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CXVI

Fuions (Dilliers) fuions ceste cruelle terre, Fuions ce bord avare, et ce peuple inhumain, Que des Dieux irritez la vengeresse main Ne nous accable encor' soubs un mesme tonnerre.

Mars est désenchaîné, le temple de la guerre Est ouvert à ce coup : le grand prestre Romain Veult fouldroyer là bas l'hérétique Germain, Et l'Espagnol marran, ennemis de sainct Pierre.

On ne voit que soldatz, enseignes, gonphanons. On n'oit que tabourins, trompettes, et canons. On ne voit que chevaux courans parmy la plaine:

On n'oit plus raisonner que de sang, et de feu, Maintenant on voira, si jamais on l'a veu, Comment se sauvera la nacelle Romaine.

Celuy vrayement estoit et sage, et bien appris, Qui cognoissant du feu la semence divine Estre des Animans la première origine De substance de feu dit estre noz espritz. (^^)

Le corps est le tison de ceste ardeur espris. Lequel, d'autant qu'il est de matière plus fine. Fait un feu plus luisant, et rend l'esprit plus digne De monstrer ce qui est en soy-mesme compris.

Ce feu donques céleste, humble de sa naissance, S'eslève peu-à-peu au lieu de son essence. Tant qu'il soit parvenu au poinct de sa grandeur:

Adonc' il diminue, et sa force lassée.

Par faulte d'aliment en cendres abbaissée.

Sent faillir tout à coup sa languissante ardeur.

Quand je voy ces Messieurs, desquelz l'auctorité Se voit ores icy commander en son rang, D'un front audacieux cheminer flanc à flanc, II me semble de voir quelque divinité.

Mais les voyant pallir lorsque sa Saincteté Crache dans un bassin, et d'un visage blanc Cautement espier s'il y a point de sang. Puis d'un petit soubriz feindre une seureté:

O combien (di-je alors) la grandeur que je voy, Est misérable au pris de la grandeur d'un Roy! Malheureux qui si cher achète tel honneur.

Vrayment le fer meurtrier, et le rocher aussi Pendent bien sur le chef de ces Seigneurs icy, Puis que d'un vieil filet dépend tout leur bonheur.

Brusquet à son retour vous racontera (Sire) De ces rouges prélatz la pompeuse apparence, Leurs mules, leurs habitz, leur longue révérence, Qui se peult beaucoup mieulx représenter que dire.

Il vous racontera, s'il les sçait bien descrire.

Les moeurs de ceste court, et quelle différence

Se voit de ces grandeurs à la grandeur de France,

Et mille autres bons poincts, qui sont dignes de rire.

Il vous peindra la forme, et l'habit du sainct Père, Qui, comme Juppiter, tout le monde tempère Aveques un clin d'oeil : sa faconde et sa grâce,

L'honnesteté des siens, leur grandeur et largesse, Les présentz qu'on luy feit, et de quelle caresse Tout ce qui se dit vostre à Rome l'on embrasse.

Voicy le Carnaval, menons chacun la sienne, Allons baller en masque, allons nous pourmener. Allons voir Marc Antoine ou Zany bouffonner, Avec son Magnifique à la Vénitienne :

"N'oyons courir le pal à la mode ancienne, Et voyons par le nez le sot bufic mener : A'oyons le fier taureau d'armes environner, Et voyons au combat l'adresse Italienne :

Voyons d'œufs parfumez un orage gresler.

Et la fusée ardent' siffler menu par l'aer.

Sus donc despeschons nous, voicy la pardonnance;

Il nous fauldra demain visiter les saincts lieux. Là nous ferons l'amour, mais ce sera des yeux, Car passer plus avant c'est contre l'ordonnance.

Se fascher tout le jour d'une fascheuse chasse, Voir un brave taureau se faire un large tour, Estonné de se voir tant d'hommes alentour, Et cinquante picquiers affronter son audace :

Le voir en s'élançant venir la teste basse. Fuir et retourner d'un plus brave retour. Puis le voiir à la fin pris dans quelque destour. Percé de mille coups ensanglanter la place :

Voir courir aux flambeaux, mais sans se rencontrer. Donner trois coups d'espée, en armes se monstrer. Et tout autour du camp un rempart de Thudesques :

Dresser un grand apprest, faire attendre long temps, Puis donner à la fin un maigre passetemps : Voilà tout le plaisir des festes Romanesques.

Cependant qu'au Palais de procez tu devises, D'advocats, procureurs, présidents, conseillers, D'ordonnances, d'arretz, de nouveaux officiers, De juges corrompuz, et de telles surprises :

Nous devisons icy de quelques villes prises. De nouvelles de banque, et de nouveaux courriers. De nouveaux Cardinaux, de mules, d'estaffiers, De chappes, de rochetz, de masses, et valises:

Et ores (Sibilet) que je t'escry ceci,

Nous parlons de taureaux, et de buffles aussi,

De masques, de banquetz, et de telles despences :

Demain nous parlerons d'aller aux stations, De motu-proprio, de réformations.

D'ordonnances, de briefz, de bulles, et dispenses.

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