‹ Les regrets de Joachim du Bellay, AngevinChapitre 11 sur 21 · LIT · texte numérisé non relu

LIT

Si les larmes servoient de remède au malheur, Et le pleurer pouvoit la tristesse arrester,

On devroit (Seigneur mien) les larmes acheter, Et ne se trouveroit rien si cher que le pleur.

Mais les pleurs en effect sont de nulle valeur : Car soit qu’on ne se veuille en pleurant tormenter, Ou soit que nuict et jour on veuille lamenter,

On ne peult divertir le cours de la douleur.

Le cœur fait au cerveau ceste humeur exhaler, Et le cerveau la fait par les yeux dévaller, Mais le mal par les yeux ne s'allambique pas.

De quoy donques nous sert ce fascheux larmoyer ? De jetter, comme on dit, l'huile sur le foyer, Et perdre sans profit le repoz et repas.

Vivons Morde, vivons, vivons, et pour le bruit Des vieillards ne laissons à faire bonne chère : Vivons, puis que la vie est si courte et si chère, Et que mesmes les Rois n’en ont que l’usufruit.

Le jour s’esteint au soir, et au matin reluit,

Et les saisons refont leur course coustumière : Mais quand l’homme a perdu ceste doulce lumière, La mort luy fait dormir une éternelle nuict.

Dong imiterons-nous le vivre d’une beste ?

Non, mais devers le ciel levans tousjours la teste, Gousterons quelque fois la doulceur du plaisir.

Celuy vrayement est fol, qui changeant l’asseurance Du bien qui est présent en douteuse espérance, Veult tousjours contredire à son propre désir.

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