CLXVIII
Nature à vostre naistre heureusement féconde, Prodigue vous donna tout son plus et son mieux, Soit ceste grand' doulceur qui luit dedans voz yeux, Soit ceste majesté disertement faconde.
Vostre rare vertu, qui n'a point de seconde,
Et vostre esprit ailé, qui voisine les cieulx,
Vous ont donné le lieu le plus prochain des Dieux,
Et la plus grand' faveur du plus grand Roy du monde.
Bref, vous avez tout seul tout ce qu'on peult avoir De richesse, d'honneur, de grâce, et de sçavoir: Que voulez-vous donc plus espérer d'avantage?
Le libre jugement de la postérité.
Qui, encor' qu'ell' assigne au ciel vostre partage.
Ne vous donnera pas ce qu'avez mérité.
CLXIX (69)
La fortune (Prélat) nous voulant faire voir Ce qu'elle peult sur nous, a choisi de nostre aage Celuy qui de vertu, d'esprit, et de courage S'estoit le mieulx armé encontre son pouvoir.
Mais la vertu qui n'est apprise à s'esmouvoir, Non plus que le rocher se meut contre l'orage, Doutera la fortune, et contre son ouhrage De tout ce qui luy fault, se sçaura bien pourvoir.
Comme ceste vertu immuable demeure.
Ainsi le cours du ciel se change d'heure en heure.
Aidez-vous donq (Seigneur) de vous mesme' au besoing.
Et joyeux attendez la saison plus prospère.
Qui vous doit ramener vostre oncle et votre frère
Car et d'eux et de vous le ciel a pris le soing.