LXXVII
Je ne descouvre icy les mystères sacrez
Des saincts prestres Romains, je ne veulx rien es- [crire
Que la vierge honteuse ait vergongne de lire :
Je veulx toucher sans plus aux vices moins secretz.
Mais tu diras que mal je nomme ces regretz, Veu que le plus souvent j use de mots pour rire : Et je dy que la mer ne bruit tousjours son ire, Et que tousjours Phœbus ne sagette les Grecx.
Si tu rencontre donc icy quelque risée, Ne baptise pourtant de plainte desguisée Les vers que je souspire au bord Ausonien.
La plainte que je fais (Dilliers) est véritable : Si je ry, c’est ainsi qu’on se rid à la table : Car je ry, comme on dit, d’un riz Sardonien.
Je ne te conteray de Boulongne, et Venise,
De Padoue, et Ferrare, et de Milan encor’,
De Naples, de Florence, et lesquelles sont or Meilleures pour la guerre, ou pour la marchandise:
Je te raconteray du siége de l’Église,
Qui fait d'oysiveté son plus riche trésor,
Et qui dessous l’orgueil de trois couronnes d’or Couve l'ambition, la haine, et la feintise :
Jay voulu mille fois de ce-lieu m'estranger, Mais je sens mes cheveux en fueilles se changer, Mes bras en longs rameaux, et mes piedz en racine.
Bref, je ne suis plus rien qu’un vieil tronc animé, Qui se pleint de se voir à ce bord transformé, Comme le Myrte Anglois au rivage d’Alcine.