‹ Les regrets de Joachim du Bellay, AngevinChapitre 12 sur 21 · LIIII · texte numérisé non relu

LIIII

Maraud, qui nes maraud que de nom seulement, Qui dit que tu es sage, il dit la vérité :

Mais qui dit que le soing d'éviter pauvreté

Te ronge le cerveau, ta face le desment.

Celuy vrayement est riche et vit heureusement, Qui s’esloignant de l’une et l’autre extrémité, Prescrit à ses désirs un terme limité :

Car la vraye richesse est le contentement.

Dy moy, quel est celuy qui si bien se déguise,

Qu'il semble homme de guerre entre les gens de- | [gtise,

Et entre gens de guerre aux prestres est pareil ?

Je ne scaÿ pas son nom: mais quiconqu’ il puisse lestre,

N n’est fidèle amy, ny mignon de son maistre,

Ny vaillant chevalier, ny homme de conseil.

Nature est aux bastards volontiers favorable,

Et souvent les bastards sont les plus généreux, Pour estre au jeu d amour l’homme plus vigoreux, D'autant que le plaisir luy est plus aggréable.

Le donteur de Méduse, Hercule l’indontable, Le vainqueur Indien, et les Jumeaux heureux, Et tous ces Dieux bastards jadis si valeureux, Ce problème (Bizet) font plus que véritable.

Et combien voyons nous aujourd’huy de bastards, Soit en l’art d’Apollon, soit en celuy de Mars, Exceller ceux qui sont de race légitime ?

Bref tousjours ces bastards sant de gentil esprit : Mais ce bastard (Bizet) que lon nous a descrit, Est cause que je fais des autres moins d'estime.

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