DEUXIÈME PLANCHE
Fig. 27. Un moyen fort simple et très important avec lequel il faut se familiariser, c’est de juger de la hauteur des objet par la manière dont ils sont coupés par l’horizon ; exemple : si le terrain perspectif., c’est-à-dire l’espace contenu depuis la base du tableau jusqu’à l’horizon, est parfaitement uni, qu’il ne présente ni creux ni élévation, tous les objets posés sur ce terrain devront être coupés de même par horizon. Je suppose d’abord qu’une figure placée au premier plan a sa tête touchant tout juste à l’horizon; je dis que l’horizon est élevé de la hauteur d’une figure humaine est placé à cinq pieds d’élévation ; dans
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ce cas, la tête de toutes les figures placées, ii’importe à quel point, sur le terrain perspectif, doit toucher à l’horizou ; et tous les objets auront depuis leur base jusqu’à l’horizon cinq pieds. Cette grandeur de cinq pieds reportée horizontalement ou verticalement donnera la largeur ou la hauteur que l'on voudra aux édifices, aux arbres, etc., etc. Voir pour exemple le tableau du Poussin intitulé : La Femme adultère. L’horizon est à la hauteur des têtes, ou à cinq pieds.
Fig. 26. L’horizon, au lieu d’être élevé de cinq pieds, peut l’être de tout autre nombre de pieds, par exemple de dix ; dans ce cas, la distance de la tête des figures à l’horizon doit être égale à la hauteur des figures, c’est-à-dire de cinq pieds pour la figure et cinq pieds au-dessus; tous les objets seront coupés à dix pieds; ou pour mieux dire, ils auront dix pieds depuis leur base jusqu’à l’horizon, etc., etc.
Fig. 25. Lorsque la première figure sera coupée en deux par l’horizon, toutes celles que l’on placera devront l’être de même, et l’horizon sera placé à deux pieds et demi. M. Horace Vernet a placé les figures de cette manière dans son tableau A tous les cœurs bien nés que la patrie est chère.
Lorsqu’on sera familier avec ce moyen, on pourra, à la première inspection, juger si les objets d’un tableau sont placés convenablement d’après le plan qu’ils occupent, et on évitera de faire, comme certains peintres de nos jours, qui, après avoir placé dans leurs tableaux les premiers objets comme ils les ont vus d’après nature , en ont placé d’autres dans les plans plus éloignés et en ont fait des pygmées. Je puis citer, entre autres, un tableau de marine qui est dans la galerie du Palais-Royal ; la merétend ses eaux depuis la base du tableau jusqu’à l’horizon, ce qui fait voir que le terrain perspectif est parfaitement uni ; seulement il laisse voir de temps en temps des bancs de sable qui se trouvent à fleur d’eau, et sur lesquels sont placés des groupes de pêcheurs. La tête de ceux du premier plan, qui dépasse l’horizon, fait voir que l’horizon se trouve élevé d’à peu près quatre pieds. Les pêcheurs du second plan ont leur tête qui touche à l’horizon; ceux-là ont déjà un pied de moins que les personnages du premier plan, et ceux des plans éloignés n’ont pas même deux pieds, la distance de leur tête à 1 horizon étant beaucoup plus grande que leur hauteur. Cette faute
existait dans le tableau de M. Decamps, exposé en 1839, intitulé Joseph 'Vendu par ses frères ; 'vue prise en Syrie. Les chameaux du second plan n’avaient pas leur hauteur réelle et apparente plus grande que le quart de ceux du premier plan, etc. Ces fautes d’orthographe sont impardonnables à des hommes de talent, surtout lorsqu’il leur est si facile d’apprendre à ne plus en faire.
Principe. On doit voir le dessus des objets horizontaux placés au-dessous de l’horizon , et le dessous de ces mêmes objets quand ils sont placés au-dessus de l’horizon.
Pour dessiner diaprés nature les figures humaines.
Quand on veut faire un tableau ou un dessin, et que les figures doivent être peintes ou dessinées d’après nature; pour les poser, il faut faire bien attention de les placer, dans son atelier, par rapport à la hauteur de l’horizon, juste comme elles le seront dans le tableau. Pour cela on s’assure de l’horizon du tableau , on reporte cette hauteur, à partir du sol, sur le mur du fond, de manière que les figures-modèles soient placées entre ce mur et l’œil de l’artiste, puis on trace sur le mur, à cette hauteur, une ligne horizontale (cette ligne se forme avec du blanc ou bien avec une corde que Ton tend). Il faut que l’artiste se place de sorte que son œil soit toujours à la hauteur de cette ligne et que toutes les figures-modèles soient coupées par cette ligne, comme elles doivent l’être par la ligne d’horizon du tableau; sans celte précaution, il y a dans le tableau un désaccord dont l’œii ne peut se rendre compte.
Il y a quelques années, M. Eugène Delacroix me pria de lui tracer quelques lignes monumentales dans un grand tableau qui a figuré à l’une de nos dernières expositions, la Mort de Sa?'danapale. Toutes les figures étaient peintes, il ne restait plus à faire que l’architecture. Toutes ces figures avaient été dessinées de la même place et à la même hauteur, sans qu’il se fût occupé de l’horizon dans le tableau ni dans la nature ; alors on voyait le dessus de la tête quand on devait voir le dessous du menton, et ainsi de suite pour toutes les autres parties de ces figures. Cependant il les croyait exactes de dessin puisqu’il les avait dessinées d’après nature; il aurait dû savoir que lorsque le modèle est élevé de cinq pieds, il n’est pas vu de même que s’il
rétait de quinze ou vingt pieds quoique dans la même position l’aspect soit tout différent.
Pour diviser une ligne 'Vue de face en parties égales,
Fig. 28. Soit donnée la ligne FO, qu’on veut diviser en parties égales, par exemple en onze ; il faut du point F mener une ligne FM, faisant un angle quelconque avec la ligne FO; d’une ouverture de compas prise à volonté, porter sur FM onze grandeurs égales : 1 , 2, 3, 4, 5, etc. La dernière division n’est pas toujours placée de même, car si on avait piis la première division F 1 plus petites, le point 1 l serait plus près du point F ; mais, dans l’un ou l’autre cas, cela revient absolument au même. Ainsi, le point 11 dernière division étant déterminé, joindre ce point avec le point O ; puis de toutes les autres divisions lO, 9, 8, 7, etc., mener des lignes parallèles à la ligne 11, O, ce qui s’effectue par le moyen que j’ai donné fig. 6. Ces lignes parallèles diviseront la ligne FO en onze parties égales.
Cette opération doit être employée toutes les fois qu’on veut diviser une ligne vue de face en parties égales, quel que soit lenombredes divisions; elle sert aussi toutes les fois qu’on veut placer sur la surface de front d’un édifice des fenêtres également espacées et égales à leurs intervalles; dans ce cas, de tous les points de division obtenus, on élève des verticales, etc.
Pour diviser une ligne fuyante en parties égales.
Lorsqu’une ligne fuyante contient des divisions perspectivement égales, elles doivent apparaître se rapprocher d’autant plus qu’elles s’enfoncent dans le tableau, par la raison que de deux espaces égaux, le plus éloigné apparaîtra toujours le plus petit. Ainsi, dans la ligne que nous voulons diviser, la première division apparaîtra la plus grande, la seconde division apparaîtra plus grande que la troisième, etc., etc.; donc, le moyen employé pour une ligne de face ne peut convenir. Voici alors comment on opère :
Fig. 27. Pour diviser la ligne fuyante G O en neuf parties égales, mener du point G une ligne horizontale indéfinie ; cette ligne ne peut être menée autrement; prendre une grandeur quelconque, G 1 , et la reporter huit fois sur la ligne horizontale à partir de 1, ce qui donne les points 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9. De
ce dernier point et par l’extrémité O de la ligne à diviser G O, faire passer une ligne droite et la prolonger jusqu’à l’horizon, elle donnera le point F. Si de ce point F et par les points 1 , 2, 3, 4,5, 6, 7, 8, on mène des lignes droites, ces lignes seront des parallèles fuyantes, puisqu’elles tendront au même point de fuite F ; comme parallèles, également espacées elles divisent la ligne fuyante G O en neuf parties égales.
Cette opération est basée sur le principe que toutes les fois que des parallèles sont placées à égale distance, elles divisent en parties égales toutes les lignes droites qui les traversent , n’importe quelle soit la direction de ces lignes droites.
Cette manière de diviser une ligne fuyante en parties égales sert à placer des fenêtres sur une surface fuyante, toutes les fois que les fenêtres sont égales à leur intervalle.
Pour déterminer un rectangle égal dans toutes ses dimensions à un rectangle donnée ces rectangles étant séparés par un espace quelconque.
Fig. 26. Soit ABHO le rectangle donné, OHMN l’espace qui sépare les rectangles; mener les diagonales HN, OM; du point A et par le centre C, faire passer une ligne qui donne I, et déterminer la profondeur du rectangle demandé ; car MI est égal à AO , etc.
Pour construire un escalier vu de profil.
Fig. 29. Soit donné AB comme hauteur, et BC comme largeur d’une marche.
Du point A et par le point C faire passer une ligne, et la prolonger indéfiniment; du point B mener une parallèle à cette ligne; toutes les hauteurs et largeurs des marches doivent être contenues entre ces parallèles : donc, de C élevant une verticale, on obtient E; de ce point menant une horizontale, on obtient G, etc. Des points A, B, C, E, G, etc., mener des lignes au point P. Déterminer à volonté AL, profondeur de l’escalier; du point L élever une verticale LM; des points L, M, mener des parallèles à la ligne AC, puis mener des lignes MN, NO, etc.; elles termineront l’escalier.
Escalier vu de face,
Fig. 30. Soit donné AB pour hauteur, et BG pour profondeur de la première marche.
Du point B élever une verticale indéfinie, prendre AB, et reporter celte hauteur de B en E , de E en G , etc. , autant de fois que l’on veut avoir de marches ; des points EGH mener des lignes au point P; ces lignes dermineront la hauteur des marches : ainsi du point G élevant une verticale , on obtient GI, hauteur de la deuxième marche; pour en déterminer la profondeur, du point A et par le point G, faisant passer une ligne et la prolongeant indéfiniment , elle déterminera la profondeur de toutes les marches au point J, L, etc. Du point J, élevant une verticale JK, cette ligne sera la hauteur de la troisième marche, et ainsi de suite. Pour l’autre côté de l’escalier, il faut du poiitt A' et par le point G', faire passer une ligne indéfinie des points J, L, etc., mener des horizontales jusqu’à la rencontre de cette ligne, ce qui donnera les points J' L'; de ces points élevant des verticales, et des points I, K menant des horizontales, on obtient des points P, K'; joindre les points l'J', K'L'. Ges lignes doivent tendre au point P; elles terminent le second côté de l’escalier.