VIII . PRÉFACE
moins Tune des causes est là (1). Et cette insuffisance était rendue doublement déplorable par l'exaspération de ce défaut, suivant Dumont, éminemment français, « Texlrême impatience de se produire », qui donnait, à chaque instant, « le désir de faire une motion et d'enlever la primeur d'une autre ».
Point de concert, point de préparation ; on aimait pour ainsi dire à se voler des propositions, à introduire de contrebande un article qui n'était point à sa place, à surprendre l'Assemblée par quelque chose d'imprévu. On avait nommé un comiti'î do constitution, mais ce comité, plein de jalousie et de démêlés, ne sut Jamais ni s*entendre ni diriger les travaux vers un but commun. C'était l'Assemblée en miniature, les mêmes élémens, les mêmes préventions, le même désir de se surpasser et de briller exclusivement, la même guerre d'amourpropre ; enfin, chacun prit sur soi d'introduire les matières à son gré, et souvent sans autre raison que le désir d'être le premier : l'étude et la méditation n'entraient pour rien dans le plan de l'Assemblée ; tous les décrets se passaient presque à la pointe de l'épée, comme dans une place qu'on prend d'assaut : il n'y eut aucun intervalle, aucune trêve accordée aux passions. Après avoir tout abattu, il fallut tout refaire à la fois, et l'Assemblée avait une si haute opinion d'elle-même, surtout le côt(» gauche, qu'on se serait chargé volontiers de faire le code de toutes les nations. . . Les historiens diront assez les malheurs de la Révolution ; mais il n'est pas moins essentiel de marquer les fautes primitives qui ontamenéces malheurs (2)
Etienne Dumont, sous rinlluence évidente de Bentham, ne se lasse pas d'y revenir, ce Les formes sont pour une Assemblée ce que la tac-
(I) Plus loin (p. 345 et suiv.), Elienne Dmnonl rapporte les fautes de rAsseinblée nationale à neuf causes, dont « la mauvaise manière de délibérer » serait, selon lui, la troisième.
{it Souvenirs sur Mirabeau^ p. 156-160.