PRÉFACE XIII
La réimpression de cette préface par Dumont (de Genève) est fidèle, à cela près qu'il supprime les initiales : M. De R.j et les remplace par ces mots : Fauteur de cet écrit, sans que le motif de lasubstilution apparaisse suffisamment. Au contraire, c'est Dumont qui nous apprend ici que M. De R. est bien « l'auteur de cet écrit », et c'est lui encore qui, ailleurs, dans ses Souvenirs^ nous apprendra comment s'appelait, de son nom entier, M. De K.
On sait que, dans l'activité prodigieuse dont sa personne débordait, dans la perpétuelle éruption de son cerveau^ Mirabeau ne pouvait rencontrer une personne instruite ou capable sans chercher tout de suite à s'en faire un collaborateur, un fournisseur de projets et de renseignements. Il avait toujours sur lui quelque questionnaire : Liste des articles que Dumont s'enr/age, foi d'amitié, à traiter consciencieusement et à envoyer à Mirabeau très peu de temps après son retour à Londres (1). Rarement l'interlocuteur se faisait prier : aider le comte de Mirabeau, n'était-ce pas se couvrir un peu soi-même de la gloire dont tout un peuple le couvrait? Et Mirabeau du reste était bon prince : il avait sa façon à lui de n'être pas ingrat : « Quand j'avais travaillé pour Mirabeau, il me semble que j'avais le plaisir d'un homme obscur qui aurait changé ses enfants en nourrice et les aurait introduits dans une grande famille : il serait obligé de les respecter, quoiqu'il fût leur père. C'était mon cas :
(1) Souvenirs sur Mirabeau, p. 26.
XIV PRKFACE
une fois que Mirabeau les avait adoptés, il les aurait défendus môme contre moi ; bien plus, il m'aurait permis de les admirer comme un trait d estime et d'amilié pour lui-même » (1).
En ce qui concerne particulièrement les Règlemens observés dans la Chambre des communes^ l'auteur du recueil était M. de R., c'est-à-dire Romilly ; Etienne Dumont en était le traducteur, et Mirabeau, de par les vingt lignes de sa préface, avait fait a ce bâtard inconnu l'honneur de le reconnaître.
Romilly avait fait un travail très intéressant sur les règlemo.ns observés par les Chambres des communes en Angleterre. Ces règlemens sont le fruit d'une expérience raisonnée, et plus on les examine, plus on les admire ; ce sont des coutumes qui se conservent soigneusement dans un corps attentif à ne rien innover; elles ne sont point écrites ; il fallut beaucoup de soins et de peines pour les rédiger. Ce petit code indiquait la meilleure manière de poser les questions, de préparer les motions, de les débattre, de recueillir les suffrages, de nommer les comités, de traiter les affaires en les faisant passer par différentes gradations, en un mot, toute la tactique d'une assemblée politique. J'avais traduit cet écrit au commenci^ment des États- Généraux ; MiralMîau le présenta et le déposa sur le bureau des communes, lorsqu'il était question de faire un règlement pour l'Assemblée nationale. « Nous ne sommes pas Anglais et nous n'avons pas besoin des Anglais », voilà la réponse qui lui fut faite. On ne donna pas la plus légère attention à cet écrit, qui fut imprimé ; on no daigna pas s'informer de ce qui se passait dans un corps aussi célèbre que le Parlement britannique : la vanité nationale était blessée de l'idée d'emprunter la sagesse d'une autre nation, et ils aimèrent mieux persister jusqu'à la
(1) Souvenirs aur Mirabeau, p. lOi) (note).