‹ Les régimes légaux des coopératives en TransylvanieChapitre 16 sur 64 · EVA · texte numérisé non relu

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Les paysans libres avaient toujours l’habitude de s'associer temporairement pour exécuter en commun les grands travaux de l’année et formaient des communautés de laboureurs, de moissonneurs, travaillant leurs propriétés dans une suite établie par le tirage au sort.

En Transylvanie, comme dans toute la Hongrie, jusqu’au milieu du siècle dernier, régnait la féodalité. Le droit de propriété de la terre formait le privilège des seigneurs. C’est la révolution de 1848 qui abolit le servage à la fois en Hongrie et en Transylvanie, alors que la loi IX de 1848 reconnaissait le droit de propriété à la terre pour les paysans qui en avaient la jouissance; cependant, les autres terres sont restées la propriété des anciens féodaux. Ces propriétés formaient alors la propriété moyenne et la grande propriété. Le droit des serfs émancipés à la forêt et au pâturage, — parce que le morcellement, l’exploitation individuelle de ces propriétés semblait impossible, — donna lieu aux exploitations communes de ces propriétés (küzbirtokossag), tandis que dans les villages des Sicules, qui ont vécu toujours libres, cette forme de la propriété commune fut étendue sur les anciennes propriétés militaires. (169)

La transformation des grandes propriétés et la formation des petites propriétés demandaient des capitaux pour les investissements agricoles; par suite, les capitaux à prêter devenaient rares, — l'intérêt très élevé. C’est la charge de ces dettes qui aggravait la situation des cultivateurs, et la principale occupation devenait, pendant toute la deuxième moitié du siècle dernier, de chercher la solution de la question du crédit agricole.

Les paysans se sont aperçus de bonne heure, par eux-mêmes, qu’ils ne peuvent défendre leurs intérêts matériels qu’en s’aidant les uns les autres. C’est la nécessité qui donna naissance aux premières associations, sortes de sociétés de secours mutuels. La première de ces associations fut créée à Marosvasarhely, en

(169) Les Sicules ou Szeklers sont les descendants des anciennes colonies militaires qui ont veillé sur la Hongrie pendant les longs siècles, contre les invasions orientales. Ils forment aujourd’hui une partie considérable de la population hongroise et ils habitent l'angle sud-est de la Transylvanie, formant un territoire ethnique propre dans les départements de Osik, Haromszék, Udvarhely et Maros-Torda (Székelyfôld).

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1840, dans le but de supporter en commun les dommages éventuels causés par l’incendie (170), sous l'initiative d’un jeune ingénieur SoFALvy Joseph. Cette association, qui avait déjà un certain caractère coopératiste moderne (171), fut suivie, en 1843, par une deuxième association semblable (172), et jusqu’à la révolution de 1848, encore de six associations.

Après l’abolition de la féodalité, alors que les paysans furent pressurés par les usuriers, — l’occupation principale de ces associations fut la question du crédit. En 1855, on formait à Kolozsvar la Caisse de Secours (173), mais la permission de libre fonctionnement, de la part du gouvernement autrichien, ne fut accordée qu’en 1858. Cette institution, dans ses statuts, élaborés d’après les modèles des coopératives autrichiennes, adoptait les nouveaux principes propagés en Allemagne par SCHULTZE- Derrrscx (174). L'exemple fut suivi, en 1865, à Torda, en 1866 à Kézdivasarhely et après à Brasso, à Magyarlapos, à Marosludas, où furent formées les premières coopératives de crédit; leur nombre, sur le territoire de la Transylvanie, peu après que la première loi hongroise sur les coopératives comprise dans le Code de Commerce fut votée, s’élevait, à la fin de l’année 1881, à

Mais leur activité, à cause de l’insuffisance des moyens, l’imperfection de leur organisation, resta faible; elles ne purent point mettre fin à l’usure qui exploitait la population rurale besogneuse, qui versait des intérêts s’élevant souvent jusqu’à 360 % (175), plaçant dans une triste situation, non seulement le paysan, mais encore les grands propriétaires.

L'Etat hongrois a reconnu de bonne heure la conséquence désastreuse de cet état de choses, maïs ses nombreuses charges ne lui permettaient pas de donner de solution satisfaisante. C’est ainsi que ni le Crédit Foncier fondé dans l’année de famine 1863,

(170) Marosszéki Kôlesônôs Tüzkarmentesitô Tarsasag.

(171) Felszeghy F.: Biztositas szôvetkezés utjan. (Budapest, 1894, p. 9 et suiv.) (172) Erdélyi Jégbiztositasi Tarsasag.

(173) Kolozsvari Kisegito Pénztar.

(174) Kôvary L.: À kolozsvari kisegitô takarékpénztar elsô 25 éve. Kolozsvar 1883. (175) Le journal de Kolozsvar, « Kelet », 14 octobre 1879.

ni l’autre fondation de l'Etat, l’Institut de Crédit des petits propriétaires, en 1879, n’ont pas pu faire face aux besoins (176). Pour chercher une autre solution, l'Association des Agriculteurs hongrois posa la question au Congrès de Budapest, en 1885. C’est ici que quelques personnalités marquantes du monde agricole, — peu nombreuses, mais décidées, — cherchent à sauver la population rurale. Parmi elles, l’apôtre du peuple, qui a compris le plus profondément la souffrance du paysan, était le comte Alexandre KaroLyi. Les années passées en France, l'exemple de LE PraAYy, les œuvres sociales de l'Occident marquèrent dans son esprit. C’est lui qui proposa devant le congrès l’organisation des coopératives de crédit comme mesure de la solution de la question grave des villages.

Sa proposition fut acceptée et, en 1886, se créa la Coopérative de Crédit du département de Pest, autour de laquelle s’unirent les coopératives de la région, et qui commença la propagation du mouvement dans tout le pays. En Transylvanie, après quelques essais de création de banques rurales, arrivait la propagande en faveur de la coopération. La Société d’Encouragement de la Civilisation Hongroise (E.M.K.E.), créée en 1885, à Kolozsvar, sur la proposition de Jules HoRvATH, se mit à propager la formation des coopératives (177) et fit envoyer dans 300 villages les renseignements pratiques, les status types pour la création des coopératives de crédit. (178) (179)

Sous cette impulsion, le prêtre Géza FüLôP créa, au mois d'octobre 1888, la Coopérative de Crédit à Szaszvaros, d’après le système Schultze-Delitsch.

(176) Gyôrgy Endre: A kisbirtok hitel hianyai. Budapest, 1885.

DT Vargha Gyula: A magyar hitelügy és hitelintézetek tôrténete. — L'histoire de la question du crédit et les institutoins de crédit en Hongrie (Budapest, 1896).

(177) Les procès-verbaux du conseil dirigeant de la société des 12 janvier 1887, 31 mars 1888, 12 février 1891.

(178) En 1886, le sous-président, Dr Charle Haller, posa la question de la création des coopératives même par la Société, d’une part « pour l’aide des membres » et d’autre part « pour protéger la proprété hongroise » (proposition à la commission ad hoc du 11 décembre 1886) ; mais, parce que la majorité des membres n’avait aucun sentiment de sympathie envers le peuple, la proposition échoua; cependant le Comité économique ne cessa pas de continuer la propagande commencée.

(179) Az EMKE megalakulasa és negyedszazadas mükôdése, 1885-1910. — La fondation et l’œuvre des vingt-cinq années de la Société d’Encouragement de la Civilisation Hongroise en Transylvanie. (Kolozsvar, 1910, p. 386)

La même année, à l'exemple de la Coopérative de crédit du département de Pest, se formait une semblable institution dans le département d’Arad, avec 18 sociétés affiliées.

En 1891, le comte KaroLv1 se rendit personnellement, avec ses deux collaborateurs, le D: J oseph Hayos et Andrei GYôrGy, en Transylvanie, pour propager la coopération. Le résultat ne manqua pas de se produire : dans un seul département, celui de Maros-Torda, se formaient 10 sociétés coopératives. (180)

Dès ce moment, le mouvement s’étendit à toute la Hongrie. En 1894, alors que fonctionnaient déjà 788 coopérative, la Coopérative de Crédit du département de Pest étendit son activité sur tout le pays et prit le nom de l’Institut National de Crédit.

Le gouvernement reconnaît l’essor du mouvement coopératif et s’engageait par la voie législative à donner le secours aux coopératives. La loi de 1898 sur les coopératives de crédit réorganisait l’ancienne centrale et créait l’« Association Centrale des Coopératives de Crédit » à Budapest, à laquelle passèrent les 465 coopératives de crédit affiliées de tout le territoire de la Hongrie.

Depuis ce moment, le nombre des coopératives de crédit augmenta rapidement (181) ; en 1903, leur nombre passe à 1.653: en 1913, à 2.425, avec 693.194 membres et 72.317.000 couronnes de capital, 14.694.000 couronnes de réserves, 138.654.000 couronnes de dépôts et 323.901.000 couronnes d'emprunts accordés.

Après la création de cette centrale des coopératives de crédit,

e comte KaRoLy1 se mit à la création des coopératives de consommation. La nouvelle mission fut également heureuse. Le petit détaillant du village vendait pendant toute l’année à crédit, prêtait de l’argent aux paysans, achetant sa récolte à l’avance, de sorte qu’il ne restait aux cultivateurs que quelques couron-

(180) Schweinitz Gyula grof : Mezôgazdasagi hitel és takarék szôvetkezetek Erdélyben. — Les Coopératives de crédit rural et d’épargne en Transylvanie. (Erdélyi Gazda 307, Kolozsvar, 1891.)

(181) A harminczesztendôs Orszagos Kôzponti Hitelszôvetkezet, 1898-1928. — Le trentenaire de l’Association centrale des Coopératives de crédit (Budapest, 1929). —

Dr Oberding: L'Histoire du mouvement coopératif. (Erdélyi Tudosito, n° 3, mars 1933.)

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nes et, après la récolte, les paysans devaient recommencer à travailler à crédit en spéculant sur la récolte prochaine.

Le bien-être de la population exigeait une intervention. Le comte KaRoLY1, dans son activité, secondé de quelques collaborateurs comme le comte Joseph MarrarTHx, Etienne BERNATH, Elemer BALocx, Paul MEsKo, Géza MAKKFALVY, Alexandre BuJA- Novics et quelques membres de l’Association des Agriculteurs Hongrois, se met au travail et finit par rassemblent, au moyen de souscriptions d’actions de 10 couronnes, une somme de 17.000 couronnes, dans le but de fonder une institution organisatrice et centrale des coopératives de consommation. Le comte KAROLYI augmenta, par sa souscription personnelle, le capital de 50.000 couronnes, et c’est ce capital social qui fut la base de la « Hangya » (la Fourmi), société coopérative de consommation et de négociation des marchandises, fondée le 23 janvier 1898, siège central à Budapest. (182)

La première année ne passa pas sans difficultés, et au bout d'un an, le bilan enregistra un déficit de 12.000 couronnes. Pour éviter le découragement, le comte Karozy1, le dévoué père du mouvement coopératif hongrois, se chargea de combler le déficit et rendit ainsi possible la clôture du premier bilan avec un surplus de 76,36 couronnes.

Ayant ainsi vaincu cette difficulté, la Hangya entra sur le chemin du développement; après la première année, elle comptait 17 sociétés de consommation; en 1900, leur nombre passe à 122; en 1905, à 570; en 1910, à 992, et en 1913, à 1.251, avec 189.742 membres, ayant un capital social de 5.046.024 couronnes et un chiffre d’affaires de 54.533.882 couronnes.

Après l’augmentation du nombre des sociétés, les expériences prouvèrent qu’il est très difficile de pourvoir au réapprovisionnement des marchandises au moyen d’une seule place centrale; c’est ainsi qu’en 1905, pour le ravitaillement des coopératives transylvaines, une agence à Nagyenyed fut établie (183). Cette institution ayant réussi, on établit une autre agence à

(182) Hangya 1898-1920 (Budapest, brochure).

(183) Fogyasztasi szôvetkezetek Erdélyben. — Les Coopératives de consommation en Transylvanie. (Magyar Pénzügy, 1906.)

Nagyvarad et dans trois villes encore sur le territoire du pays.

La principale affaire de la Hangya consistait dans la vente des marchandises. Au commencement, la Centrale ne fut qu'un intermédiaire entre les producteurs et les coopératives rurales: mais dès la première année déjà, elle installa un entrepôt de marchandises, et enfin elle produisit elle-même des marchandises, avec le concours de la Société Anonyme Industrielle « Hangya »; elle a créé des fabriques de produits chimiques et de savon, de brosses et de balais, de liqueurs et de rhum, de beurres et de fromages, de vinaigre, un moulin, à Nagyvarad une société anonyme agricole pour l’industrie de la viande, qui s’occupait également de l’engraissement des porcs.

En dehors de ses affaires, la Hangya élargit son champ d’activité à d’autres domaines. En 1907, elle organise le service d’assurance agricole et effectue directement les assurances contre l'incendie et contre les dégâts causés par la grêle.

Pour la propagation de l’idée coopérative, en 1884, le comte Albert APoNYI proposa la création d’un organe coopératif, qui parut depuis le 12 janvier 1890, sous le titre « Szôvetkezés » (Le Coopérateur) ; depuis 1910, il publiait un supplément «Hangya », s’occupant principalement de la coopération de consommation. Depuis 1898, comme organe de la Centrale des Coopératives de crédit, paraît la « Magyar Szôvetkezés » (La Coopération Hongroise), parallèlement à la « Szôvetkezeti Ertesito » (Courrier Coopératif) comme organe de la Centrale des Coopératives de consommation. (184)

A côté de la Hangya, poursuivant les mêmes buts, se forma la Centrale des Coopératives Chrétiennes; sous les auspices de laquelle s’établirent également plusieurs centaines de coopératives de consommation rurales, mais qui plus tard ont fusionné avec la Centrale « Hangya ».

A Budapest, comme action spéciale, deux grandes sociétés coopératives de consommation se formèrent, c’est-à-dire des employés des chemins de fer de l'Etat, créée en 1883, et depuis

(184) Hebdomadaire « Hangya », numéro jubilaire de 25 années, 3 janvier 1934, p. 15,

EN IVe

1886 la Société Coopérative de consommation des Fonctionnaires publics (1%), et après se formait la Coopérative des Agriculteurs Hongrois; l’Assurance Mutuelle de bétail; la Coopérative d’Assurance des Agriculteurs; toutes ces coopératives ont étendu leur activité sur toute la Hongrie. Dans ce temps, où le mouvement coopératif hongrois prenait son essor, fut tenu le IVe Congrès coopératif international, à Budapest, les 6, 7, 8 septembre 1904, auquel 16 Etats envoyèrent 129 délégués. (186)

Mais les véritables résultats ne furent atteints par la coopération hongroise qu’après la mort de son animateur et apôtre : le comte Alexandre KaroLy1 est décédé le 27 avril 1906 à Menton.

En Transylvanie, un des plus grands propagateurs de la coopération fut alors le D" Etienne GinoraLvy, qui, jusqu'en 1910, fonda, à lui seul, plus de 400 coopératives. Depuis ce temps le nombre des coopératives augmentait de jour en jour; et surtout les coopératives de crédit se répandaïent. Leur nombre, sur tout le territoire de la Transylvanie, en 1910, s'élevait à 361, avec un capital versé de 5.514.949 couronnes, un fonds de réserve de 1.345.146 couronnes et un dépôt de 9.571.080 couronnes.

C’est la guerre mondiale qui arrêta dans ce développement les coopératives hongroises en Transylvanie.

La population allemande transylvaine, loin de sa patrie d’origine, laissée à sa force propre depuis de longs siècles, — a vécu tcujours très unie. Le sentiment d’entr’aide, spécialement développé dans la vie de ce peuple, donna naissance à une série de formes d’associations pour aider, pour servir les paysans saxons.

Ainsi se sont créés depuis des siècles, les « Nachbarschaften », la mutualité des voisins; les « Bruder- und Schwesterschaften » pour l’entr’aide familiale; les « Kukuruzkassen », pour l’emma-

(185) Le comte I. Mailath: L'évolution des sociétés coopératives de consommation en Hongrie (Paris, 1906).

(186) Annuaire de l'Alliance Coopérative Internationale, 1904.

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gasinage des céréales, surtout du maïs, pour la valorisation en commun. (187)

Pour la concentration plus étroite encore de la population rurale, se fonda en 1845 la « Siebenbürgisch-sächsische Landwirtschaftsverein », l'Association agraire de la population saxonne transylvaine.

L'activité de l’association, qui fut l’organe central de la vie agraire, se manifesta depuis son commencement dans la solution du problème du besoin du crédit des paysans. À côté des banques saxonnes fondées dès 1835 (188), l’association commença, avec le concours de la Chambre de Commerce de Brasso, la propagation de la coopération, d’après les exemples récemment apportés de l’Allemagne, basés sur le système Schultze- Delitsch.

Ainsi se formait, en 1862, la « Mediascher Vorschussverein »; en 1864, la « Hermannstädter Vorschussverein », et l’année suivante le troisième semblable institut de crédit, dans un autre centre saxon, au nord de la Transylvanie, — à Bistritz (189), et, après, la « Szasz-Regener Vorschuss- und Sparkassen Genossenschaft », et en 1866 la « Brooser Vorschussverein als Genossenschaft ». (190)

(187) D' Günter Wohenkel: Deutsches Genossenschaftswesen in Rumänien. (Stuttgart, 1929, p. 15-16.)

(188) Les Saxons transylvains ont créé la première banque en Hongrie, en fondant la « Kronstädter Allgemeine Sparkasse », le 8 juin 1835, alors que la première banque hongroise, la « Hazai Elsô Takarékpénztar », à Budapest, ne fut créée qu’en 1840, suivie par la première banque hongroise en Transylvanie, — à Arad, la même année ; en 1841, par la deuxième banque saxonne, le plus remarquable institut financier saxon, la « Hermannstädter Allgemeine Sparkasse »; et en 1851, par la troisième banque saxonne fondée à Besterce. Le but suivi par ces premières banques en Hongrie fut surtout altruiste; elles ne sont devenues de véritables institutions capitalistes qu’après qu’elles ont adopté la forme de socété anonyme par actions.

(189) La plupart des Saxons se trouvent réunis dans trois régions : dans ce qu’on appelle le « Fundus regius », qui s'étend sur une bonne partie du département de Sibiu, sur presque tout le département de Târnova-Mare et sur les régions voisines des départements limitrophes, Alba de Jos et Târnova-Micà; dans le « Burzenland », qui comprend à peu près toute l’étendue de la plaine du département de Brasov; et dans le « Noesnerland », qui s'étend sur une partie des départements de Bistrita et de Cojocna. Ces territoires ont été colonisés par les rois hongrois depuis des siècles, au XII*, puis aux XVIe et XVII siècles, quand la population, réduite très sensiblement par les longues luttes contre la Turquie et par le désastre de Mohacs, ne suffisait plus à cultiver ces riches terres.

(190) Dr Eichmann: Entwickelung und Stand des Kredit und Genossenschaftswesens des Siebenbürger Sachsen (Berlin, 1903, p. 102).

Mais la population agricole avait besoin d’un crédit de plus longue durée que celui fourni par ces coopératives. La population ne pouvant se servir de ces coopératives, s’en est désintéressée; aussi, après quelque temps, ces coopératives se sont transformées en sociétés anonymes. (181)

La vraie réalisation ne commença qu’en 1885, quand le D' Karl Wozrr, rédacteur du journal « Hermannstädter Tagblatt », devint directeur de la banque Hermannstädter Allgemeine Sparkasse »; élu plus tard député, il commença la propagande en faveur des coopératives, mais cette fois dans un sens plus conforme aux besoins de la population rurale, et créa des coopératives du système Raïffeisen.

La propagande, assise sur une base solide, en 1885 on créa la première société coopérative de ce système dans le village de Frauendorf, et à la fin de l’année une autre à Arbegen, et la troisième à Gross-scheuern, et l’année suivante encore cinq sociétés coopératives.

Le 19 juillet 1886, à l’occasion du premier congrès coopératif, on fonda l’Union Coopérative Raïffeisen, la « Verband Raiffeisenschen Genossenschaften », dont le président fut l’apôtre de la coopération saxonne, — le D' WoLrr.

Les coopératives de crédit possédaient ainsi une double base, c’est-à-dire une administration sérieuse par la nouvelle Union, et l’alimentation des capitaux par la Caisse Générale, qui se mit au service des coopératives. L'activité de ces coopératives devenait une mission parmi le peuple saxon. Ces coopératives ont aidé les paysans saxons, non seulement dans leurs anciennes propriétés, mais leur donnèrent la possibilité d'acquérir des nouvelles terres. Les statuts types de 1885 leur confièrent trois tâches: maintenir la propriété existante; rendre possible l’acquisition de nouvelles terres; favoriser le parcellement des grandes propriétés. Pour la réalisation de ces buts, toutes les propriétés destinées à être vendues par les propriétaires saxons furent achetées par les coopératives et revendues aux agriculteurs

(191) D' O. Meltzl: Statistik der sächsicher Landbevëlkerung in Siebenbürgen, (Hermannstadt, 1886, p. 200.)

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saxons. Les grandes propriétés de la noblesse hongroise destinées à être vendues furent acquises en bloc par les coopératives et morcelées en petits lots entre les paysans saxons. D’après la constatation de la « Verbandsenquète » de 1906, jusqu’à cette date 57 coopératives ont assisté 494 fois aux distributions des grandes propriétés; la « Siebenbürger Vereinsbank », jusqu’en 1916, avec 44 coopératives, en 285 fois a acquis des propriétés non-saxonnes, représentant 2.492 arpents de terres arables, 3.314 arpents de forêts, 577 arpents de pâturage, 64 terrains bâtis, 15 terrains à bâtir et 2 moulins (192); par ces opérations, 45 % des propriétés hongroises vendues pendant les dix dernières années avant la guerre, ont passé dans la propriété saxonne. Les services rendus par les coopératives saxonnes, par l'exécution de ces opérations, du point de vue allemand, sont très appréciables. Elles ont empêché la grande partie du peuple saxon de tomber dans la misère et lui ont évité l’émigration en Amérique. (193)

Après les résultats atteints par les coopératives de crédit, on introduisit la forme coopérative même dans la vie industrielle. Ainsi, on créa à Bistrizt, en 1886, une fabrique de cuir (194), qui établit en 1899 une usine de fabrication des chaussures; la même année, à Hermannstadt, on créait une deuxième coopérative semblable. (1%5)

En 1888 existaient déjà 5 caves coopératives, et après l’augmentation de leur nombre, en 1911 on créa une centrale à Medgyes, qui devint la centrale de valorisation en gros.

La propagation des coopératives de consommation commença assez tard chez la population saxonne, bien qu’en 1866 se formait la première coopérative de consommation; c’est seulement à partir de 1899 qu’on y prêta attention; en 1902 existaient 8 coopératives, mais leur nombre n’augmenta qu'après la

(192) Dr Günter Wehenkel: Deutsches Genossenschaftswesen in Rumänien, (Sbuttgart, 1929, p, 31 à 35.)

(193) Le nombre des émigrants de la Hongrie et qui ont passé aux Etats-Unis en 1907 atteignait les 300.000. Ce chiffre, pendant les années suivantes, augmenta dans une telle mesure que le gouvernement hongrois fut contraint de restreindre l’émigration par la loi II de 1909.

(194) Erster Bistritzer Lederfabrik,

(195) Miko, Magyar Kompass, 1900, tome IT,

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création de la Centrale des Coopératives de Consommation, toujours à Hermannstadt, fondée en 1906, alors qu’existaient 17 coopératives; leur nombre passa à 35 en 1909 et à 47 en 1913, avec 3.549 membres, 25.434 couronnes de capital et 1.096.976 couronnes de chiffre d’affaires (196). Un des cas très rares, mais très pratiques pour les coopératives de consommation, c’est que dans les villages où n’existe aucune coopérative de crédit, par l'autorisation de la Centrale de Crédit les coopératives de consommation reçoivent les épargnes et accordent au peuple des petits crédits. (197)

Mais ce sont les coopératives de crédit qui représentent fortement la coopération saxonne. On comptait, depuis 1900, 80 coopératives de crédit; leur nombre passa à 114 en 1905, à 144 en 1910 et, à la veille de la grande guerre, 177, avec 15.985 membres, 386.000 couronnes de capital, 1.444.000 couronnes de réserves, 10.079.131 couronnes de dépôt, en réalisant un bénéfice net de 192.000 couronnes. (198)

Chez la population souabe du Banat (199), le mouvement coopératif ne se manifesta qu’assez tard, à cause du petit nombre des habitants et de leur organisation complète : ils possédaient dans tous les petits villages des « Dorfsparkasse » qui jouaient le rôle des coopératives de crédit. Toutefois, à la fin du siècle dernier, à l'exemple de la population saxonne, commençait la propagation des coopératives du système Schultze-Delitsch, mais qui échouèrent semblablement aux coopératives saxonnes de ce système; en 1897, on créa la première coopérative du système Raïiffeisen, dans le village de Grossschami, et après, en 1899, à Triebswetter, en 1909 à Segentau, en 1911 à Lovrin et Liebling.

(196) En 1904, la centrale « Hangya » a créé deux coopératives de consommation qui ont été transférées en 1906 à la nouvelle centrale de Hermannstadt.

(197) Dr G. Dragos: Normele de organizare si functionare ale cooperatiei sasesti din Romänia. (Tribuna Cooperatiei Ardelene, n° 4-5, 1931.)

(198) D' G. Mladenatz: Die Genossenschaftsbewegung in Rumänien (Bukarest, 1929).

(199) Les Souabes de ce territoire sont originaires de l'Allemagne du Sud et de l’Alsace-Lorraine. Ils sont allés coloniser, à la fin du XVIII siècle, les terres plus fécondes de l’ancienne Hongrie. Chose curieuse et peu connue, parmi les habitants des villages de Charleville et de Seultour (département de Timis), on trouve encore aujourd'hui des vieux paysans qui parlent la langue de leurs grands-parents, non seulement l’alsacien, mais même le français,

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