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DE LA DISTANCE

La distance d’un tableau est l’écartement de l’œil du spectateur à ce tableau.

Le point de distance est le point de station du spectateur.

La distance est plus ou moins grande suivant que le spectateur est plus ou moins éloigné du tableau.

Un tableau n’est autre chose qu’une vitre à travers laquelle on est censé voir la nature. Supposons donc une vitre, et que nous puissions y dessiner avec un crayon quelconque, les objets que nous voyons au travers. Ces objets dessinés ainsi seront parfaitement en perspective; l’endroit où notre œil était placé pourvoir ces objets était le point de distance, et récartement de notre œil à la vitre , la distance du tableau.

LES KEGLES

Pour dessiner d’après nature ou pour composer, on ne peut avoir qu’une seule distance; car lorsque nous dessinions ces objets à travei’s la vitre, si après avoir commencé à les esquisser, nous avions rapproché l’œil de la vitre, la distance alors aurait changé et elle serait devenue plus courte; et nécessairement les contours des objets esquissés sur la vitre ne se seraient plus rapportés au\ contours des mêmes objets dans la nature, ils n’auraient plus du tout coïncidé. Pour terminer cette esquisse nous aurions été obligés de nous remettre à la première place ou première distance. Si nous avions éloigné notre œil, il y aurait eu le même inconvénient.

Ainsi, je conclus que, pour dessiner d’après nature, il faut choisir une place convenable et ne pas en bouger. Il ne faut pas faire comme certaines personnes qui en changent trois ou quatre fois en faisant un ensemble d’après nature; il en résulte qu’elles réunissent dans le même dessin plusieurs hauteurs d’horizon et plusieurs distances, et elles sont tout étonnées de trouver dans cet ensemble un désaccord duquel elles ne peuvent se rendre compte.

Dans les tableaux des grands maîtres, la distance varie beaucoup. Dans les Noces de Cana de Paul Véronèse, elle est égale à trois fois la largeur du tableau ; Léonard de Vinci la prenait ordinairement égale à trois fois et même à deux fois la plus grande dimension de son tableau ; dans les compositions du Poussin, elle est égale à deux fois et demie et même à deux fois la largeur de leur base ; dans \ Ecole d’’ Athènes, de Raphaël , elle est égale h la base.

Je crois que les grands maîtres ne s’occupaient de la distance qu’après avoir esquissé leur premier plan, ou d’après nature, ou comme ils l’entendaient; ensuite, pour rectifier cette esquisse ou pour établir d’autres édifices en rapport avec ceux qu’ils s’étaient donnés, ils cherchaient la distance.

Je viens de dire que si l’on pouvait calquer la nature au travers d’une vitre, on obtiendrait un bon résultat, une perspective rigoureuse; mais ce n’est pas sur une vitre qu’on peut faire de la peinture, c’est sur du papier ou sur une toile; il faut donc employer d’autres moyens pour arriver au même but.

J’expliquerai incessamment comment, étant placé devant la nature ou bien en composant, on obtient de suite la hauteur.

îa largeur et la profondeur des différents objets, de même que tous les points de fuite ; mais en attendant nous allons continuer de nous entretenir de la distance.

Pour tracer régulièrement la majeure partie des objets, on a besoin de connaître la distance de son tableau, et comme on ne peut pas opérer avec un point qui est devant ce tableau, on a imaginé de prendre la distance de l’œil du spectateur au tableau, et de reporter cette distance également à droite et à gauche sur l’horizon , à partir du point de fuite principal.

Cette distance se trouve et se reporte facilement sur l’horizon ; il suffit pour cela de tracer sur son tableau un objet régulier.

Cette distance, reportée sur le tableau ou sur son prolongement, sert de point de fuite à toutes les lignes qui font angle demi-droit avec les lignes horizontales ; ou, ce qui est la même chose, avec la base du tableau.

Pour mettre un carré en perspectwe.

Fig. 31. Soit donnée la ligne horizontale AB, qui est un des côtés du carré. Soit pris à volonté le point de fuite principal P, et les points de distance D et D', qui doivent être également distants du point P.

Comme le côté AB est horizontal pour mener des lignes qui fassent angle droit avec, il faut, des points A, B, mener des lignes au point P, puis des mêmes points A, B, mener des lignes qui, se croisant, tendent aux points de distance D, D'; elles donneront les points C, E, que Ton joindra par une ligne droite horizontale, ce qui terminera le carré.

Une seule ligne tendant au point de distance suffit pour déterminer la profondeur du carré; ainsi, après avoir mené les lignes AP, BP, du point A, mener une ligne au point D, sa rencontre avec BP donne le point C, de ce point menant une horizontale, elle doit aboutir au point E.

Fig. 32. Si j’avais éloigné davantage le point de distance du point de fuite P, la profondeur du carré aurait paru moins considérable,

Fig. 33. Si au contraire j’avais rapproché la distance, la profondeur du carré aurait paru plus grande. Je conclus de là que, dès que la profondeur d’un carré ne semblera pas asjsez grande, il suffira pour l’agrandir d’approcher le point de distance du point P.

Fig. 31. Si l'on voulait déterminer un second carré dans !e même tableau, son côté horizontal GH étant donné, il suffirait de mener les lignes GP, HP; puis de mener du point H une ligne au point D, ce qui déterminerait le point J, profondeur du carré; de ce point mener une horizontale, etc.

Il faut remarquer que dans un tableau la profondeur de tous les carrés qui ont un côté horizontal s’obtient de même , en employant Tun ou l’autre des points de distance; mais ces points de distance doivent être également éloignés du point P.

* Pour trouver la distance,

Fig. 31. Un carré ABCE étant tracé, sa profondeur a été déterminée d’après nature, ou à volonté. Si elle l’a été d’après nature, on l’a placée comme on la voyait ; si, au contraire, c’est dans une composition n’ayant pas de distance, on l’a déterminée à volonté, ne suivant d’autre règle que celle du goût; dans les deux cas, dès que la profondeur est fixée, la distance est déterminée ; pour la trouver, il faut tracer une diagonale du carré, telle que AC; en la prolongeant jusqu’à l’horizon, elle détermine le point de distance en D. On opère de même toutes les fois qu’on a un carré et qu’on veut trouver la distance.

Pour déterminer une profondeur quelconque sur une ligne fuyante tendant au point P.

Lorsque l’on sait établir des carrés fuyants, il n’est pas difficile de déterminer, sur une ligne fuyante, une profondeur donnée; car, dans un carré fuyant, les côtés vus en fuite sont égaux aux côtés horizontaux. En plus, lorsque l’on sait obtenir cinq pieds, on peut en obtenir n’importe quel nombre, vu que le principe est le même pour un petit nombre que pour un grand. L’échelle fuyante de la figure 24, planche première, sert à déterminer la grandeur apparente des figures humaines placées aux différents plans , par conséquent à obtenir une grandeur de cinq pieds, soit verticalement, soit horizontalement.

Fig. 31. Je suppose donc que, par le moyen d’une échelle fuyante, j’ai donné dix pieds à la ligne horizontale AB, et que je veux en déterminer dix sur la ligne Juyante BC, à partir du point B; voici le raisonnement que l’on peut faire : si je fais

un carré fuyant avec la ligne AB, nécessairement j’ai déterminé dix pieds à la ligne BG, comme étant côté du même carré; donc, sans être obligé d’établir un carré, il suffit du point A de mener une ligne au point D ; sa rencontre avec BG détermine dix pieds. Donc, toutes les fois que l’on veut donner à une ligne fuyante une grandeur quelconque, il faut, de son extrémité la plus rapprochée, mener une ligne horizontale telle que BA, déterminer sur cette ligne la grandeur voulue à partir du point B, ce qui donne A; de ce point mener une ligne au point D : elle détermine sur la ligne donnée la grandeur voulue.

Pour mesurer une ligne qui tend au point de fuite principal P.

Fig. 31. Je suppose qu’il n’y a de déterminé que la ligne fuyante BG. On désire connaître la grandeur géométrale de cette ligne.

Du point B mener une horizontale indéfinie , puis du point de distance D et par le point G faire passer une ligne qui vienne couper la ligne BA; l’intersection de ces deux lignes donne le point A et détermine BA, ligne horizontale égale à la ligne fuyante BC; donc, mesurant par une échelle fuyante de cinq pieds la ligne BA, on connaît la grandeur de la ligne BG.

Remai'que, Tous les problèmes différents que je viens de donner et de démontrer ont pour base le même principe, un carré vu en fuite; il faut donc s’exercer beaucoup, et surtout bien comprendre cette figure.

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