PRÉFACE XXI
Non seulement il est incomplet, mais, do plus, il paroîtroit suranné à plusieurs égards. Il étoit fait pour la circonstance. Le but qu'il se proposoit Tengageoit à entrer dans beaucoup de discussions critiques sur les vices des anciennes formes adoptées en France ; cette controverse étoit nécessaire alors, elle seroit aujourd'hui sans intérêt.
La méthode qu'il avoit prise n'étoit pas certainement celle qu'on voudroit choisir pour Tagrément du lecteur, quelque instructive qu\lle soit. Cette méthode consiste à présenter un règlement tout fait, article par article, en forme de loi, en accompagnant chaque règle des raisons qui la justifient. Le texte de la loi, qu'on a toujours devant le^ yeux pour l'expliquer, soumet l'écrivain au genre didactique le plus sévère, et ne lui permet pas le plus léger écart.
L'auteur sétoit soumis à- un» gène de plus, car il n'en craint aucune quand elle peut contribuer à l'instruction et à la clarté. Dans tout ce commentaire, il procède par questions et par réponses ; méthode excellente pour établir précisément quelle est la difficulttî à résoudre, et pour mettre le lecteur en état de juger si la solution est satisfaisante. Mais cette forme de catéchisiue, outre ses longueurs, a Tinconvénient de couper tous les sujets en petites parties, et d'éteindre l'intérêt par le défaut de liaison.
Ici commencent les Corifësf^ions de Du mont (de . Genève) ; on ne peut que regretter qu'il n'ait pas tout dit. C'est un cas littéraire bien particulier que le sien ; il passe sa vie à emprunter aux uns pour prêter aux autres, et il fournit à Mirabeau, mais il se fournit chez Benlham. Tour à tour arrangeur et arrangé, il est, dans le commerce de l'esprit, une sorte d'intermédiaire patenté, qui fait la commission et Texportation. Et Ton aimerait cependant savoir, sur cliaciue chapitre, ce qui est de Dumonl et ce qui est de Benlham ! Quoi de plus agaçant que de ne pas distinguer
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sûrement l'anglais du genevois, je veux dire les exemples tirés des « règlements observés dans la Chambre des communes », d'avec le « règlement pour le Conseil représentatif de la ville et république de Genève ?» Sans doute, aux appendices, les documents sont séparés, mais, dans le texte, les enseignements ou les renseignements se confondent. De toute façon, nous pouvons du moins connaître, par Dumont, combien, sur ce point spécial des pouvoirs et des qualités du président, l'opinion de Bentham diffère de celle de Sieyès.
Comme aucune province, déclare Sieyès 1 , n*a le droit d'en dominer une autre, il seroit ridicule que l'une d'elles y prétendit le privilège de donner un président aux Etats-Généraux. On a généralement en France des préjugés singulier:^^ sur l'importance d'un président d'assemblée. On le regarde comme étant à la tète <le la l>esogne, comme fait pour la diriger. Cn erreur aussi dangereuse vient de ce que le ministre a eu intérêt que toutes les assemblées du Royaume ne délibérassent que sous son autorité...
On conçoit qu'avec de pareilles idées, le gouvernement a à\\ regarder les présidens de ces différens corps comme des mandataires faits pour lui répondre de tout ce qui s'y passe. Bientôt tous les présidens d'assemblée ont été à sa nomination, directement ou indirectement. Ils sont devenus ses correspondans naturels. Leur influence, leur autorité sesont accrues par mille moyens, lis ont mis la main à tout ; ils ont proposé, dirigé, gouverné. Les affaires publiques ont été leur affaire particulière, convenue d'avance av(»c le ministre dont ils se sont fcrit honneur d'être les familiers.
Il faut croirequeles Etats Généraux de la Nation n'adopteront point un semblal)le système. Le président ou les présidens qu'ils
(1) Vues sur les moyens d'exécution, p. 81 cl suivantes.
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éliront librement, ainsi que tous les autres officiers intérieurs, parmi les membres seulement de l'Assemhlée, ne sortiront pas plus que les autres officiers des fonctions qui leur seront attribuées. Cellosdu Président consistent/i recueillir les voix, suivant des formes prescrites, à prendre la parole au nom de l'assemblée dans les occasions ordinaires et toutes les fois que, pour une députation, par exemple, ou dans une affaire importante, il n'auroit pas été nommé un orateur ad hoc. Le Président enfin a le soin d'expliquer létat de la question à ceux qui paroltroient ne l'avoir pas entendue. S*il va au delà ; si vous permettez que votre Président, ou tout autre membre, se fasse plus ou moins clairement l'interprète d'un pouvoir étranger, vous donne à entendre qu'il sait, à de certains égards, ce que l'Assemblée ignore, ou devienne porteur de promesses de la part du ministre ; si vous souffrez que, de quelque manière que ce soit, on tent<» d influencer le débats comme disent les Anglais, il s'introduira parmi vous des abus de la plus dangereuse conséquence.
Vous ne devez piis souffrir non plus que votre Président nomme les membres qui doivent composer les commissions auxquelles l'Assemblée renverra la préparation des affaires importantes ou épineuJ^es, ouquil forme de ces commissions à volont4'>
On lui accorde assez généralement le droit de départager les . voix, ou la voix prépondérante, en cas de partage dans les opinions ; ce privilège est énorme ; il ne faut point en faire l'apanage d'une place. La décision dépendroit trop évidemment d'une volonté particulière. 11 faut reporter, le plus que l'on peut, cette voix décisive à la volonté générale qui, si elle ne peut prononcer directement, prononcera au moins indirectement 11 appartient donc aux bons principes que l'Assemblée élise la personne qui aura lé droit de départager les voix, et à la bonne politique que ce ne soit pas toujours la môme personne qui exerce cette fonction publique. Je propose de nommer tous les quinze jours trois membres parmi ceux qui jouissent d'une réputation de vertu, et, lorsqu'il y aura partage dans les opinions, les membres élus tireront au sort k qui restera la voix pn»pondérante. Mais j<» ni'aperrois que je vais au delà de ma tAche.
Il est vraisemblable qu'après avoir renfermé le Président dans