée, toujours noble et fidèle, sera renversé au nom du peuple, par la vile multitude des révolutionnaires, des gueux, des voleurs, des tueurs, soulevée par d’infâmes ambitieux.

Que le peuple se souvienne ! c’est tout ce que nous lui demandons; qu’il consulte l’histoire de nos soixante dernières années, et il demeurera convaincu avec nous que ses ennemis sont les organisateurs des 1 0 août, les hommes violents et immoraux qui font des révolutions en son nom et contre lui, contre sa religion, contre son travail, contre ses plus chers et ses plus légitimes intérêts !

Les amis du peuple sont ceux qui ne le nourrissent pas d’illusions mensongères, ceux qui lui disent la vérité, fût-elle pénible; ceux qui veulent conserver pour améliorer, et non pas renverser pour détruire ! Ce sont ceux qui le séparent de la vilemultitudedes révolutionnaires, factieux, anarchistes, pillards, athées, assassins; ce sont ceux qui prêchent à tous les vertus modestes du Christianisme, qui prêchent aux nations et aux gouvernements le Devoik,- — celte grande loi de Dieu, que personne ne peut méconnaître sans péril !...

Les plus coupables, peut-être, des assassins du 1 0 août, ce furent les Girondins.

Ce fut le girondin Vergniaud qui, après la tuerie, pendant laquelle ses amis et lui avaient tant tremblé, proposa, au lieu de protéger le roi, de le suspendre.

Mais les héros du 10 août, les équarrisseurs de chair humaine, comme les appelle Chateaubriand, s’empressèrent d’imposer leurs hideuses volontés aux bourgeois girondins leurs complices,

fl»

L’Assemblée qui avait renversé Louis XVI, subit lâchement le joug honteux des démagogues. Comme la royauté, elle n’exista bientôt plus que de nom, et le peuple du 1 0 août, des piques ensanglantées dans les mains, lui dicta ses ordres.

La commune de Paris, qui s’était emparée du pouvoir, désigna le Temple pour prison à la famille royale.

C’est là que commença son agonie.

On n’en peut lire les affreux détails sans éprouver les sensations les plus fortes d’attendrissement et d’indignation. Seule l’histoire écrite au point de vue des bourreaux peut dire ces récits sans v mêler ses larmes.

Nous ne retracerons pas ici ces scènes déchirantes de la tour du Temple, les poignantes épreuves de cette famille vouée à toutes les tortures.

Elle y opposa la résignation religieuse, un courage héroïque. Les premiers martyrs ne s’apprêtaient pas mieux à la mort.

Napoléon I er à Sainte-Hélène fut moins maltraité par l’assassin Hudson Lowe, que ne fut au Temple, la famille royale, par les assassins de la . révolution, ce qu’il y a de plus corrompu et de plus féroce.

Pendant ce temps, pour cacher les vols dont ils s’étaient rendus coupables, les démagogues organisèrent les massacres de septembre, sous le même prétexte qui leur avait servi au 1 0 août.

Dix mille infortunés furent égorgés dans les prisons, parmi lesquels plusieurs prêtres, et l’amie de la reine, la princesse de Lamballe, dont la tête fut coupée et promenée dans les rues au bout d’une pique, et jusque sous les fenêtres des prisonniers du Temple, qu’on força d’y paraître !

Pauvre roi! pauvre et trop faible honnête homme ! Ce n’étaient pas ses propres souffrances qui l’accablaient-, c’étaient celles de sa famille et de son peuple.

Pensée fertile en douleurs ! Mais il chercha son refuge dans l’Eglise, tendre mère dont le sein est assez large pour que toutes les misères viennent s’y réfugier, et l’amour assez profond pour que nous y puisions sans crainte de le tarir !

Il sc rappelait ces paroles du livre de Job, si consolantes pour les cœurs éprouvés :

— « O qu’heureux est l'homme que Von châtie!

Ne rejette donc point le châtiment du Tout-Puissant, car c’est lui qui fait la plaie et qui la bande ; il blesse et ses mains guérissent! »

La Convention avait remplacé l’Assemblée législative.

Son premier acte fut de décréter l’abolition do la royauté et de proclamer la république, dont la France ne se souciait pas, mais qu’elle subit.

Cette nouvelle, annoncée au roi avec une joie féroce, le trouva impassible. 11 s’attendait à tout ; et déjà son âme, détachée de la terre, contemplait les horizons infinis de l’éternité.

Pour mieux faire souffrir les martyrs, on les sépara les uns des autres.

L’enfant royal fut confié à la cruauté du savetier Simon, geôlier immonde que la Commune décora du nom de précepteur ,

Il fut chargé de l’assassiner lentement; il n’y manqua pas.

Cependant, le 6 novembre, Dufriche-Valazé, député de l’Orne, fit, à la Convention, au nom de la commission extraordinaire des vingt-quatre, son rapport sur les crimes du ci-devant roi.

Ces crimes étaient basés sur les papiers recueillis par le comité de surveillance de la commune de Paris. Le rapport de Dufriche-Valazé était la répétition du rapport que Gobier avait présenté, le 1 6 septembre, à l’Assemblée nationale, sur les papiers inventoriés dans les bureaux de la liste civile, premier acte de cette infâme procédure.

Le rapport osait dire que le roi avait été l’agresseur de la journée du 1 0 août, et que, si ses rares défenseurs eussent alors triomphé de l’émeute, il eût rétabli la tyrannie.

Valazé concluait à la mise en jugement de Louis XVI.

Quant à la peine qu'il avait méritée, cet

homme sensible indiquait le régicide avec un attendrissement hypocrite :

• — • « Mon cœur, dit-il, repousse les alarmes que cette idée lui inspire. »

Mailhe, députe de la Haute-Garonne, fit, le 7 novembre, au nom du Comité de législation, un rapport qui concluait : 1° A ce que le roi fût jugé par la nation représentée par la Convention ; 2° à ce qu’on lui appliquât la loi des traîtres et des conspirateurs.

Il se terminait par le projet suivant :

« 1 0 Louis XVI peut être jugé.

2° Il sera jugé par la Convention nationale.

3° Trois commissaires pris dans l’Assemblée, et nommés par appel nominal à la pluralité absolue des suffrages, seront chargés de recueillir toutes les pièces, renseignements et preuves relatifs aux délits imputés à Louis XVI, et en présenteront le résultat à l’Assemblée.

4° Les commissaires termineront le rapport par un acte énonciatif des délits dont Louis XVI se trouvera prévenu.

3° Ce rapport des commissaires, les pièces sur lesquelles il sera établi, et l’acte énonciatif des délits seront imprimés et distribués.

0° Huit jours après la distribution, la discussion sera ouverte sur l’acte énoneiatif des délits, qui sera adopté ou rejeté par l’appel nominal et à la majorité absolue des voix.

7 U Si cet acte est adopté, il sera communiqué à Louis XVI et à ses défenseurs, s’il juge à propos d’en choisir.

8° 11 sera également remis à Louis XVI une copie collationnée du rapport des commissaires «r et de toutes les pièces.

9° Les originaux de ces mêmes pièces, si Louis XVI en demande la communication, seront portés au Temple, et ensuite rapportés aux Archives nationales par douze commissaires de l’Assemblée, qui ne pourront s’en dessaisir ni les perdre de vue.

\ 0° Les originaux ne seront tirés des Archives nationales qu’après qu’il en aura été fait des copies collationnées qui ne pourront être déplacées.

1 1 0 La Convention nationale fixera le jour auquel Louis XVI comparaîtra devant elle.

12° Louis XVI, soit par lui, soit par ses conseils, présentera sa défense par écrit, et signée de sa main.

1 8" Louis XVI et ses conseils pourront néanmoins fournir, s’ils le jugent à propos, des dé-

fenses verbales qui seront recueillies par les secrétaires de l’Assemblée, et ensuite présentées à la signature de Louis XVI.

\ 4° Après que Louis XVI aura fourni sa défense, ou que les délais qui lui auront été accordés pour la fournir seront expirés, la Convention nationale portera son jugement par appel nominal. »

11 ne restait plus aux régicides qu’à tuer Louis XVI ; mais, auparavant, ils voulurent faire semblant de le juger.

Il y en eut même, parmi ces scélérats, qui feignirent des scrupules de légalité.

Mais Saint-Just, un logicien de la Révolution, parla sans déguisement ; répondant à Morisson et au Comité, il dit :

— « Le Comité veut qu’on juge Louis en citoyen ; Morisson admet son inviolabilité : erreur des deux côtés. Louis n’est pas un citoyen ; c’est un ennemi. Il ne s’agit pas de le juger, mais de le combattre. Agir autrement, ce serait as*

surer au roi l’impunité, fixer trop longtemps les yeux sur lui, ou laisser sur son jugement une tache de sévérité excessive. »

Ainsi il ne faut pas juger le roi, il faut l’immoler :

— « Juger, c'est appliquer la loi ; une loi est un rapport de justice. Quel rapport de justice y a-t-il donc entre l'humanité et les rois ? »

Après plusieurs jours de discussion, la Convention, pressée d’en finir par la Commune et par les clubs, décréta, sur la proposition de Pétion, cpie le roi serait jugé par ellc-mcme.

Le 10, Lindet lut, au nom d’une commission de 21 membres, un rapport où Capet était accusé de crimes imaginaires.

Le 11, Chambon, Santerrc et Chaumette furent chercher Louis XVI dans un voiture :

• — • « Capet, lui dit-on, tu es traduit à la barre de la Convention. »

— « Capet n’est pas mon nom, fit le roi avec

— ilÛ

dignité; un de mes aneêtrcs l’a porté; mais ce n’est pas celui de ma famille. »

Et comme les tigres s’apprêtaient à le violenter, il leur épargna cette nouvelle honte, et leur dit :

— « Je vais vous suivre, non pour obéir à la Convention, mais parce que mes ennemis ont la force en main. »

Barrère présidait l’Assemblée.

Elle décida, sur la proposition de Manuel, qu’elle ferait attendre le roi, pour lui prouver, ainsi qu’à l’Europe, qu’elle avait à s’occuper d’objets plus importants.

Il fut enfin introduit.

— « Citovens, » dit Barrère à l’annonce du roi, « citoyens, l’Europe vous regarde. La postérité vous jugera avec une sévérité inflexible ; . conservez donc la dignité et l’impassibilité qui conviennent à des juges. Souvenez-vous du silence terrible qui accompagna Louis ramené de Yarenncs. »

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