CHAPITRE XIII
NAPOLÉON P r
La France était couverte de toutes les blessures que lui avait faites la révolution , lorsque parut Napoléon Bonaparte.
Ce grand organisateur de l’unité disciplina la France en la faisant sortir de scs dégradations et de ses frénésies.
Il lui fit sentir la main ferme et salutaire d’un maître.
C’est le fait des révolutions de tomber de déchirements en déchirements, de la servitude du crime dans celle du génie et de la justice.
Napoléon imposa donc une hiérarchie nouvelle à la farouche démocratie des régicides et des niveleurs.
Cet Hercule se mesura avec l’anarchie, et il écrasa le monstre dans ses bras puissants.
A cette hideuse anarchie , ce despotisme de plusieurs et des pires, il fit succéder l’autorité des lois, dans laquelle, le peuple harassé de république et d’athéisme, écœuré de liberté démocratique et d’égalité socialiste, se précipita eomme dans un refuge, comme dans une fortcrsse.
Napoléon dompta la révolte, écrasa l’hydre du jacobinisme et du socialisme.
Nous avons vu de quels hommes il délivra la France !
11 restaura la religion , dont le peuple avait soif, après tant d’années d’athéisme.
11 reconstitua la société, donna le Code et plaça la France à la tête des nations de l’univers.
Mais l’esprit d’anarchie ne tient compte de rien aux chefs des États,
Contre le premier Consul, Napoléon Bonaparte, des démagogues désespérés se liguèrent secrètement.
L’un d’eux projette de se déguiser en gendarme et de l’assassiner à la Comédie-Française.
Un autre , nommé Joubert , ancien aide de
camp de Henriot, se promet , avec une vingtaine de complices, d’aller l’immoler à la Malmaison.
Une autre conjuration s’organise pour poignarder le premier Consul à l’Opéra.
Parmi ces conjurés , on remarque les Italiens Cerachi et Diana, le peintre Topino Lebrun, Dcmerville, parent et ancien secrétaire de Barrère, au Comité de salut public; Joseph Aréna, frère de Barthélemi Aréna, député de la Corse, qui, à Saint-Cloud, au 18 brumaire, tenta de frapper Bonaparte d’un poignard.
D’autres conspirateurs imaginent des attentats d’une atrocité encore plus réfléchie.
Un certain Chevalier, ouvrier d’artillerie dans les ateliers de Meudon, construit, avec l’aide d’un nommé Yeyser, une machine infernale et des bombes destinées, celle-là à être placée dans le palais consulaire , celles-ci à être lancées dans la voiture de Bonaparte.
Deux mois après ( 24 déc, 1810'), les conjurés
(Saint-Régent, Carbon, Joyant, dit d’Àssas, Limoelan, Lahaie Saint-Hilaire, etc.), placent une machine infernale sur le passage du premier Consul, se rendant à l’Opéra.
Mais les scélérats ont mal calcule le moment de l’explosion.»... Cinquante-six personnes sont blessées, vingt-deux sont tuées; mais Bonaparte a la vie sauve.
11 paraît à l’Opéra, calme comme s’il n’avait couru aucun péril ; le peuple le salue avec enthousiasme et l’acclame l’Élu de la Providence.
Ainsi cette fois encore, les meneurs des sociétés secrètes, les assassins sans pitié qui ne reculent pas devant la mort de leurs concitoyens, de lèurs parents peut-être, pour atteindre le chef de l’État, ont manqué leur but suprême.
Ils ne recueillent qu’un châtiment mérité et l’exécration publique.
Ils veulent anéantir le premier Consul, ils préparent l’Empire et y rallient les convictions jusque-là indécises!...
Tel fut également le résultat véritable de la conjuration de Moreau, Pichegru, Georges Cadoudal et de leurs complices.
Si bien que cette dynastie napoléonnienne , qu’ils tentèrent d’anéantir dans le personne de son chef, remonta, éprouvée par les revers, sur ce trône de France que les factions n’ont pu abattre, malgré les efforts les plus grands et les plus odieux moyens.
Le 13 octobre 1809, comme les troupes défilaient devant Napoléon I", à Schœnnbrun, un étudiant, du nom de Stabs , âgé de 1 8 ans, fils d’un ministre protestant de Hambourg, s’approcha de l’Empereur. Celui-ci l’accueillit avec bonté ; cependant le général Rapp s’aperçut qu’il avait une arme cachée sous ses vêtements.
Il fut arrêté. On trouva sur lui un long couteau et un portrait.
Ramené devant l’Empereur, le jeune fanatique . avoua qu’il était venu pour l’assassiner. Napoléon
inclinait à le regarder comme fou ou malade : — Ni l’un ni l’autre! s’écria Stabs.
— « Monsieur se porte bien, dit le docteur Corvisart, qu’on consulta.
— « Je vous l’avais bien dit ! » reprit l’assassin. »
Napoléon, plein de pitié pour sa jeunesse, lui promit sa grâce s’il voulait renoncer à son projet détestable et dire qu’il se repentait de l’avoir conçu.
— « Je n’ai qu’un regret, dit Stabs , c’est de n’avoir pu réussir.
— Il paraît qu’un crime n’est rien pour vous? fit l’Empereur.
— Vous tuer n’est pas un crime ; c'est un devoir.
— Quel est ce portrait trouvé sur vous?
— • Celui de ma meilleure amie, de la fille adoptive de mon vertueux père.
— Quoi ! votre cœur est ouvert à des sentiments si doux, et en devenant un assassin, vous n’avez pas craint d’affliger, de perdre des êtres que vous aimez ?
— J’ai cédé à une voix plus forte que celle de ma tendresse.
— • Mais en me frappant au milieu de mon armée pouviez-vous échapper?
— Je suis en effet étonné d’exister encore.
— Celle que vous chérissez sera bien affligée.
— Elle sera bien affligée de ce que je n’ai pas ,
réussi ; elle vous hait autant que je vous hais moimême !
— Si je vous faisais grâce...
— Je ne vous tuerais pas moins !
Malgré ce fanatisme farouche , l’Empereur voulait faire grâce.
Mais Stabs, interrogé de nouveau, persista dans ses réponses implacables.
Il apprit, en arrivant sur le lieu de l’exécution , que la paix venait d’être signée ; il s’écria :
« Vive la liberté! vive l’Allemagne! »
Ce furent ses dernières paroles. Jusqu’au dernier moment, Napoléon penchait pour le pardon.
Napoléon I er tomba trahi, mais non vaincu.
Le régicide de ce monarque de génie ne fut pas un Français, mais un Anglais.
Mais nous avons nommé Hudson Lowe ; cet impitoyable geôlier fut l’agent d’une politique
que les Anglais qui sont doués du sentiment de la justice et de l’humanité, sont les premiers à flétrir.
Les hommes d’État de l’Angleterre qui, au lieu de lui accorder généreusement l’hospitalité qu’il leur demandait, l’ont attaché au rocher de Sainte-Hélène pour l’y faire lentement mourir, demeurent à jamais déshonorés au tribunal de la conscience publique et de l’histoire.
Après avoir protesté contre la violence qui lui était faite, l’illustre captif s’écria :
— « Autant aurait valu signer tout de suite mon arrêt de mort ! »
Ils l’assassinèrent en effet.
L’agonie de l’empereur à Sainte-Hélène, et l’abominable tyrannie qu’il eut à subir de la part de sir Hudson Lowe, sont les pages les plus attendrissantes et les plus tragiques de l’histoire de ce héros.
Mais ses tortures eurent bientôt un terme.
Dieu rappela enfin à lui le restaurateur de l’autorité en France (5 mai 1821).
Il avait tout pardonné.
Mais la haine qui lui avait donné le rocher de Sainte - Hélène pour Calvaire l’imposa longtemps à ses cendres pour tombeau.
Rien ne put changer la décision du congrès, « dont Hudson Loive prescrivit impérieusement l’exécution. »
Ce ne fut qu’en 1840 que ses cendres purent être ramenées dans sa patrie, où elles reposent sur les bords de la Seine, selon son désir suprême, sous le dôme des Invalides, au milieu des guerriers témoins de ses victoires, et de ce peuple français « qu’il a tant aimé. »
Le testament de Napoléon I" commence ainsi :
— « Je meurs dans la religion apostolique et romaine, dans le sein de laquelle je suis né, il y a plus de cinquante ans. »
Ni la philosophie, ni le protestantisme n’ont ici la victoire. Vainement chercheraient-ils à détourner les faits de l’histoire à leur profit. Napoléon I er ne leur appartient pas.
Il était catholique, il mourut tel.
— « Il mourut en vrai chrétien, l’esprit plein
de foi, le cœur en Dieu, et les lèvres sur l’hostie sainte ,
Sa mort fut chrétienne, c’est-à-dire sublime.
Comme martyr et comme chrétien* l’empereur Napoléon I er fut admirable à Sainte-Hélène.
N’oublions pas aussi qu’il avait, à plusieurs reprises, repoussé les tentatives des hérétiques qui cherchaient à le détacher de l’Église.
Mais, quoi qu’on dise, il n’appartient ni aux protestants, ni aux idéologues.
On en peut dire autant de sa famille. Son frère Louis, père de l’empereur Napoléon III, se signala particulièrement par sa piété. L’angé-
• Sentiment de Napoléon sur le Christianisme, par le chevalier de Beaulerne, »
lique Pie VII, qui lui conserva toujours une paternelle affection, lui écrivit pour lui offrir un asile :
« C’est avec une véritable satisfaction
que nous verrons un fils qui a donné tant de preuves de foi et d' attachement à l'Église, habiter la capitale du inonde chrétien. »