Répartir les bonis au prorata de la consommation
La première et la troisième régissent universellemaent toutes les sociétés coopératives de consommation; la seconde est d’un usage moins absolu.
rapporta la formule rochdalienne, qu’il propagea en Allemagne. (29)
Hermann SCHULTZE, juge de paix à Delitsch, conçut l’idée, au mois d’octobre 1850, d'organiser une association coopérative de crédit, ou banque populaire. Ce sont les statuts de cette coopérative qui ont servi de type aux banques populaires qui, dans la suite, ont été créées en Allemagne. Après trois années d’expérimentation attentive, SCHULIZE se mit à l’œuvre avec une activité merveilleuse ; de bourg en bourg, il alla prêcher sa doctrine ou il fonda des sociétés d’après ses idées. (30)
Ses principes touchent surtout le capital de lassociation coopérative de crédit, qui doit être apporté par les membres euxmêmes; la part sociale souvent est assez élevée, cela pour obliger les membres à faire des économies systématiques. SCHULTZE insiste sur la nécessité d’un capital, réservé pour assurer les membres contre une perte éventuelle. La responsabilité solidaire —— cette lourde charge — est contrebalancée par un droit à une indemnité; et il en est ainsi pour attirer les membres. SCHULTZE ne voulait pas limiter le champ d’action des banques, en leur laissant le soin de déterminer les cadres dans lesquels elles peuvent étendre leur action, parce qu’il voulait réaliser la liberté complète de l’action de ces associations de crédit, et c’est la raison pour laquelle il n’admettait aucune aide, aucune tutelle, pas même l’aide de l'Etat. (31)
C’est un peu plus tard que Frederich-Guillaume RAIFFEISEN, à Annhausen, en 1862, formait une semblable institution et commençait l’application d’un système de caisse de crédit, mais à l'usage des paysans. « Il animait le mouvement de l'esprit d’aide mutuelle chrétienne, — qui laissait dans l’histoire de la culture en Allemagne une plus profonde trace que la plupart de ses hommes politiques. »
(29) Wygadzinsky : Das Genossenschaftswesen in Deutschland (Leipzig, TO)"
(30) H. Schultze-Delitsch: Vorschuss- und Kredit-Verein als Volksbanken, 1853. (La sixième édition de Breslau, 1897, prévoit des statuts et des formules de Schultze pour la fondation et le fonctionnement des coopératives de crédit.)
(31) La Coopération avec l’aide de l'Etat, par Schultze, — Les Associations, par F. Lassalle. — Reproduits dans l'Anthologie Coopérative, Paris, 1921.
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Ses principes viennent à l’aide de la classe paysane et des gens plus pauvres. C’est pourquoi RAIFFEISEN proposait qu’il ne faut demander aucun sacrifice pécuniaire des membres et que le crédit à longue échéance doit être accordé. La circonscription de l'association est celle d’une commune ou de deux au plus, ce qui donne la possibilité de bien connaître les membres et ne pas admettre des gens peu sûrs pour le crédit ou des malhonnêtes.
L'association est organisée selon les principes les plus démocratiques. On ne fait aucune différence entre les pauvres et les riches; les membres plus fortunés assurent une responsabilité plus grande; on les laisse ainsi, par un accord tacite, prendre le rôle de direction dans la gestion, mais en même temps les principes visent que les membres de l’administration ne reçoivent aucune rémunération, sauf le caissier, qui d’ailleurs n’a pas voix à l’autorisation des prêts consentis par la société. Les membres ne doivent tirer aucun autre bénéfice que l’avantage d’un crédit à bon marché. Le bénéfice net est ajouté à l’un des deux fonds de réserve : au capital-réserve ordinaire et au capital de fondation. Le premier sert à rembourser les pertes éventuelles; le deuxième, à remplacer le capital d'apport et par conséquent à diminuer le coût du crédit. (32)
Ces deux principes posaient la base de la coopération de crédit, non seulement pour l’Allemagne, mais pour certains autres pays.
Les Italiens de leur côté ont connu la coopération, au temps où MAzziNI commençait son action en faveur du peuple italien. Il était convaincu que l’indépendance nationale n’était pas possible sans la liberté politique du peuple italien. (33)
La coopération italienne restait fidèle à la pensée démocratique, quand la Ligue Nationale Coopérative choisissait comme
(32) F. W. Raïffcisen: Die Darlehenskassenvereine (1887, V, Aufgabe).
(33) Ce sont les mêmes idées que voulait réaliser Kossuth en Hongrie, mais alors que le succès en Italie fut complet, en Hongrie ces idées échouèrent malheureusement, en 1849. (« Aux Républicains », appel de Kossuth, Ledru-Rollin et Mazzini, septembre 1855.)
premier secrétaire (elle n’avait pas de président) un simple ouvrier: MAFrI. (34)
C’est Luzatti qui créa le type nouveau de banque populaire, en imprégnant de l’originalité italienne le système de SCHULTZE- DELITSCH.
Le système devenait plus simple, plus pratique, plus réalisable, et le succès a pleinement justifié cette indépendance d'action.
La responsabilité solidaire fut remplacée par la responsabilité limitée, mais dans certains cas, on n’a pas exclu la responsabilité illimitée. Les valeurs des actions, très élevées, ont été baissées. De la sorte qu’au lieu de grandes chances problématiques, la banque obtenait des avantages moindres, mais réels, — un capital déterminé, encore que petit, et dont elle pouvait entièrement disposer.
A côté des « Banche Populare » de LUZZATTI, avec ses origines schultzeriennes, les « Case di Pretti » de WoLEMBoRrG trouvaient également leur application. Elles diffèrent des principes de RAIFFEISEN seulement par la réduction de la durée des prêts et par ce fait que — exceptionnellement d’ailleurs — les prêts peuvent être renouvelés. (35)
En Suisse, la coopération avait sa forme originaire d’« Allemendgenossenschaften » (terres à pâturages exploitées par les collectivités), spécialement dans les cantons de Schwyz et d’'Uri, où elles jouaient un rôle important dans la vie économique. De plus, l'éveil de la coopération était stimulé par les conceptions pédagogiques sociales de ses deux grands penseurs, PESTALOZZ1 et FELLENBERG. C’est à eux, pour la plus grande part, que ce petit pays et sa population montagnarde a une coopération exemplaire aujourd’hui. (36)
Peu après, en Belgique, un ouvrier socialiste de Gand, Edouard ANSEELE, fondait le Vooruit, la boulangerie coopéra-
(34) Gide: La Coopération dans les Pays latins (192 5-27, p. 28).
(35) Meneghelli: Le mouvement coopératif en Italie. (Revue d’économie politiqu, 1892.) “E
(36) G. Mladenatz: L'économie coopérative. (Revue des études coopératives, juilletseptembre 1933.)
tive; l’année suivante, VALDERS et BERTRAND créaient à Bruxelles la Maison du Peuple. Ce sont eux qui ont essayé de rapprocher la coopération et le socialisme — deux chemins qui tous les deux tendent au même but : l’émancipation de l’humanité.
Aïnsi, l’idée de l'association, venue des temps les plus reculés, — par des siècles à travers les pays, — dégagée par les utopistes français, — affirmée par la réalisation anglaise, — les perfectionnements allemands et italiens, — rendue exemplaire par la pédagogie suisse, — appliquée par le socialisme belge, — arrive à sa forme actuelle. Après l’apparition du livre de HoLYoAKE, les théoriciens de l’économie politique prêtent attention à la coopération moderne. STUART Mizz en constitue les premiers principes, et les autres économistes, désormais, cherchent à lui trouver une définition et par cela la place qu’il faut lui fixer parmi les doctrines.
Quand Mazzini fonda l’« Associazione nationale degli operari », en 1842, dans ses statuts il définit ainsi la coopération : « Une association libre, volontaire, organique, entre hommes qui se connaissent, s'aiment et se respectent les uns les autres; association qui n’est pas contrainte, pas imposée par l’autorité gouvernementale. »
Victor-Aimé HuBER disait: « Par l’association coopérative, nous entendons la réunion d’un certain nombre d'individus et de familles de la classe ouvrière, à l’effet d'employer et de faire valoir en commun et le plus avantageusement possible, les moyens et les valeurs soit de travail, soit de production, soit enfin d'argent, dans la mesure de leur contribution respective. »
D’après HoLyoAkE: « On entend par coopération la participation dans les profits du travail et du commerce, de tous ceux qui ont aidé à les produire. »
Pour WARBASSE: « La coopération est une organisation de personnes qui mettent leurs activités et leurs ressources en commun pour s’entr'aider. Cette société fournit à ses membres des avantages que ne pourraient se procurer des personnes isolées, elle fournit les mêmes avantages que les institutions capitalistes qui visent à la réalisation du profit, puisque les sociétés coopératives tendent aussi vers des buts moraux. »