‹ Les régimes légaux des coopératives en TransylvanieChapitre 15 sur 64 · livre I, chap. I-TIT · texte numérisé non relu

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Dans l'esprit de ces peuples, la vieille indépendance de quelques siècles, la vie de la principauté libre, après que la Transylvanie par de longues guerres avec les Turcs fut séparée de la Hongrie, et jusqu’à la réunion de 1848, puis de 1868, ces temps ont fait naître une tradition, une conscience de la personnalité transylvaine (155), un sentiment, dans lequel les trois peuples se rapprochent, dans lequel ils s’unissent et sont destinés à adopter les nouveaux sentiments des temps modernes qui visent le bien-être des peuples dans l'avenir.

La Transylvanie, qui faisait ainsi partie de l’ancienne Hongrie, ou plus exactement de l’Autriche-Hongrie, après le grand revirement de l’histoire qui a suivi la guerre mondiale, conformément aux articles 27 et 45 du traité de paix de Trianon, ainsi que les autres régions, soit en tout un territoire de 101.932 km2, avec 5.208.345 habitants, a été annexé à la Roumanie. (156)

Le changement brusque, l'adaptation à la situation nouvelle n'a pas été sans difficultés, et les grandes transformations se faisaient sentir surtout sur le terrain économique. L'adaptation fut aggravée encore par la réforme agraire, qui a changé complètement la vie agraire de la Transylvanie.

En Transylvanie, il y a un équilibre constant entre les activités économiques; l’agriculture, l’industrie et le commerce se divisent conformément aux besoins de ces peuples, mais la vie agraire joue un rôle primordial. C’est la base de la vie économique ; 24,6% de la totalité du territoire sont des terres arables, soit 2.539.165 hectares; et 3.800.000 habitants s'occupent de agriculture, soit 72,9% de la population. Dans la vie agraire, la réforme introduite après la guerre provoquait de nouvelles conditions.

En Transylvanie, la réforme agraire fut commencée par l'exécution du décret-loi n° 3911 de 1919, mais les mesures défi-

(155) Dr L. Gyürgy : La vie intellectuelle des Hongrois de Transylvanie, Paris, 1998.

(156) La nouvelle Roumanie s'étend plus loin que la Transylvanie historique, plus loin que les montagnes du Bihar; elle s'étend jusqu’au bassin de la plaine hongroise; elle comprend au nord la Maramures, au sud le Banat, régions qui ne sont en réalité qu’un glacis de la citadelle transylvaine, mais qui par leur développement économique forment une unité — raison pour laquelle elles sont associées sous la même dénomination.

nitives qui ont abouti au régime actuel furent édictées par la loi du 30 juillet 1921.

Les causes qui ont imposé la réforme agraire en Transylvanie sont les simples conséquences de la réforme générale du pays entier. À ce moment, en Transylvanie, la répartition de la propriété foncière a été certainement meilleure que celle de l'ancien royaume, parce que la petite propriété, au-dessou de 5 arpents (1 arpent—5.755 m?), représentait dans la totalité de la terre arable, 6,3%: la propriété entre 5 et 100 arpents, 48,4% ; la grande propriété, entre 100 et 500 arpents, 14,3%; et au-dessus de 500 arpents, 31,2% (157). Ainsi, la nécessité ne fut pas aussi pressante que de l’autre côté des Carpathes. Même les conditions du travail agricole, les méthodes de culture, la structure entière de la vie agraire, par son développement juridique, social et politique, présentaient certaines différentes avec les conditions] des régions dans lesquelles la Transylvanie fut placée. (158)

Conformément à la loi concernant la Transylvanie, furent expropriées en totalité toutes les propriétés appartenant aux personnes morales, institutions de bienfaisance, corporations, les propriétés des étrangers et des absentistes. Furent également expropriés, à raison de 100%, tous les domaines particuliers qui dépassent 30 arpents de superficie et qui avaient été affermés, entre 1904 et 1918, pour une période de plus de dix ans.

Le minimum intangible de la propriété privée fut fixé à une étendue qui variait entre 50 arpents dans la montagne et un maximum de 500 arpents dans la plaine.

Le lot type des « impropriés » fut établi entre 5 et 7 arpents. On attribua la terre d’après l’ordre de préférence suivant : à ceux qui n'avaient rien, on accorda une étendue égale au lot type; on complétait jusqu’à concurrence de 5 arpents le lot de ceux qui possédaient une étendue de terre inférieure au lot type. Le lot de ceux qui furent nouvellement colonisés par l'Etat roumain fut fixé à 16 arpents.

(157) L. Lazar: La mise en œuvre de la réforme agraire en Roumanie. (Thèse, Paris, 1924, page 50.)

(158) Dr Bernat: La politique agraire des Etats balkaniques. (Magyar Gazdak Szemléje, n° 3, 1933, p. 140.)

La détermination du prix du terrain exproprié fut effectuée de la même manière que pour l’ancien royaume, mais les prix de base furent ceux pratiqués en 1913; ceci et les conditions de payement, comme l’exécution de ces dernières dispositions, provoquèrent de nombreuses discussions passionnées qui arrivèrent devant la Justice internationale et le Conseil de la Société des Nations; les décisions rendues furent assez lamentables. (15°)

Par la réforme agraire appliquée en Transylvanie, on a distribué au total 900.268 arpents de terres arables, 1.327.639 arpents de forêts, 733.039 arpents de pâturages, 12.239 arpents de terres à bâtir.

Les bénéficiaires de. ces mesures ont été, en dehors des personnes morales (l'Etat, communes, etc.), 177.113 paysans roumains, 64.173 paysans hongrois et 20.945 paysans allemands.

Après la réforme agraire, la répartition de la propriété se présente ainsi: pour la petite propriété, 49,34%; la moyenne, 25%, et la grande propriété, 21,66%. (160)

Les conséquences de la réforme agraire en Transylvanie furent identiques à celles de toute la Roumanie; mais les résultats défavorables ici ne se manifestent que plus tard, par rapport aux autres régions. Pour une grande partie, ce fait est dû à la répartition plus complète, plus variable, des richesses naturelles, par conséquent à une plus grande harmonie de la vie économique, qui équilibrait le défaut de la production agricole en Transylvanie. Tandis que, dans les autres régions de la Roumanie, l’agriculture est prépondérante, en Transylvanie, cette importance est diminuée par les autres richesses de la nature, qui contribuent en grande partie à la complexité de la vie économique transylvaine.

La superficie boisée de la Transylvanie est de 3.372.992 hectares, soit 35,5% du territoire total de la Transylvanie, et elle représente les 56,2% de l’ensemble de la richesse forestière de la Roumanie. (161)

(159) La Réforme agraire roumaine en Transylvanie (Editions Internationales, Paris, 1928, p. 233 et suiv.)

(160) J. Bercariu: La réforme agraire en Roumanie. (Thèse, Dijon, 1928, p, 62.)

(161) M. Mosandreï: La coopération forestière en Roumanie. (Thèse, Paris, 1926,

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Les produits du sous-sol, aussi abondants que variés, forment la plus grande richesse de la Transylvanie et assurent un terrain très favorable pour le développement de l’industrie.

Les richesses des gisements de houille de la Transylvanie représentent, dans l’ensemble de la production du pays, plus des 4/5, — 84,75%. Les réserves de la région Anina-Steierdorf-Resita sont évaluées à 26.190.090 tonnes: cependant, la zone Petrosani- Lupeni-Vulcana possède 1.700 millions de tonnes dans ses réserves. (162)

Les gaz naturels constituent une importante ressource pour la Transylvanie, par leur abondance, leurs multiples emplois dans l’industrie chimique et surtout leur utilisation comme source d'énergie. L’étendue des terrains d’où se dégage le gaz est calculé à 10.000 km?, dont le seul propriétaire est l'Etat, tandis que sa qualité fut constatée comme supérieure à celle de tous les autres gaz similaires, par la propreté et sa haute teneur en méthane, 97-99,25% ; les gaz du Pays de Galles, qui peuvent lui être comparés, ne contiennent que 80 à 98%, et ceux des Etats-Unis, 54 à 99% seulement (163). La valeur calorifique des sources de gaz de la Transylvanie équivaut au double de la valeur de la production du charbon et de la lignite extraits pendant le même temps dans la totalité de la Roumanie entière.

Nous laissons de côté l’importance considérable du gaz méthane au point de vue du développement de l’industrie chimique, et en limitant son emploi seulement comme combustible et moyen d'éclairage, on peut concevoir la grande influence qu’il exerce et sera susceptible d’exercer à l’avenir sur la marche de l’industrie de ces régions. Son emploi, comme matière combustible, représente une économie appréciable, qui peut diminuer le prix de revient des matières fabriquées considérablement. (164)

Parmi les minéraux renfermés dans le sol de la Transylvanie, la bauxite tient, par son abondance, la première place. Des gise-

(162) La production de ces dernières régions fut, en 1929, de 3.046.027 tonnes; le maximum fut atteint en 1927, avec 3.223.468 tonnes.

(163) Les forces économiques de la Roumanie. (Bucarest, 1928, p. 56.)

(164) En 1929, la consommation du gaz comme combustible fut de 806.598.904 mètres cubes.

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ments considérables ont été découverts en 1905, dans le département de Bihar. Son contenu d’aluminium est de 57 à 70% et les terrains mesurés s'étendent sur 600 km? (165); ses ressources sont les plus considérables du monde (166) ; Etant donné l’emploi accru de l’aluminium dans l’industrie moderne, il est aisé de se faire une idée de l’importance de cette ressource dans l’économie transylvaine et du développement auquel est appelé le centre industriel de Bihar.

Les minerais de fer se trouvent répartis entre cinq bassins principaux en Transylvanie. La contenance du fer des limonit et siderit de ses gisements varie entre 37 et 58% de fer. (167)

L'or et l'argent sont extraits dans les monts du Bihar, depuis l'époque romaine. Dans la vallée de Rosia, on trouve de l’or à l’état natif. Ce sont les Motzi qui font le métier de chercheurs de l’or par une exploitation primitive et familiale des plus curieuses, mais qui, malgré la richesse du minerai, — par une ironie du sort — sont les plus pauvres gens entre les montagnards roumains. (168)

Les quatre plus grands gisements salins du bassin Transylvain, après les constatations des spécialistes, pourraient alimenter les trois quarts des besoins de l’Europe.

Une de ses richesses, et non des moins importantes, est constituée par les sources d’eaux minérales, avec une variété de composition chimique particulière. Maïs ces sources, ces stations thermales, faute de capitaux et surtout faute d’une propagande, ne sont pas connues à l’étranger, et les stations climatériques, les villes d'eaux, malgré leurs situation pittoresques, — sont encore privées de visiteurs.

Enfin, la Transylvanie n'avait pas encore son Français A. BERGËS; la houille blanche n’est pas encore exploitée dans la

(163) Les forces économiques de la Roumanie (Bucarest, 1930, p. 61).

(166) A. Iancolesco: La Roumanie nouvelle et sa richesse minière. (Thèse, Paris, 1998, p. 250.)

(167) Ing. G. Gane: La richesse industrielle de la Roumanie et son industrialisation. (Correspondance économique roumaine, n° 3, 1924, p. 24.)

(168) La production des extracteurs de l'Etat, en 1929, fut de 2.218 kg. pour l'or et de 2.822 kg. pour l'argent.

(M. Teodoresco : La production minière de la Roumanie dans les deux dernières années, — Corresp. économique roumaine, n° 6, 1933, p. 23)

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mesure où les chutes d’eau le permettraient; ces chutes d’eau présentent des énergies inépuisables pour l’industrie transylvaine de l’avenir. La Transylvanie se développera sur la base de ses richesses du sol, du sous-sol; c’est le chemin de l’avenir qu’elle doit suivre, au lieu d’être toujours préoccupée de la seule activité économique connue aujourd’hui, — à savoir seulement de l’agriculture, de la vie agraire. :

De nos jours, ce sont encore les besoins des agriculteurs, la capacité d'achat des agriculteurs qui déterminent la vie économique en Transylvanie. Dans le passé, cette subordination des autres activités économiques à l’agriculture était plus accentuée encore. C’est alors que la politique agraire prenait toujours soin d'améliorer la situation des agriculteurs, pour atteindre ainsi le développement de l’ensemble de la vie économiqu transylvaine.

Cette politique agraire visait l’élimination des difficultés des agriculteurs’ parmi lesquelles figurait toujours la question du financement de la production de l’agriculture. Cette question devenait souvent aiguë en Transylvanie, qui en pressait la solution. Cette recherche d’une solution conduisait les peuples qui vivaient ensemble sur ce territoire à une nouvelle idée qui donna naissance au mouvement coopératif en Transylvanie.

L'idée coopératiste est propre à l’âme transylvaine, qui, de bonne heure, avait besoin de l’aide de soi-même, et qui avait le devoir de l’entr’aide à laquelle elle fut prédestinée pendant les siècles de son histoire.

La forme primitive de la coopération se manifeste depuis des siècles chez les Transylvains; sa forme moderne s’introduisit récemment en créant le mouvement coopératif distinct des trois peuples transylvains, maïs qui suit le même but, — créer le bienêtre de ces peuples et le progrès de la Transylvanie.

Les premières manifestations de l’idée de la coopération dans ses formes primitives, chez le peuple hongrois transylvain, sont liées à son occupation, — à l’agriculture.

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