‹ Les regrets, avec une introd., des notes et un indexChapitre 24 sur 32 · CLIX · texte numérisé non relu

CLIX

De vostre Dianet (de vostre nom j'appelle Vostre maison d'Anet) la belle architecture, Les marbres animez, la vivante peincture. Qui la font estimer des maisons la plus belle :

Les beaux lambriz dorez, la luisante chappelle. Les superbes dongeons, la riche couverture. Le jardin tapissé d'éternelle verdure, Et la vive fonteine à la source immortelle :

Ces ouvrages (Madame) à qui bien les contemple, Rapportant de l'antiqu' le plus parfait exemple, Monstrent un artifice, et despence admirable.

Mais ceste grand' doulceur jointe à ceste haultcsse, Et cet Astre bénin joint à ceste sagesse. Trop plus que tout cela vous fait esmerveillable.

Entre tous les honneurs, dont en France est cogneu Ce renommé Bertran, des moindres n'est celuy Que luy donne la Muse, et qu'on dise de luy. Que par lui un Salel soit riche devenu.

Toy (^^) donc, à qui la France a dès-jà retenu L'un de ses plus beaux lieux, comme seul aujourd'huy Oii les arts ont fondé leur principal appuy. Quand au lieu qui t'attend tu seras parvenu :

Fay que de ta grandeur ton Magny se resente, A fin que si Bertran de son Salel se vante, Tu te puisses aussi de ton Magny vanter.

Tous deux sont Quercinois, tous deux bas de stature: Et ne seroient pas moins semblables d'escriture, Si Salel avoit sceu plus doulcement chanter.

Prélat {^^), à qui les cieulx ce bon heur ont donné, D'estre aggréable aux Rois : Prélat, dont la prudence Par les degrez d'honneur a mis en évidence, Que pour le bien public Dieu t'avoit ordonné:

Prélat, sur tous prélatz sage et bien fortuné, Prélat, garde des loix, et des seaulx de la France, Digne que sur ta foy repose l'asseurance D'un Roy le plus grand Roy qui fut onq' couronné :

Devant que t'avoir veu j'honnorois ta sagesse.

Ton sçavoir, ta vertu, ta grandeur, ta largesse,

Et si rien entre nous se doit plus honnorer:

Mais ayant esprouvé ta bonté nom-pareille. Qui souvent m'a preste si doulcement l'oreille, Je souhaite qu'un jour je te puisse adorer.

Après s'estre basty sur les murs de Carthage

Un sépulchre éternel, Scipion irrité

De voir à sa vertu ingrate sa cité,

Se banit de soy mesme en un petit village.

Tu as fait (Olivier) mais d'un plus grand courage,

Ce que fit Scipion en son adversité.

Laissant, durant le cours de ta félicité,

La Court, pour vivre à toy le reste de ton aage.

Le bruit de Scipion maint corsaire attiroit (^^) Pour contempler celuy que chascun admiroit, Bien qu'il fust retiré en son petit Linterne.

On te fait le semblable: admirant ta vertu, D'avoir laissé la Court, et ce monstre testa. Ce peuple qui ressemble à la bestç de Lerne.

Il ne fault point (Duthier) pour mettre en évidence

Tant de belles vertus qui reluisent en toy, Que je te rende icy l'honneur que je te doy. Célébrant ton sçavoir, ton sens, et ta prudence.

Le bruit de ta vertu est tel, que l'ignorance Ne le peult ignorer: et qui loue le Roy, Il fault qu'il loue encor' ta prudence, et ta foy: Car ta gloire est conjointe à la gloire de France.

Je diray seulement que depuis noz ayeux La France n'a point veu un plus laborieux En sa charge que toy, et qu'autre ne se treuve

Plus courtois, plus humain, ne qui ait plus de seing De secourir l'amy à son plus grand besoing. J'en parle seurement, car j'en ay fait l'espreuve.

LES REGRETS DE JOACHIM DU BELLAY lOQ

Combien que ton Magny ait la plume si bonne, Si prendrois-je avec luy de tes vertus le soing, Sachant que Dieu, qui n'a de noz présens besoing, Demande les présens de plus d'une personne.

Je dirois ton beau nom, qui de luy-mesme sonne Ton bruit parmy la France, en Itale, et plus loing: Et dirois que Henry est luy-mesme tesmoing, Combien un Avanson avance sa couronne.

Je dirois ta bonté, ta justice, et ta foy.

Et mille autres vertus qui reluisent en toy,

Dignes qu'un seul Ronsard les sacre à la mémoire:

Mais sentant le soucy qui me presse le doz.

Indigne je me sens de toucher à ton loz,

Sachant que Dieu ne veult qu'on prophane sa gloire.

Quand je voudray sonner de mon grand Avanson Les moins grandes vertus, sur ma chorde plus basse Je dirai sa faconde, et l'honneur de sa face, Et qu'il est des neuf Sœurs le plus cher nourrisson.

Quand je voudray toucher avec un plus hault son Quelque plus grand' vertu, je chanteray sa grâce, Sa bonté, sa grandeur, qui la justice embrasse, Mais là je ne mettray le but de ma chanson.

Car quand plus hautement je sonneray sa gloire, Je diray que jamais les filles de mémoire Ne diront un plus sage, et vertueux que luy:

Plus prompt à son devoir, plus fidèle à son Prince, Ne qui mieulx s'accomode au règne d'aujourd'huy, Pour servir son Seigneur en estrange province.

Combien que ta vertu (Poulin) soit entendue Par tout où des François le bruit est entendu, Et combien que ton nom soit au large estendu, Autant que la grand' mer est au large estendue :

Si fault-il toutefois que Bellay s'esvertue, Aussi bien que la mer, de bruire ta vertu, Et qu'il sonne de toy avec l'aerain tortu, Ce que sonne Triton de sa trompe tortue.

Je diray que tu es le Tiphys du Jason, Qui doit par ton moyen conquérir la toison. Je diray ta prudence, et ta vertu notoire:

Je diray ton pouvoir qui sur la mer s'estent,

Et que les Dieux marins te favorisent tant,

Que les terrestres Dieux sont jalouz de ta gloire.

Sage De-l'Hospital, qui seul de nostre France Rabaisses aujourd'huy l'orgueil italien. Et qui nous monstre seul, d'un art Horatien, Comme il fault chastier le vice et l'ignorance:

Si je voulois louer ton sçavoir, ta prudence. Ta vertu, ta bonté, et ce qu'est vrayment tien, A tes perfections je n'adjousterois rien, Et pauvre me rendroit la trop grand' abondance.

Et qui pourroit, bons Dieux! faire plus digne foy

Des rares qualitez qui reluisent en toy,

Que ceste autre Pallas, ornement de notre aage?

Ainsi jusqu'aujourd'huy, ainsi encor' voit-on Estre tant renommé le maistre de Platon, Pour ce qu'il eut d'un dieu la voix pour tesmoignage.

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