‹ Les regicides etude historiqueChapitre 19 sur 22 · LOUIS-PHILIPPE · texte numérisé non relu

LOUIS-PHILIPPE

Nous n’avons point ici à apprécier les actes politiques du règne de Louis-Philippe, mais à raconter par quelles trames ténébreuses les sociétés secrètes armèrent jusqu’à sept fois contre lui le bras des assassins, indépendamment des conspirations de toute espèce dirigées contre son gouvernement.

Sous la Restauration, une pensée régicide avait armé le bras de Louvel.

« Pierre-Louis Louvel, assassin de M. le duc de Berry, était né à Versailles le 7 octobre 1783. Son éducation fut ce qu’était alors l’éducation populaire; la religion n’éclaira point et ne guida nullement sa vie. 11 apprit l’état de sellier, et fit son tour de France, donnant les signes d’un esprit inquiet , jaloux et sombre. Il fut quelque temps soldat dans l’artillerie de la garde impériale; une infirmité l’obligea de quitter le service; mais son admiration pour Napoléon était exaltée, et l’invasion de la France par les armées de l’Europe, en 1813 et 1814, blessa son âme; la vue des Bourbons acheva de l’irriter. Il se mit à voyager, comme pour tromper sa colère; il semblait traîner une pensée de crime. Les événements de 1815 lui donnèrent une exaltation nouvelle. De Grenoble, il courut se jqindre à l’armée qui faisait de la marche de Napoléon sur Paris un vrai triomphe ; il fit la campagne de Flandre, revint avec les débris de l’armée, et la suivit au delà de la Loire; il était attaché aux équipages de l’empereur, qui furent envoyés à La Rochelle. C’est dans cette ville, dit l’instruction du procès, qu’il fit fabriquer l’instrument

qui devait servir à son dessein de meurtre.

Bientôt il rentra à Paris, et fut placé dans la sellerie du roi, par un de ses cousins, qui était maître sellier. Sa vie continua d’clrc taciturne et cachée ; il nourrissait dans la solitude sa pensée d’assassinat, et souvent il essaya, dit encore finstruc lion, de la mettre à exécution, soit aux chasses des princes, soit aux abords îles théâtres. Enfin, le 13 février 1820, l’occasion lui fut propice : il y avait une grande fête à l’Opéra ; Louvel soupçonna qu’elle attirerait le duc de Berry ; le prince s’y rendit en effet avec sa femme. Louvel était près de la voiture, lorsque le prince en descendit; le trouble l’empêcha de frapper, mais il entendit l’ordre du départ pour onze heures, et il eut le temps de raffermir son bras. A onze heures, le duc de Berry paraît, Louvel fend la foule, s’élance sur le prince, le frappe de son poignard, et se retourne pour s’enfuir par la rue Richelieu ; mais il ne tarda pas à être arrêté, et quelques heures après, le prince expirait entouré du roi, de son père le comte d’Artois, de sa femme éplorée et couverte de son sang, de son frère le duc d’Angoulêmc.

Louvel comparut devant la cour des pairs le o juin. 11 se déclara républicain c.va'lc. 11 avoua

le long dessein qu’il avait nourri d’assassiner d’abord le roi, puis le duc de Berry, « parce qu’il était la souche. »

L’appareil de la justice finit cependant par le troubler; une froide sueur dégouttait de son liront ; le crime pesait, au moment où approchait l’expiation.

Le 7 juin, on le conduisit à l’échafaud ; on fut obligé de le soutenir; les paroles du prêtre mouraient à son oreille; le malheureux périt sans avoir balbutié un regret ni une espérance. »

Le crime de Louvel était-il un acte isolé ?

Personne ne le pensa.

Ch. Nodier se fit lecho de l’opinion générale quand il s’écria : « Le poignard de Louvel est

une idée libérale ! »

En effet, les libéraux et les radicaux coalisés dans les sociétés secrètes conspiraient la chute du trône des Bourbons par tous les moyens possibles.

Plusieurs conspirations eurent lieu sous Louis- Philippe, au nom des impatients et des enflammés de divers partis.

Mais les tentatives régicides furent faites par des hommes appartenant exclusivement au parti républicain et aux sociétés secrètes organisées par ce parti.

L’assassin du 19 novembre 1832 ;

Fieschi et ses complices (28 juillet 1 835);

Alibaud et Meunier (23 juin et 27 décembre 1836);

Dormes (15 octobre 1840);

Etaient des républicains ;

Lecomte et Joseph Henri (16 avril et 29 juillet 1 846) étaient dignes de l’être.

Le duc de Reichstadt (Napoléon II) venait de

mourir on Autriche , et les Jacobins français , jugeant, pour jamais descendue avec lui dans la tombe la fortune de l’Empire , conspirèrent tle plus belle contre Louis-Philippe, qu’ils ne purent renverser que plusieurs années après.

Des complots contre l’État, nous n’avons pas à nous occuper ici.

La première tentative d’assassinat fut tentée sur Louis-Philippe, le 19 novembre 1832, jour de l’ouverture des chambres.

Un coup de pistolet fut tiré sur Louis-Philippe, au moment où il arrivait, à cheval, sur le Pont-

Roval.

Toutes les opinions honnêtes se réunirent pour réprouver le meurtre.

Mais chacun s’écria : — • « La vie de Louis- Philippe vient d’être menacée par une idée républicaine! »

Le roi ayant dit, en s’adressant à M. Dupin aîné, en parlant des Jacobins :

— « Eh bien ! ils ont donc tiré sur moi ! — Sire, répondit M. Dupin, jls ont tiré sur eux ! »

C’était vrai.

Quatre membres de la Société des Droits de V homme , les sieurs Bergeron , Benoist, Billard

et Giron furent arrêtés comme coupables de l’attentat.

Les deux premiers seuls comparurent en cour d’assises et furent acquittés.

Le parti révolutionnaire continua ses manœuvres criminelles.

Le 28 juillet 1835, comme Louis-Philippe passait une revue à l’occasion de l’anniversaire de la révolution de 1830, et qu’il arrivait devant le Jardin Turc, sur le boulevard du Temple, une détonation se fit entendre , et une affreuse scène de carnage eut lieu. Une machine infernale, dirigée contre Louis-Philippe, et qui avait été montée dans une maison du boulevard , n° 50 , en face le Jardin Turc, venait d’éclater et de frapper 42 personnes, dont 19 mortellement.

Louis-Philippe et ses fils étaient sains et saufs.

Parmi les morts, op comptait :

Le maréchal Mortier, duc de Trévise ;

Le marquis de Lâchasse de Yérigny, maréchal de camp ;

Le colonel Raffé ;

Le comte Oscar de Villatc , capitaine d’artillerie ;

Ricussac, lieutenant-colonel de la 8* légion de la garde nationale ;

Et puis des gardes nationaux , des ouvriers , des femmes, des enfants!...

Un homme blessé fut arrêté comme il cherchait à fuir la maison du crime.

C’était l’assassin. On constata qu’il se nommait Girard.

Ainsi, le résultat de la tentative infernale de Fieschi et de ses complices fut : 1° la mort de plusieurs citoyens ;

2° De graves blessures à un plus grand nombre ;

3° Un juste sentiment d'horreur pour les assassins et pour le parti chez lequel ils avaient puisé de semblables résolutions, aussi insensées que monstrueuses ;

4° Enfin, une réaction en faveur de la victime que leur odieux fanatisme avait choisie, et pour l’immolation de laquelle il n’avaient pas reculé devant une destruction générale.

Le parti républicain venait de nouveau de tirer sur lui-même.

La Cour des Pairs évoqua l’affaire.

L’accusé arrêté s’avoua coupable.

A cette question :

— « Seraientrce les républicains qui auraient fait le complot ? » il répondit :

• — • « Oui. »

Il déclara se nommer Jacques Girard, puis Joseph-François Girard , exercer la profession de mécanicien et demeurer boulevard du Temple , n° 50.

On avait trouvé, dans la chambre fatale d’où la machine infernale était partie , des quittances au nom de Girard.

Il dit encore qu’il avait été fanatisé par les publications politiques, que les journaux et autres

écrits républicains l’avaient excité au crime.

Du reste, il ajouta qu’il se repentait et qu’il était « lin malheureux , un misérable. »

On ne tarda pas à découvrir que son vrai nom était Joseph Fieschi et qu’il était né en Corse, d’une famille d’origine génoise, en 1790, d’un pcrc abitatici (nomade), qui s’était expatrié pour se soustraire à une peine infamante.

Quant à Joseph Fieschi, il avait été soldat, espion, voleur, faussaire (condamné comme tel à 10 ans de réclusion et à la surveillance de la haute police pendant toute sa vie ;) ouvrier en draps, de nouveau faussaire, garçon de bureau et porteur du journal républicain la Révolution ; de nouveau espion, garçon de moulin, etc., enfin conspirateur et assassin.

11 avoua qu’il avait pour complices, 1° l’épicier Pépin, âgé de 3o ans, membre de la Société des Droits de Vliomme et du citoyen , connu pour ses opinions républicaines et ses mauvaises mœurs; 2° Pierre Morey, bourrelier-sellier, autre républicain, âgé de 62 ans, failli, d’une moralité déplorable , décoré de juillet, arreté en 1816 comme prévenu du meurtre d’un soldat et de projets d’assassinats contre la famille royale. La prévention atteignit également Victor Boireau,

ouvrier ferblantier, âgé de 23 ans, sociétaire de la Société des Droits de l’homme , et Beschcr, âgé de 41 ans, inculpé de Y affaire d’avril.

M. le procureur-général Martin (du Nord) termina ainsi son réquisitoire.

— « Vous savez, Messieurs, quels sont peutêtre les résultats de l’attentat dont nous poursuivons les auteurs ; la sûreté du roi est compromise ; nos institutions et la monarchie ont été menacées d’un même désastre avec le roi et sa famille. Est-il bien vrai que tous les coupables soient sur ces bancs, et qu’il n’en existe pas d’autres ?

Loin de nous, Messieurs, la pensée d’émettre devant vous des paroles hasardées ! nous savons quels sont notre rôle et notre devoir; nous ne devons pas émettre légèrement une opinion sur une question si grave. Cependant nous sentons qu’iei, appelés à dire toute la vérité, nous devons faire connaître toutes les impressions que nous avons ressenties.

Nous déclarons donc qu’après avoir examiné l'affaire, après avoir lu avec la plus grande attention toute la procédure, après nous être pénétré des laits qui pouvaient eu résulter , nous ne croyons pas qu’aucun nom puisse cire l’objet d’une accusation. Mais ce que nous croyons établi et reconnu désormais, c’est qu’il y avait là des hommes qui, sans savoir le but qu’on se proposait, ou plutôt le moyen à l’aide duquel ce but devait être atteint, étaient disposés à en profiter comme d’une occasion favorable de troubler encore l’ordre qu’ils avaient déjà plus d’une fois attaqué sans succès.

Si nous examinons les faits révélés, nous reconnaissons que la Société (les Droits de l’homme était préparée à exploiter l’événement qui devait favoriser ses coupables tentatives !...

Comment en aurait-il été autrement ? Sans nous arrêter aux noms qui ont été prononcés dans cette cause , et qui peuvent bien avoir quelque célébrité, ne voyons-nous pas cette évasion de Sainte- Pélagie si extraordinaire, consommée quelques jours avant l’attentat? Eh quoi! ces hommes ont paru devant vous dans cet état permanent de révolte signalé par nous, et que toute la France avait déploré; ces hommes si fiers quand ils pa-

raissaient devant vous , quittent leur prison et vont chercher asile cher quelques-uns des accusés de ce procès. Quittent-ils la France ? On vous a dit que l’un des chefs était encore à Paris il y a quelques jours, bravant ainsi en quelque sorte la condamnation portée contre lui. On s’est même permis de vous dire qu’on venait, frappé qu’il était par une condamnation, remplir un mandat en son nom, et vous annoncer qu’il était encore à Paris.

Oui, il existait derrière les accusés des hommes prêts à profiter de l’événement : les documents du procès l’établissent, et il était de notre devoir de le déclarer.

Loin de nous la pensée de prétendre que nous puissions dès à présent établir une accusation directe contre aucune personne; mais qu’il y ait eu des hommes avertis qu’un attentat serait commis, qui aient jugé que le moment était venu de profiter de la mort du roi et du désordre qui devait en être la conséquence, c’est ce que les documents du procès démontrent, et c’est ce que nous dit notre profonde conviction. Nous ne voudrions pas sans doute qu’on pût croire que nos paroles s’adressent à tous les hommes dont l’opinion est contraire à la monarchie, et que nous confon-

(lions dans un même soupçon tous ecux qui appartiennent au parti républicain. Nous aimons à penser, au contraire, qu’il y a dans ce parti des hommes d’une conviction honorable, à sentiment généreux, entraînes peut-être par les circonstances, ou dominés par l’influence d’une position fausse, qui, à coup sûr, se seraient révoltes à la pensée d’un assassinat , et qui auraient préféré déserter leurs opinions plutôt que de recourir au plus lâche de tous les moyens.

11 y en aurait eu beaucoup, nous voulons le croire, nous en sommes sûr, qui auraient pensé comme l’un d’eux appelé devant la justice, lequel a déclaré franchement et loyalement que, s’il avait eu connaissance de quoi que ce fût relatif à l’attentat, il se fût empressé de le faire savoir à l’autorité.

Ainsi, après avoir rempli jusqu’au bout notre pénible mission, après avoir réuni et coordonné les éléments les plus importants de cette longue et douloureuse procédure, c’est un bonheur d’avoir à vous demander si l’avenir n’a pas pour nous de consolantes espérances, cl si de l’énormité même du crime et de ses déplorables résultats il ne sortira pas une grande et profitable leçon.

Quand l 'attentat dont nous venons , au nom de la société, vous demander réparation, vint à éclater au milieu de la joie de nos fêtes, un cri d’horreur universel s’éleva contre ses auteurs; en même temps la conscience publique se souleva avec indignation contre ces doctrines qui, après avoir ensanglanté nos rues de sacrilèges tentatives de révolte, avaient encouragé à la plus lâche et à la plus odieuse de toutes les entreprises.

Aujourd’hui que ces doctrines ont été, aux yeux de tous, poursuivies et démasquées, aujourd’hui que chacun a pu lire sur certaine bannière, comme mot de ralliement, l'assassinat à la suite de la révolte, qui donc en France oserait venir se presser autour d’un pareil étendard? Quelle main pourra jamais le relever? Oh ! di- - sons-le hautement pour l’honneur de la patrie, en France, un parti qui recourt à l’assassinat est un parti perdu, anéanti ; et si , ce qu’à Dieu ne plaise, nous pouvions nous tromper, s’il se trouvait encore des hommes capables de rêver un si grand crime , ce procès sera pour eux un enseignement salutaire. Comment former un complot avec plus de prudence et d’astuce ? Dans quels rangs' chercher une obscurité plus profonde ? à qui demander un séide plus énergique, plus dis-

crct que celui qui, selon l’expression d’un témoin, avait livré son nom et son corps; et cependant toutes leurs précautions ont été vaines, toute leur prévoyance a été déjouée; les coupables n’ont pu se dérober à la justice des hommes ; le pays vous la demande et l’attend de vous comme une expiation pour le passé, comme une garantie pour l’avenir. »

Le 15 février I83G, à 8 heures du soir, s’ouvrit la 1 T et dernière séance de ce procès.

Le Président de la Cour prononça l’arrêt suivant :

« La Cour des Pairs ,

' Vu, etc Ouï, etc

Et après en avoir délibéré :

En ce qui concerne Fieschi (Joseph) ,

Attendu qu’il est convaincu d’avoir, le 28 juillet dernier, commis, à l’aide d’explosion d’armes à feu, un attentat contre la personne et la vie du roi et de plusieurs membres de la famille royale ;

Qu’il s’est, en outre, par le meme aelc et avec préméditation et de guet-apens, rendu coupable : \ 0 D’homicide volontaire sur la personne du maréchal duc de Trévise, du général Lâchasse de Vérigny, du colonel Raffé , du comte Villate , du lieutenant-colonel Rieussec, des sieurs Léger, Ricard, Prudhomme, Benettet, Inglar, Ardouin, Labrousse, Leclerc; des dames Briosne, Ledernet, Langoray ; des demoiselles Remy et Alisson : 2° De tentative d’homicide volontaire sur la personne du général comte de Colbert, du général baron Braver, du général Pelet, du général Heymès, du général Blin , des sieurs Chamarante, Marion, Langoray, Chauvin , Royer, Vidal , Dolépine, Ledernct, Amaurv, Bonnet, Baraton , Roussel , Frachebond , de la veuve Ardouin , de la dame Lcdernet , de Mérv, et de la demoiselle François; ladite tentative ayant les caractères déterminés par l’article 2 du Code pénal ;

En ce qui touche :

Morey (Pierre),

Pépin (Pierre-Théodorc-Florentin) ;

Attendu qu’ils sont convaincus de s’être rendus complices des crimes ci-dessus spécifiés,

1 u En concertant et arrêtant entre eux, et avec l’auteur de l’attentat, la résolution de le commet-

trc, laquelle résolution a élé suivie d’actes commis pour en procurer l’exécution ;

2° En donnant des instructions pour commettre ledit attentat, en y provoquant par dons, machinations et artifices coupables, en procurant des armes et autres moyens avant servi à le coinmettre, sachant qu’ils devait y servir, et en ayant, avec connaissance, aidé et assisté l’auteur de l’action dans les faits qui l’ont préparée, facilitée et consommée.

En ce qui concerne :

Boireau (Victor) ,

Attendu qu’il est convaincu de s’etre rendu complice des mêmes crimes, en ayant, avec connaissance, aidé et assisté de l’auteur de l’action dans les faits qui l’ont préparée et facilitée;

En ce qui concerne Bcsclier (Tell), attendu qu’il ne résulte des débats aucune charge qui établisse qu’il se soit rendu coupable comme auteur ou comme complice des crimes ci-dessus qualifiés,

Déclare Bescher (Tell) acquitté de l’accusation portée contre lui.

Ordonne qu’il sera mis sur-le-champ en liberté s’il n’est retenu pour autre cause;

Déclare Fiesehi (Joseph) coupable :

1° D'attentat contre la personne et la vie du roi et contre celle de plusieurs membres de la famille royale ;

2° D'homicide volontaire commis avec préméditation et guet-apens sur la personne du maréchal duc de Trévise, du général Lâchasse de Yérigny, du colonel Ralïé, du comte Yillatte, du lieutenant-colonel Rieuscc, des sieurs Léger, Ricard, Prudhommc, Benettet, Inglar, Ardoin, Labrousse, Leclerc ; des dames Briosne, Ledernet, Langoray, des demoiselles Rcmv et Alisson;

3° De tentative d’homicide volontaire sur la personne du général baron Brayer, du général comte de Colbert, du général Pelet, du général Heymès, du général Blin, des sieurs Chamaran te, Marion, Langoray, Chauvin, Royer, Vidal, Delépine, Ledernet, Amaury, Bonnet, Baraton, Roussel, Frachebond, de la veuve Ardoin, de la dame Ledernet, de Méry, et de la demoiselle François ; ladite tentative ayant les caractères déterminés par l’article 2 du Code pénal ;

Déclare Morey (Pierre) et Pépin (Pierre-Théodore-Florentin) coupables de complicité des mêmes crimes, lesdits crimes prévus par les articles 86, paragraphes 1 et 2, 88, 295, 296 et 302 du Code pénal,

Vu les art. 7, 12, 13, 20, 28, 29, 36 et 47 du Code pénal,

Condamne Joseph Ficschi à la peine du parricide ;

Ordonne qu’il sera conduit sur le lieu de l’exécution en chemise, nu-pieds et la tète couverte d’un voile noir, qu’il sera exposé sur l’échafaud pendant que l’huissier fera au peuple lecture de l’arrêt de condamnation, et qu’il sera immédiatement exécuté à mort ;

Condamne Pierre Morcy et Pierre-Théodore- Florentin Pépin à la peine de mort ;

Condamne Victor Boireau à la peine de vingt ans de détention ;

Condamne Fieschi, Morey, Pépin et Boireau solidairement aux frais du procès, desquels frais la liquidation sera faite conformément à la loi, tant pour la portion qui doit être supportée par les condamnés que pour celle qui doit demeurer à la charge de l’État ;

Ordonne, conformément à l’article 47 du Code pénal, qu’après l’expiration de sa peine, Boireau sera pendant toute sa vie sous la surveillance de la haute police ;

Ordonne que le présent arrêt sera exécuté à la diligence du procureur général du roi, imprimé,

publié et affiché partout où besoin sera ; et qu’il sera lu et notifié aux accusés par le greffier en chef de la Cour.

Fait et prononce le lundi 15 février 1836, à l’audience publique de la Cour. »

Louis-Philippe, écrivit en marge du rapport du conseil des ministres, sur l’exécution de cet arrêt, l’annotation suivante :

« Ce n’est que le sentiment d’un grand devoir qui me détermine à donner une approbation, qui est un des actes des plus pénibles de ma vie ; seu* lement j’entends qu’en considération de la franchise des aveux de Fieschi et de sa conduite pendant le procès, il lui soit fait remise de la partie accessoire de la peine, et je regrette profondément que plus ne me soit pas permis par ma conscience. »

Cet horrible complot eut le sort de tous les crimes politiques ; il alla contre son but.

' Telle est la moralité saisissante de ces tragédies sanglantes.

En criant qu’on relevait l’échafaud politique, la faction républicaine avoua sa complicité avec les assassins.

Vaincue et déshonorée, cette faction n’était pas désarmée.

Le 25 juin f 83G, à six heures et demie du soir, comme la voiture de Louis-Philippe, se rendant à Neuilly, tournait le guichet du pont Royal , un fusil-canne fut déchargé sur lui au moment où il se penchait pour saluer la garde.

La bourre resta dans ses cheveux , mais il ne fut point blessé.

L’assassin fut immédiatement arrêté.

Il avoua appartenir au parti républicain , et se nommer Louis Alibaud.

C’était un déclassé, aigri par la misère , con-

séquence de sa paresse, et fanatisé par les publications démocratiques.

Il était venu de Perpignan à Paris tout exprès pour immoler Louis-Philippe. — • « Je suis républicain, dit-il d’un air sombre ; je ne mendie pas mon pain, mais celui qui m’empêche d'en gagner, je le lue ! »

Personne ne crut que Louis-Philippe ait empêché ce misérable de gagner son pain ; mais les journaux républicains le posèrent en héros de la cause du peuple.

La vérité est que le peuple n’avait rien de commun avec cet ignoble scélérat.

— « C’est le roi qui est l’auteur de mon crime, dit-il avec impudence ; c’est lui qui a fait de moi un assassin. »

Il s’était procuré l’arme régicide par une escroquerie, chez l’armurier Devisme , par lequel il se la fit confier comme commis-voyageur , et auquel il déclara ensuite l’avoir perdue. Vol et mensonge , • — les voilà !

L’acte d’accusation s’exprimait ainsi :

— « Les institutions humaines n’ont d’influence que sur l’avenir , et il ne leur est pas toujours donné de rétroagir sur le passé.

Il pouvait donc se rencontrer une de ces orga-

is.

nisa lions à part qui , par une sorte d’anomalie , réunît en elle toutes les conditions nécessaires pour un crime dont la cause n’existe plus aujourd’hui : des idées démagogiques avec des inclinations basses et perverses , la misère et le découragement , la cupidité et la paresse , l’ignorance et la vanité , le désir immodéré de parvenir avec l’inhabileté à tout. »

Traduit devant la cour des Pairs , Alibaud nia avoir des complices et dit : — « Le règne du roi est un règne de sang, un règne infâme; j’ai voulu le tuer ! Un conspirateur réussit ou meurt. Moi , réussissant ou non , la mort était mon partage... J’avais, à l’égard de Louis-Philippe, le droit dont usa Brutus contre César. Le régicide est le droit de l’homme, qui ne peut obtenir justice que par ses mains. »

On voit qu’ Alibaud connaissait l’argot républicain , et qu’il avait puisé ses sentiments dans les enseignements les plus abominables de la presse jacobine.

Il était impossible de maintenir la parole à ce phraseur sanguinaire qui , au lieu de se repentir de son forfait, faisait publiquement l’apologie du régicide. Le président de la cour imposa silence à ses blasphèmes.

Il fut condamné à mort.

Personne ne s’émut de ce procès; mais la presse républicaine ne perdit pas cette occasion de passionner les esprits. Armand Carrel rappela à cette occasion cette parole imprudente de M. Thiers, dans son Histoire de la Révolution Française ( récit du 1 8 brumaire ) :

• — • « Des républicains qui croyaient voir un nouveau César pouvaient s’armer du fer de Brutus sans être des assassins ; il y a une grande faiblesse à les en justifier. »

Ce sont ces encouragements de la presse qui firent dire à Alibaud sur la guillotine :

— « Je meurs pour la liberté. »

Les concessions n’attendrissent pas les natures

perverses; elles les encouragent, au contraire, et ils taxent la générosité de marque de faiblesse et de lâcheté.

A peine sut-on que le ministère Mole voulait faire rendre une ordonnance d’amnistie politique, qu’un nouvel attentat fut dirigé sur la personne de Louis-Philippe par un républicain du nom de Meunier (27 décembre 1 83G).

Louis-Philippe n’avait point été atteint.

Cette persistante contagion du régicide prouvait assez combien la clémence était impuissante à désarmer les assassins jacobins.

Cependant Louis-Philippe gracia Meunier, qui avait été condamné à la peine de mort par la Cour des Pairs, et il gracia avec lui tous les condamnés politiques.

Le parti républicain ne s’en montra que plus ardent dans ses luttes.

Le 8 décembre 1839, une société secrète fut découverte, composée de républicains, qui, à l’aide d’une machine infernale, avaient comploté de renouveler l’attentat de Fieschi.

La Cour d’assises condamna Louis Hubert à la déportation, ses complices à plusieurs années d’emprisonnement.

Parmi ces derniers se trouvait une femme.

d’un républicanisme exalté, M llc Laure Grouvelle, qui se plaisait à entourer d’ornements funéraires la tombe d’Alibaud...

Éclata ensuite l’insurrection républicaine du 12 mai 1839.

Après la commutation de la peine de mort prononcée contre Barbés et Blanqui, chefs de la société secrète qui avait ensanglanté Paris, les passions démagogiques continuèrent à conspirer dans l’ombre.

Le 1 5 octobre 1 840, un nouveau régicide surgit, qui tire sur Louis-Philippe un coup de feu au moment où sa voiture tourne l’angle du jardin des Tuileries, devant le poste du Lion.

Personne n’avait été atteint; l’assassin seul s’était mutilé la main gauche ; sa carabine avait éclaté.

C’était un frotteur, nommé Darmès, âgé de 43 ans, né à Marseille, républicain exalté.

Il fut arrête sur-le-champ.

Voici son premier interrogaloire.

— « Votre profession ?

— Conspirateur !

— Mais ce n’est pas une profession.

— Eh bien ! notez que je vis de mon travail.

— Qui a pu vous pousser à commettre un crime aussi odieux ? Avez-vous des complices ?

— Je suis le seul complice. J’ai voulu tuer le plus grand tyran des temps anciens et modernes, qui ait jamais existé.

— Ne vous repentez-vous pas maintenant d’avoir conçu et exécuté une aussi abominable tentative?

— • Je ne me repens que de n'avoir pas réussi !

Je le tenais pourtant bien; j’étais sûr démon coup; si la carabine ne s’était pas brisée... je l’avais trop chargée : cinq balles huit che-

vrotines. »

Ce n’était pas là un cojnplot isolé, mais bien

l’œuvre des sociétés secrètes, dont la fureur n’a pas de bornes.

C’était aussi l’œuvre des écrivains radicaux, le post-scriptum de leurs libelles, le commentaire de leurs doctrines.

Darmès, condamné à mort par la Cour des Pairs, fut exécuté le 31 mai 1841.

Les régicides n’étaient point découragés :

Le 16 avril 1846, deux coups de fusil furent tirés sur le char à bancs de Louis-Philippe, dans la forêt de Fontainebleau.

Louis-Philippe était avec son épouse et plusieurs princes et princesses de sa famille : personne ne fut atteint.

Lecomte, l’assassin, était un ancien garde des forêts de la commune.

Il n’y a pas de crime privé contre les souverains, c’est pourquoi cet attentat est compté par l’histoire parmi les crimes politiques.

Si l’attentat de Lecomte ne fut que le fait d’un homme, les inspirations lui étaient venues du parti révolutionnaire et régicide.

Lecomte subit la peine des parricides.

A quelque temps de là, le 29 juillet 1846, au moment où Louis-Philippe se produisait au balcon des Tuileries, à l’occasion des fêtes commémoratives de la révolution de 1830, un fabricant d’objets en acier poli, du nom de Joseph Henri, tira deux coups de pistolet sur Louis- Philippe, sans l’atteindre.

La Cour des Pairs ne le condamna qu’aux travaux forcés à perpétuité ;

La République de 1848 le rendit à la liberté avec toutes sortes d’honneurs !.....

Louis-Philippe , roi des barricades , était

tombé par les barricades !

L’orgie de février commença.

Une poignée d’hommes s’étaient nommés gouvernement provisoire et s’étaient permis de proclamer la république sans consulter la nation et sans égard pour ses instincts, ses goûts, ses intérêts, ses convictions et ses traditions monarchiques.

Le prince Louis-Napoléon Bonaparte, héritier de Napoléon I er , fut élu par le peuple, président de cette république, et, comme autrefois son oncle, sauva la France de l’anarchie, et devenu empereur par les suffrages libres du Peuple, la plaça aussi haut que possible dans l’estime des nations.

Ce que l’empereur Napoléon III a fait et ce qu’il fait tous les jours de grand, chacun le sait; tous le voient.

Napoléon III est de ces hommes que la Providence charge du salut des sociétés qui penchent

vers leur déclin, quand elle ne veut pas quelles périssent.

Tel fut aussi Napoléon I er .

11 y a là une mystérieuse prédestination.

Aussi 8 millions de suffrages ont sanctionné le coup d’État de 1 852 et absous Louis-Napoléon d’avoir sauvé la patrie !...

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